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Mes poupées russes
Une chouette d'idée
 
 
Je voulais me projeter ailleurs et je suçais ce mot comme un berlingot carminé (simple image dont j'use pour sa puissance, car je n'aime pas les bonbons). J'avais une lumineuse idée de commencement d'une nouvelle histoire, fantastique encore, qui, je le sentais, allait me plonger dans une énergie, que dis-je, une fièvre, une frénésie créatrices, dont l'issue serait propre à rendre folles l'une comme l'autre de jalousie une J. K. Rowling qui aurait le punch du style d'une Amélie Nothomb, mais la nuit passa sur moi son rouleau compresseur, le sommeil s'imposant.
 
Oui ! La nuit passa (forcément) et mon illuviation sans euphémisme mégalomaniaque avec elle ... En ce nouveau matin hivernal, je me levai, ne pris pas le temps de vérifier la présence de cernes dans mon miroir, attachant néanmoins ma chevelure en catogan et me préparai mon café. Un vague malaise subsistait d'un rêve un tant soit peu cauchemardesque, où un mignon couple de cochons d'Inde, appelés Scrogneugneu et Saperlipopette, laissés dans leur enclos, sur la terrasse d'un jardin la nuit, subirent le sort affreux d'être enlevés par des rapaces, nyctalopes comme il se doit. Mon esprit un soupçon superstitieux s'obstinait en douce à y discerner un présage, un message, mais qui ne se formulait pas clairement, comme dissimulé par un buvard. Une histoire un peu similaire m'avait été narrée, c'était vrai, mais que venait-elle faire dans cette galère, cette histoire ?
 
Les poudres de clous de girofle, de cannelle, de gingembre, alignées sur le buffet de la cuisine, me rappelèrent que j'avais un gâteau à faire pour mes invités de l'après-midi. Tandis que cette alléchante perspective faisait s'estomper la mauvaise impression persistante de la nuit, s'éloigner les hautes sphères où était grimpée mon ambition orgueilleuse de la veille, la prudence s'imposa aussi pour me faire regagner définitivement ma simple écurie, mon petit terrier !
 
Mon idée de nouvelle histoire fantastique, j'allais la garder pour plus tard, je ne la ferais même pas entrevoir, je ne voulais pas me la faire piquer avant d'avoir réussi, qui sait, un roman (carrément) ou une belle nouvelle en trois parties (par exemple). Je développerais plus tard mes matriochkas, mes poupées russes qui, en s'ouvrant les unes après les autres, nous offriraient leurs beaux atours, comme les chapitres qu'on écrivait ouvraient des portes ou s'ouvraient sur les suivants, s'imbriquaient, s'enchevêtraient, puis se soumettaient à des restructurations nécessaires à la cohésion de l'ensemble. Mon personnage frétillait déjà !

Lenaïg
pour Les Mots ... tion, dans le magazine L'Esprit de la lettre, de Dominique Bar et Freddie Sailor sur facebook.
Mots imposés en gras.
Mon mot : ailleurs.

 
Tag(s) : #Nouvelles - Lenaïg - A la ville - à la campagne
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