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Attention, photo peut-être trompeuse ! Ce bébé singe qui tire la langue et dont on ne voit pas les pieds est bien inoffensif, lui ...
Note de Lenaïg

LES PETITS PIEDS - 2/2 - RAHAR

— Mais c’est quoi ces… choses-là ?

— Eh bien, personne ne les a encore vues… à part le technicien, mais il les a à peine entraperçues dans la pénombre.

— Mais, ce sont des… humains ?

— Peut-être… Peut-être pas.

— Comment est-ce possible. Personne ne peut vivre de quelques cœurs et foies de petits animaux.

— Oh, je suppose qu’ils doivent se nourrir d’autre chose, mais qu’ils ont besoin de manger des cœurs et des foies.

— Mais pourquoi ?

— Le foie est un réservoir à glycogène, et le cœur est un muscle spécial… Et si on allait chercher vraiment pourquoi… Tu es libre ? On va faire de l’exploration. »

Nous pénétrâmes dans les égouts, par l’entrée par où j’avais trouvé le cadavre du toutou de race. Nous dépassâmes la cinquième intersection. À quelques mètres de là, je remarquai au mur un suintement verdâtre. Je ne savais pas ce que c’était, mais mon côté chimiste était curieux. J’en prélevai pour l’analyser à mon retour.

Nous revînmes bredouilles, nous n’avions vu aucune créature. Mais mon ami le véto avait pu voir des traces de pas de sang noirci et des cadavres d’animaux éventrés. Revenu chez le véto, je profitai de son matériel pour analyser la substance verte.

« J’y pense mec, nous n’avons trouvé aucune carcasse, aucun reste qui puisse indiquer qu’on ait mangé quelque animal. Je me demande toujours ce qu’ils bouffent.

— Je viens de finir l’analyse toubib, c’est un mélange curieux. Il y a un peu d’hydrocarbure, du pesticide, des substances organofluorées, et c’est légèrement radioactif.

— Et c’est dangereux ?

— Un peu, mon neveu ! Mais je ne suis pas un spécialiste, je ne peux pas dire exactement ce que ça peut faire.

— Mais d’où ça peut venir ?... Il y a peut-être une infiltration quelque part.

— Tu as raison mon pote, allons à mon bureau, ta bécane n’est pas assez puissante, et j’ai toute une collection des divers plans de la ville, incluant les égouts, dans mon ordi… Eh oui, c’est mon métier qui veut ça. »

En consultant les plans, nous vîmes qu’à l’emplacement de l’infiltration, il y avait un complexe industriel de recherches. J’ignorais ce qu’on y cherchait, et ma position, ni celle du véto, ne nous permettait pas de le savoir. Je ne savais même pas s’il pouvait avoir quelque rapport entre ce fait et l’existence des… petites créatures. Mais d’un côté, en bons citoyens, nous devions signaler à qui de droit, en l’occurrence le Ministère de l’Environnement, cette fuite de produits toxiques qui pourraient polluer le fleuve. Qui sait si cette saleté n’était pas mutagène.

Une idée désagréable me vint à l’esprit : les petites créatures seraient-elles radioactives ? Auraient-elles été en contact avec le liquide vert ? Cela pourrait expliquer le fonctionnement erratique du GPS du cabot. Mais allez donc exposer cette théorie sans preuve. N’empêche, toute l’aventure sentait le bizarre.

« Dis donc sherlock à la manque, il y a un truc qui me turlupine.

— Quoi donc, toubib de mes deux ?

— Les chats et les chiens ne vont pas se balader dans les égouts, que je sache, et surtout pas les lapins.

— Où veux-tu en venir ?

— Il faut conclure donc que les petits pieds sortent des égouts, peut-être la nuit, pour chasser ; et ils doivent être très forts, pour pouvoir tuer des chats et des chiens, car même pour nous, ce n’est pas facile, surtout à mains nues.

— Qui te dit qu’ils n’utilisent pas des armes ?

— J’ai bien examiné un cadavre de chien, aucun outil n’a été utilisé, et même l’éventration semble avoir été faite par des dents… ou des crocs.

— Tu rigoles ?

— N’oublie pas que je suis véto, et un bon.

— Mais alors, le carnage va continuer, ainsi que les disparitions. Que peut-on faire ?

— Ben, rien. Comment veux-tu les pourchasser dans les égouts ? C’est impossible. Espérons seulement qu’ils se contentent des petits animaux.

— Parle pas de malheur ! »

 

Le véto avait fini par me donner des frissons. Heureusement, je n’ai pas d’animal familier, compte tenu de mon métier qui me fait courir à gauche et à droite. J’étais sur une autre affaire, quand j’entendis aux infos qu’on avait capturé un petit singe dans les égouts. C’était visiblement l’un des animaux de laboratoire du complexe de recherches qui s’étaient échappés. Mais il présentait des anomalies tératologiques et était radioactif. On l’avait surpris tenant un petit chien fraîchement tué. Je poussais mentalement un soupir de soulagement. Alors, c’étaient des singes de labo qui tuaient les petits animaux. Ce cabotin de véto m’avait bien eu avec son histoire de petits pieds. Il était à supposer que les expériences qu’on avait faites sur les cobayes les avaient conduits à consommer des foies et des cœurs.

Le reporter avait braqué sa caméra sur les traces sanglantes. Mes cheveux s’étaient hérissés : c’étaient des empreintes indubitablement simiennes, avec les gros orteils très écartés. Ce que le véto et moi avions vu étaient des empreintes de pas humain. Des pas de petits pieds.

 

Fin

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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