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Le "monstre" - Lenaïg enfant

Ce n'est pas celui-là, le bol à oreille qu'évoque la petite Lenaïg, qui ne l'a pas en photo. Mais c'est un de cette série que Lenaïg de maintenant a reçu en cadeau, garni de grands carrés de caramel au beurre salé ... Merci à son amie ;) !

http://www.bricabreizh.fr/227-becassine-fa-ence-decor-brouette.html

***

Un jour de juillet, il y a très longtemps, la petite Lenaïg lisait un peu, dans sa chambre à l'étage, chez sa grand-mère paternelle, avant de s'endormir. La petite Lenaïg était beaucoup plus timide, moins expansive, que la grande qu'elle est devenue et en même temps bien plus volontaire et courageuse qu'elle ne semble maintenant (mais la narratrice, très concernée, forcément, est peut-être excessivement sévère dans ce jugement). Donc, elle lisait son roman, ses parents lui faisaient confiance pour ne pas éteindre trop tard, eux devaient écouter la radio en sourdine au rez-de-chaussée, sa grand-mère déjà retirée dans sa chambre ainsi que son jeune frère, qui, lui, n'avait déjà pas de problème d'insomnie et dormait sur commande).

C'était à la campagne et non loin de la mer, la maison baignait dans la verdure : un vaste jardin, potager et aussi merveilleusement fleuri, des arbres fruitiers et une balançoire installée aux branches d'un pommier à l'arrière, arbres et grosses haies, herbes fournies de part et d'autre de l'allée de gravier menant au trio d'habitations, dont celle de ma grand-mère ... Ceci pour faire comprendre que nous étions loin d'être seuls, nous humains. La végétation abritait une multitude d'autres êtres, ailés et rampants. Avec les taupes et les souris, c'était la guerre déclarée, pas de quartier ... Cela pour révéler un petit secret, par ailleurs : la petite Lenaïg savait que certains de ces êtres étaient susceptibles de vouloir explorer d'autres lieux que leur quotidien, pour des raisons leur appartenant, ignorant qu'ils "trespassaient" (ancien verbe français, passé à l'anglais !) ... Aussi, la petite Lenaïg allait-elle tous les soirs se coucher accompagnée d'une légère appréhension : pourvu qu'il n'y eût pas de moustique intrusif, ou ... autre chose ...

Tous les soirs elle inspectait les lieux, comme un chien tourne en rond sur son espace de sommeil (même un panier dans une maison) avant de s'y installer, par crainte atavique d'un serpent ... Ce soir-là, comme les soirs d'avant depuis son arrivée, rien à signaler. Un chat, à l'ouïe si fine et plus rapide que sa vue, aurait été présent, il l'aurait sans doute alertée, ou aurait carrément réglé le problème, attendant patiemment son heure, que la "chose" fut à sa portée ... Donc, rassurée, Lenaïg lisait, un de ses passionnants romans d'enfant ... Tout à coup, son oeil perçut un mouvement, du côté du mur blanc que son lit jouxtait ... Horreur ! Une énorme araignée très noire entamait sa descente du plafond ! Lenaïg l'avait oublié : le danger pouvait venir d'en haut ... A mi-hauteur, le "monstre" s'immobilisa.

La Lenaïg de maintenant, c'est plus fort qu'elle, aurait poussé un énorme cri devant cette découverte ! La Lenaïg d'alors était plus digne, elle ne cria pas mais elle se glissa lentement hors de son lit, comme si la lenteur de ses gestes prévenait qu'il prît l'envie à la "bête" de lui sauter dessus, puis alla dévaler les marches, faire irruption dans la cuisine pour demander l'aide de celui qui rendait la forteresse invincible (Lenaïg d'alors le pensait : Papa, comme Maman au demeurant, lui ôtait ses doutes, ses appréhensions, ses peurs, du moins quand elle osait en parler, Papa avait une solution à TOUT !). Papa monta aussitôt. S'était-il muni d'un bocal, ainsi qu'il procéda par la suite maintes et maintes fois, pour emprisonner la "bête" ? Lenaïg de maintenant ne s'en souvient pas, mais elle se rappelle que Papa, soit relâchait l'intruse dehors, soit la gardait un moment dans le bocal, la nourrissant de moustiques et moucherons qu'il attrapait dextrement, toujours dans un bocal aussi ! Possible que la "bête" appréciait cette prison dorée ...

Ouf, le "monstre" n'avait pas bougé, ce qui évita une angoissante recherche ... Comment Papa s'y prit-il, cette fois-là ? Sûrement pas en l'écrasant sur le mur blanc ... Après une dernière inspection et la recommandation de ne pas éteindre trop tard, Papa sortit et la petite Lenaïg reprit sa lecture en toute sérénité. Le lendemain, il y aurait le petit déjeuner dans le joli bol à oreille (un rescapé, toujours présent dans la maison familiale), plus tard la balançoire au jardin, une pomme ou une poire cueillie par Papa et dégustée à l'air libre, une promenade avec Mémé ou les courses au bourg avec Maman. On entendait parfois vrombir non pas les tondeuses à gazon, mais les moissonneuses batteuses, celles dont les grosses courroies en action impressionnaient la petite Lenaïg, ainsi que le nuage doré de particules de foin qui environnaient l'engin). Suivait l'expédition à la "plage" l'après-midi (la grève, comme on le disait : des gros et petits galets plats et pointus d'ardoise, notamment, et des blocs granitiques encadrant de magnifiques criques surplombées de pins parasol ; il fallait des sandales en plastique pour jouer au ballon et aller se baigner). S'il pleuvait ? On dessinait, on sortait après l'averse et l'air encore humide embaumait.

Narratrice : Lenaïg de maintenant

Le "monstre" - Lenaïg enfant
Tag(s) : #Petits bonheurs, #Nouvelles - Lenaïg - A la ville - à la campagne

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