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LA CITÉ DES DIEUX - 2/3 - RAHAR
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— Tu es bien optimiste, nous n’avons que peu de temps et tu crois qu’on va la trouver facilement ? Et quand bien même nous l’aurions trouvé, qu’est-ce que tu comptes faire ensuite ?

— Eh bien, puisque les anciens ne veulent pas nous entendre, nous allons y aller… Enfin, si tu veux bien m’accompagner.

— C’est complètement dément !... Et puis, comment comptes-tu sortir de la cité, avec nos voisins qui sont sur le point de nous attaquer ?

— Bah, on verra le moment venu. »


Il faut croire que les dieux étaient avec l’apprenti Bricoleur, il ne lui avait fallu parcourir qu’une dizaine d’ouvrages anciens plus ou moins bien conservés, pour tomber sur le lieu où se trouvait la cité des dieux. L’indication était plutôt : la grande mesa céleste. C’était en plein milieu du continent, à plus de dix milles stades de Friy.


« Très bien, tu as trouvé où est la cité des dieux. C’est environ à deux mois de marche d’ici. Tu crois que nous pourrions y arriver avant l’attaque de nos voisins ? Ne rêve pas.

— Mais non, nous n’allons pas marcher. N’oublie pas que je suis un Bricoleur.

— Petit prétentieux ! Tu n’es même pas encore Dessi-Maître.

— Ben merci pour ta confiance. Je me demande pourquoi je suis amoureux de toi.

— Bah parce que je suis belle et intelligente, tiens !

— Ça va !... Tiens, regarde cette carte. Tu vois la rivière Tolorago qui passe à l’ouest de la cité ? Elle prend sa source pas loin de la cité des dieux.

— Oui, et alors ? Tu penses y aller à la nage ?

— Femme de peu de foi, tu verras mon génie à l’œuvre. »


Les pêcheurs de Friy utilisaient des embarcations à fond plat, savamment profilées pour faciliter la glisse. Tous les ados de ce temps étaient férus de parapente et de cerf-volant. Négligeant la voile triangulaire classique, Ram adapta en secret une voile de parapente à une barque légère que Nèfe et lui emplirent de provisions pour trois jours. Le garçon avait étudié les données météo d’autres Bricoleurs et sut que les vents seraient favorables. Puis ils attendirent la nuit pour déployer le parapente qui les emporta à plus d’une quarantaine de nœuds ; Ram se félicita que Nèfe fût une virtuose de parapente. La lune était pleine, ce qui leur permettait de maintenir une vitesse acceptable ; toutefois, les deux jeunes gens sommeillèrent à tour de rôle.


Le jour, les plus étonnés furent les cités riveraines sur leur passage. Prises au dépourvu, elles ne purent rien faire, sauf se décrocher la mâchoire, l’étrange équipage filant quasiment comme l’éclair, emporté par le parapente. Elles se rassurèrent quand il fut constaté que c’étaient deux ados qui semblaient s’amuser ainsi. C’étaient sûrement de petits aventuriers inconscients qui seraient bien marris, quand ils essaieraient de revenir chez eux, avec des vents contraires.


Compte tenu de l’urgence, les deux jeunes gens ne s’accordèrent aucun répit, les rapports des espions ne concordant pas sur le moment de l’invasion. Certains affirmaient que les conjurés discutaient encore comme des chiffonniers sur le partage du butin futur, d’autres disaient que les troupes étaient prêtes. Ram était confiant en la célérité et la puissance des dieux pour rétablir l’ordre, une fois qu’ils étaient au courant de ce qui se passait.


À l’horizon, se profilait l’immense mesa où était la cité des dieux. D’après les vieilles cartes des Bricoleurs, cette formation dont la table avait une centaine d’acres, haute d’environ cinq cents pieds, trônait au milieu d’autres mesas moins impressionnantes. Les archives affirmaient que les dieux volaient dans des sortes de libellules métalliques. C’était compréhensible, si leur cité était perchée si haut.


« Dis donc Ram, comment allons-nous grimper jusque là-haut ? Tu crois que trois cents coudées de filin suffiront ?

— Cherchons d’abord une anse où aborder.

— Mais nous avons encore plusieurs stades à parcourir.

— Allons courage, nous sommes proches de notre but.

— Et puis, il y a la question du retour. Les vents nous serons contraires, ton procédé de navigation ne marchera pas.

— Chaque chose en son temps, veux-tu. Et puis, nous pourrions accompagner les dieux. »


Arrivés au pied de la mesa, ils constatèrent qu’il était pratiquement impossible d’y grimper. Bien que la paroi ne fût pas lisse, ils ne virent aucun point d’appui fiable, les pitons s’enfonçant dans du matériau friable, et les éboulis avaient une pente importante.

 

Dans la grande salle des fêtes de Friy, le tumulte régnait. Le Grand Maître Bricoleur avait promis une révélation de taille. Ayant mobilisé la presque totalité de ses membres, il avait fait chercher dans les archives quelque chose de déterminant. Un Senti-Maître tomba sur une formule de poudre explosive. Les Bricoleurs s’attelèrent alors à la fabrication de boules de terre cuite qui seraient remplies de la fameuse poudre noire. Des essais avaient été faits au cours d’un orage, les explosions se confondant avec le tonnerre.


Après des débats pour le moins houleux, il fut décidé que les boules serviraient uniquement comme armes de dissuasion, juste quand les forces seraient en présence. Il était à espérer que les assourdissantes explosions feraient battre en retraite les agresseurs. On allait étaler ses forces pour éviter de s’en servir.

 

En faisant le tour de la mesa, Ram et Nèfe virent une brèche dans les éboulis. S’approchant de la paroi, ils constatèrent une cavité dissimulée par une plaque brisée de roc. À leur stupéfaction, ils virent des vestiges de gonds rouillés sur la tranche du bloc. Ahanant comme des bûcherons, ils parvinrent à déplacer la lourde plaque et se rendirent compte que ce qu’ils avaient pris pour une cavité était le vestibule d’un tunnel.


Avec logique, le Bricoleur déduisit que ce tunnel devait mener jusqu’à la table de la mesa. Les deux jeunes gens se confectionnèrent des torches et suivirent hardiment le tunnel qui s’élargissait pour permettre le passage de trois hommes de front. Ils arrivèrent ainsi au pied d’un escalier aux marches de pierre plate parfaitement rectangulaire, à peine usées. L’escalier tournait, probablement suivant la courbure de la mesa.


Les deux explorateurs devaient faire plusieurs pauses, la montée n’étant pas aisée. Ils arrivèrent finalement à un large palier éclairé par un mince rai de lumière. Une autre pierre plate de guingois, aux gonds rouillés, les séparait de l’extérieur ; ils durent fournir un dernier effort pour faire basculer cet obstacle. Il était évident que ce passage avait été rarement emprunté et avait été abandonné depuis fort longtemps. Ram et Nèfe sortirent de la butte creuse et débouchèrent à l’air libre, respirant avec volupté une atmosphère pure, et une faible brise intermittente apportait des senteurs variées.


Enfin dégrisés, ils contemplèrent le panorama. Un léger vertige les prit : ils avaient débouché à une trentaine de pas du bord de la mesa. Le spectacle les époustoufla, ils n’avaient jamais été à une telle hauteur. Puis se retournant, ils furent confrontés à une haute broussaille. Ils n’aperçurent pas les supposées hautes flèches et les fameuses tours de la cité des dieux, décrites dans maints documents anciens. Nèfe était déçue, mais Ram supposa que ce n’était probablement qu’un embellissement des légendes et les dieux habitaient certainement des constructions basses, cachées à leur vue par une forêt dense inhabituelle sur une mesa, mais c’étaient les dieux qui l’avait sûrement implantée.


La cité devrait se trouver logiquement au centre, et les deux jeunes gens se frayèrent un chemin à travers la broussaille. En approchant de la forêt, ils constatèrent qu’elle était composée principalement de séquoias, essence éminemment insolite en ces lieux, ce qui démontrait qu’elle était artificielle. Au vu du tronc des arbres, Ram déduisit qu’ils étaient âgés de plusieurs siècles. Les dieux habitaient indubitablement ici.


Nèfe arriva la première à l’orée de la forêt… et pila, la bouche bée. Devant elle s’étalaient des ruines mangées par la végétation. Débouchant à son tour de la forêt, Ram dévida un chapelet de jurons choisis. La cité avait bien eu des flèches, mais elles étaient brisées, elle avait bien eu de hautes tours, mais ils s’étaient effondrés.


« Malédiction ! Les dieux sont partis. Qu’allons-nous faire Ram ? Avoir fait tout ce chemin pour rien…

— Non ! Non ! Ils ne peuvent pas nous abandonner maintenant !

— Il faut se rendre à l’évidence Ram, tout n’est plus que ruines.

— Tu as raison Nèfe, nous sommes maintenant livrés à nous-mêmes… Mais ne baissons pas les bras, explorons la cité, nous pourrons peut-être trouver quelque chose d’utile.

— Et comment allons-nous retourner à Friy… si notre cité existe encore.

— Allons d’abord aux ruines, on pourrait trouver quelque moyen. »


Aux abords des ruines, ils tombèrent sur trois monticules marqués par des plaques de pierre. C’étaient des tombes. Le doute s’insinua sournoisement dans l’esprit de Ram ; les dieux pouvaient-ils mourir ? Ils déchiffrèrent les inscriptions usées des plaques. Ils purent discerner des noms : Noël Amstron, Busal Drine, Mick Caulince.


La cité des dieux avait dû être splendide, sa magnificence pouvait se deviner sous la végétation envahissante : des habitations somptueuses, des théâtres, des coupoles, des arcades, des palais de verre… Les légendes n’avaient pas menti. Ils virent sur une sorte d’esplanade les carcasses de libellules de métal, engins volants utilisés par les dieux. Ils entrèrent dans un bâtiment qui contenait des machines métalliques étranges. Ils virent une console pleine de boutons et se demandaient à quoi tout cela servait. Par terre, ils virent de petites plaques d’un matériau inconnu sur lesquelles étaient soudés de minuscules objets.


Alors que Nèfe, fascinée et curieuse, allait de machine en machine, Ram trouva dans le tiroir de la console un cahier qu’il feuilleta. L’écriture était lisible, le journal ayant été protégé de l’outrage du temps et des méfaits des intempéries. À la dernière page écrite, Ram lut :

« 22:06 : arrivée de la navette.

Enfin le retour sur New-Terra. Ce n’est pas trop tôt, certains des nôtres cesseront de jouer aux dieux auprès de nos cousins, car ce n’est pas sain, ils finiraient par biaiser leur destinée. Il est impératif que ces gens créent leur propre civilisation. Espérons qu’ils feront mieux que nos ancêtres communs qui ont failli détruire la Terre. »

 

A suivre

 

RAHAЯ

Illustrations :

  • une superbe aile de parapente cueillie sur le net
  • un vilain petit dessin néanmoins très enthousiaste répondant à un besoin impératif que j'ai éprouvé après avoir terminé la lecture de l'histoire, dans le jardin, à l'aide de vieux crayons de couleur aux mines qui s'effritaient dans le taille-crayon. Il y en a d'autres que je ne montrerai pas, notamment concernant les humains, les humanoïdes, les extraterrestres, les dieux et ... Dieu ...

Note de Lenaïg

LA CITÉ DES DIEUX - 2/3 - RAHAR
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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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