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Aaah, le plaisir de se plonger dans une histoire de Rahar ! Une histoire à déguster lentement (trois parties prévues), en s'identifiant, plus ou moins, ou pas, à une héroïne qui se décrit comme tout ce qu'il y a de plus ordinaire et maladroite de surcroît. Une histoire qui plaira aux amateurs de science-fiction autant qu'à ceux des romans d'aventure, puisqu'ici nous avons une pionnière des étoiles et aussi une robinsonne ! Et, à ajouter au bestiaire extraordinaire de ce blog, de drôles d'animaux aux savoureux noms. En illustration du début, un ... "pinchouette" ? Un "laphibou" ? Noms qu'à mon tour je propose pour ce doux animal issu de flepi.net : clic !
Note de Lenaïg

JOURNAL D’UNE PIONNIÈRE - 1/3 - RAHAR

Miranos 5

 

15e jour

Dieu que j’ai mal ! Je me suis tapé sur les doigts en ratant ce satané clou. Et en plus, de douleur et de surprise, j’ai laissé tomber le marteau sur mes orteils. La danse de Sioux qui s’en était ensuivie avait pour paroles les jurons les plus sentis qui auraient fait rougir le plus blindé des marins.

La verticalité des planches laisse certainement à désirer, mais au moins mon potager est à l’abri des stupides mais goinfres croncks, ces volatiles indigènes à la chair fade et coriace, mais bien plus nutritive que celle d’un poulet de la Terre.

À ce propos, sans l’équipage du vaisseau, je n’aurais certainement pas pu capturer seule ces sales bêtes. Et il faut encore que je construise le poulailler définitif. En fin de compte, ces cronks sont plutôt facile à domestiquer et sont de bonnes pondeuses. Ce qui m’énerve, c’est qu’à cause de ma maladresse je casse toujours des œufs au ramassage. Ce matin, j’ai glissé sur une fiente et me suis retrouvée les quatre fers en l’air. Heureusement, je portais un pantalon. Que je suis bête : même en jupe, qui aurait pu voir ma culotte ? le vaisseau est parti il y a dix jours…

 

22e jour

Je pense que je n’ai rien d’une pudibonde, mais je suis toujours un peu gênée quand je prends ma douche. Bon, c’est une douche de fortune : un grand baquet sous un arbre, un large cerceau métallique auquel sont suspendus une toile de plastique, un pommeau fait d’une boîte de conserve percée raccordé à un tuyau, lui-même branché sur une petite pompe alimentée par le ruisseau. Le problème, c’est que l’arbre abrite une famille de pinsangés, des singes locaux, et je suis persuadée qu’ils apprécient le spectacle de mon corps nu, surtout les mâles. J’ai des tas de cicatrices et de plaies, résultats de ma maladresse congénitale, et je sais que je ne peux rivaliser avec un mannequin, mais j’ai du mal à supporter les commentaires apparemment libidineux au-dessus de ma tête. Enfin, c’est peut-être moi qui suis vicieuse ; pas d’anthropomorphisme déplacé, ces primates ne savent probablement pas ce qu’est la pudeur. Le doute s’insinue quand même dans mon esprit comme un cancer sournois, quand je les vois papoter comme des vieilles autour du thé.

Mon programme d’exploration m’a amené jusqu’à une trentaine de kilomètres de la base. J’ai pris des centaines de photos, tant de la faune et de la flore que des magnifiques paysages. Il s’est avéré que le tiers était flou. Ce continent n’a pas de grand prédateur, mais une meute d’une sorte de canidé m’a suivie sur plus d’un kilomètre ; je n’étais pas rassurée, mais finalement, les bêtes s’en sont pris à une espèce d’antilope et se sont désintéressés de moi. Ouf !

Ce midi, j’ai mangé des champignons. Ce diabolique analyseur m’a trompé : j’ai une chiasse d’enfer et tout le rouleau de PQ va y passer...

 

35e jour

J’en ai assez ! Ce soir, j’ai malencontreusement accroché l’émetteur delta et maintenant il est naze. Je ne peux plus demander de secours en cas d’urgence. Bon, dans mon contrat, je ne pouvais l’utiliser qu’en cas de cataclysme, c’est-à-dire pratiquement jamais, compte tenu des rapports des découvreurs. Mais cette possibilité d’émettre me rassurait. Déjà le matin, le petit tracteur m’avait lâché au milieu du champ de maïs, et je m’étais blessée à la main en tentant de réparer son moteur. Alors, imaginez mon supplice quand j’ai fait la vaisselle de midi et lavé mon linge sale : mon gant était troué. Les cronks ont fait du boucan tout l’après-midi. Les mâles avaient probablement eu une poussée d’hormone. Je ne compte plus les œufs cassés. J’ai glissé dans l’omelette monstre et je me suis fêlé une côte. Les pinsangés ont ajouté leur piaillement strident au vacarme. Ça m’a foutu la migraine.

L’idée me vient d’abandonner. Je ne tiendrais pas le coup. Il me reste encore onze longs mois. Je me mets à pleurer comme une madeleine sur mon lit à ressorts. Pourquoi le sort s’acharne-t-il ainsi sur moi ? Mais si je baissais les bras, que deviendrais-je ? La présidente de la compagnie n’a pas la réputation d’avoir le cœur tendre, on ne me donnera pas un sou d’indemnité. Saloperie de contrat…

 

90e jour

C’est le jour de la moisson. Le tracteur a refusé de démarrer. J’ai perdu deux heures à réparer le moteur à hydrogène du véhicule rétif, sans compter les multiples écorchures dues à ma maladresse. Le rendement aurait pu être bon, mais les griffs, ces espèces de gros rats des champs avaient sournoisement soustrait leur part de la récolte. Leurs prédateurs naturels les minous, ces sortes de belettes mâtinées de chat, n’avaient pas fait leur boulot. Il est vrai que le poulailler les attire plus avec ses cronks si dodus, que les champs avec ses lestes griffs.

L’analyseur a encore fait des siennes. Ce bidule du diable m’a permis de manger des fruits inconnus. Résultat, je suis pleine de boutons qui grattent, mais qui grattent comme ce n’est pas possible. J’ai de la fièvre et je dois m’aliter. Et moi qui escomptais me consoler avec le vibro cette nuit. Je sens que le programme va prendre du retard.

Je me morfonds dans mon lit. Je contemple avec mélancolie ma chambre si sordide. Elle est effectivement spartiate : une table grossière, deux chaises inconfortables (deux ? comme si j’attendais quelque visiteur !), une commode, une coiffeuse… vous dites une coiffeuse ? Pourquoi faire, bon sang, je n’ai jamais le temps de me pomponner, et d’ailleurs qui aurais-je pu séduire ? bref une chambre standard sans même une touche féminine. Comment en suis-je arrivée là ?

 

A suivre

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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