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SI CE N’EST TOI…

 

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Seth Assey était furibard. Sa bijouterie avait subi un hold-up. Le comble était que le voleur n’était même pas masqué. Le vendeur était en train de ranger un collier dans sa vitrine, quand le voleur était entré, il l’avait bien vu dans le reflet de la vitre faisant miroir. La police avait bien fait un portrait-robot, mais le regard un peu désabusé et un rien goguenard de l’inspecteur en charge de l’enquête avait fait tiqué l’infortuné Seth. Il se doutait que le policier ne ferait pas de zèle.

 

La boutique était l’un des magasins-écrans du truand, elle servait pour le blanchiment de l’argent de différents trafics... Et la police le savait parfaitement. Toutefois, la bijouterie en tant que telle était tout de même rentable et assurait la rémunération d’une partie de ses hommes. Évidemment, l’assurance paiera, mais c’était une question d’honneur : on ne s’attaquait pas impunément à Seth Assey, nul n’était censé ignorer que le magasin lui appartenait, même s’il n’y apparaissait jamais.

 

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Le trafiquant décida de régler lui-même le problème. Il fit appel à son ripou grassement payé pour avoir une copie du dossier de la police sur le braquage. À son étonnement, le dossier était plus épais qu’il s’y attendait. Il y avait eu un braquage identique cinq ans auparavant, et un autre trois ans plus tard. Dans chaque cas, on retrouvait le même portrait-robot. La police avait apparemment retrouvé l’homme, mais inexplicablement, il manquait des comptes rendus d’interrogatoire ; il n’y avait pas eu d’inculpation. Les rapports étaient manifestement incomplets, le ripou avait fait un sale boulot ; on lui sonnera les cloches plus tard.

Seth lança ses hommes de main à la recherche d’Alex Terrieur. Le bougre n’avait pas été difficile à trouver, il était toujours à son adresse d’il y avait trois ans. Il y vivait avec son épouse et ses deux enfants. L’un des sbires prit des photos au téléobjectif et revint faire son rapport. Le gérant de la bijouterie était formel, c’était Alex Terrieur qui l’avait braqué.

 

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En bon truand, Seth décida d’enlever discrètement le voleur pour récupérer ses bijoux, quitte à le torturer à mort. Il aurait alors l’argent du beurre avec le beurre ; il n’y avait pas de petit profit. Il envoya deux équipes pour exécuter l’opération loin du domicile ou du lieu de travail du sujet.

La première cueillit l’homme à la sortie d’un drugstore. Le jeune trentenaire était cadre chez SatCanal et supervisait parfois la pose de paraboles réceptrices, selon son dossier. Il disait qu’il allait chez un client pour vérifier si tout allait bien. Il avait été abasourdi, quand des types en costume l’avaient enjoint de grimper dans leur 4X4. Toutes ses questions butaient sur le mutisme de ses ravisseurs ; il croyait que c’étaient des policiers et il n’était pas trop inquiet outre mesure. Son étonnement et un début d’appréhension inconfortable se manifestèrent quand il fut conduit vers une sorte de vieux hangar abandonné. Seth allait assister à l’interrogatoire dans l’ombre, assis dans un fauteuil derrière un bureau dans un coin.

 

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— Mais je vous dis que je suis innocent, je n’ai pas braqué cette bijouterie !

— Ne raconte pas de salade, le vendeur t’a formellement reconnu.

— Il doit sûrement faire erreur, à l’heure du casse, j’étais en train de vérifier l’installation du parabole d’un de nos clients.

— Ouais, un alibi, ça se fabrique, mon pote.

— Mais regardez dans ma serviette, bon Dieu ! Il y a mon rapport et la signature du client. Et puis il y a aussi le vétérinaire qui était venu pour le chien du voisin de mon client ; il m’a bien vu inspecter notre installation. Vous croyez que j’aurais pu l’acheter lui aussi ? Les policiers ont tout vérifié.

 

L’homme de main eut un moment de flottement. Il jeta un regard interrogatif en direction de son boss.

 

— Dites patron, c’est peut-être dans le rapport manquant… Qu’est-ce qu’on fait ?

— Moi je crois qu’il raconte des craques patron. Je vais le faire parler, moi.

— Ta gueule, tête de piaf !... Joey, fouille dans son cartable. Pal, trouve ce véto et interroge-le… poliment, hein.

Seth venait à peine de parler, quand la deuxième équipe fit irruption avec… un autre Alex !

— Alain ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ?

Deux voix s’étaient exclamées en même temps.

— Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? s’emporta Seth. Où avez-vous trouvé… ça ?

— Ben on l’a cueilli par hasard à une station d’essence, boss.

— On est jumeaux ; lui a mal tourné.

— Ce n’est pas vrai, c’est toi la brebis galeuse, sale… sale voyou !

— Stop, stooop !... Tout ce que je veux, c’est mes bijoux.

— Et si on les torturait tous les deux, patron ?

— Eh ho ! Ce n’est pas juste, je ne vais pas souffrir pour ce que LUI a fait.

— Mais c’est vrai, ça. C’est LUI qui doit payer pour ce qu’il a fait. J’en ai marre d’être toujours embêté par les frasques qu’il fait en se passant pour moi.

— Mmmh… Je suis un homme d’honneur, je ne vais pas torturer un innocent…

— Mais comment savoir qui est Alex et qui est Alain, boss ?

 

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La plupart du temps, les jumeaux étaient semblables, comme deux gouttes d’eau. Toutefois, il en existait certains qui étaient symétriques, comme des reflets dans un miroir. L’un est droitier et l’autre gaucher ou souvent ambidextre ; l’un porte la raie des cheveux à droite, et l’autre à gauche…

 

Seth feuilleta la copie du dossier de la police. Puis il se décida.

 

— C’est la première équipe qui a gagné… Bretram, ramène monsieur Alex à sa station d’essence.

— Waouw ! Comment avez-vous fait, patron ?

— C’est le portrait-robot qui m’a éclairé. Herman le vendeur n’a vu que le reflet du braqueur dans la vitrine, puisqu’il ne pouvait pas se retourner. Il l’a donc décrit avec la raie à droite, sans penser à corriger. Par conséquent, notre coupable a la raie à gauche en réalité. C’est Alain Terrieur que la première équipe a trouvé… Très bien les gars, vous pouvez y aller de bon cœur s’il refuse de dire où il a planqué les bijoux.

 

RAHAR

 

 

Illustrations :

"Voleur de bijoux" : clic !

Vol de bijoux et policiers : heu, j'ai perdu le lien ...

Vol à main armée dans une bijouterie de Décines : clic !

Vol de bijoux à Moulinsart : clic !

Jumeaux : wwwretrouversonord.be, clic !

Lenaïg

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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