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Dessins empruntés au site : grece-antique.fr
Le Mythe de la caverne, rédigé par Jean-Louis.



Philosopher, est-ce s'engager ?

La question faisait l'objet du débat d'un Café philo exceptionnel, celui qui se tient au restaurant Le Picardie, à Ivry sur Seine et dont c'était ce jour-là le dixième anniversaire. Avant de s'y rendre, l'amalgameuse que je suis avait cogité !

A événement exceptionnel, invité exceptionnel : M. Christian Godin, auteur de La Philosophie pour les nuls, entre autres.


Mes profs du secondaire, que je voudrais remercier ici car ils m'ont marquée, celui de philo en terminale littéraire bien sûr, celui d'anglais, celui d'histoire et géographie aussi (je me souviens encore du prof d'histoire géo nous faisant un cours sur la Bourse, lui qu'on savait "marxiste"), que nous avons eu la chance d'avoir plusieurs années de suite, mes profs du secondaire (tous d'ailleurs, ainsi que ceux que j'ai connus après) m'ont ancrée dans l'idée que tout le monde fait de la philosophie sans forcément le savoir, comme tout le monde fait de la politique sans le savoir, de même que M. Jourdain chez Molière faisait de la prose sans le savoir.


Oui, après tout, même la politique ou la philosophie de comptoir, c'est-à-dire les discussions quelquefois passionnées dans les bistros, apportent leur pierre, et pas seulement leur bière, à l'édifice des idées ! On remue des poncifs, on s'obstine dans ses prises de position, on s'affronte aux autres si ce qu'ils disent nous indigne, on parle de grands sujets de tous les temps comme des sujets d'actualité ou des faits divers, on s'informe du choix de vote que les autres ont fait si on est assez familier avec eux …


On peut se laisser convaincre si les arguments des autres sont solides, on arrive à gagner d'autres à sa propre façon de penser si on a beaucoup réfléchi sur un sujet et qu'on est, du coup, convainquant soi-même. J'ai mis "de comptoir" ? Je ne suis pas une aficionada des cafés, bistros, restaurants, en fait, déjà mes moyens ne me permettraient pas d'y passer mon temps, alors il faut que je précise qu'une simple discussion dans l'intimité entre deux conjoints, en famille, entre amis doit être englobée dans cette très simple définition de philosophie de comptoir, pour moi du moins.


Commençant à être habituée à ces débats au Picardie, je m'imaginait d'avance Edith et Gunther animant les débats.

Je pensais qu'Edith commencerait par effectuer la distinction entre PHILOSOPHER d'une part, S'ENGAGER d'autre part.

Alors je me suis mise à écrire, et il faut lire ce que je mets avec sourire et indulgence (si possible) que PHILOSOPHER, c'est un travail à plein temps autant qu'une façon de vivre, comme l'ont prouvé les grands philosophes de l'antiquité, Socrate, Platon, Diogène, pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit. Allez, un tout petit effort pour en citer d'autres : Pascal, Descartes, Rabelais, Thomas More, Jonathan Swift, Voltaire, George Sand, Proudhon, Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Antoine de St Exupéry et son étonnant Petit Prince (quant on pense à l'aviateur viril et aventurier qu'il était), James Joyce, Katherine Mansfield, Paolo Coelho, Emmanuel Schmitt, Catherine Clément, Georges Brassens, Colette Magny …

Je m'arrête là. Quoi ? Ce ne sont pas tous des philosophes ? Ah pour moi si, puisqu'ils ont guidé et orienté ma pensée … Et tous ceux auxquels je ne pense pas maintenant et qui ont également contribué à me façonner l'esprit ! C'est réfléchir sur l'humanité, sur la vie et la mort, c'est passer en revue les systèmes politiques et religieux des sociétés, c'est chercher des moyens de les améliorer, c'est souligner des dysfonctionnements, c'est suggérer d'autres pistes pour un nouveau monde, appeler à la création d'autres valeurs si l'examen de celles en place n'est pas satisfaisant. Je dis ce qui me vient, sans préméditation. Bon, tout ceci ne sort que de ma plume, évidemment, ce n'est pas Edith qui me dicte ces propos, même si j'ai la prétention de croire que j'ai retiré de l'écoute de ses développements un petit peu de rigueur et de méthode dans mon raisonnement ! Il faut me laisser mes illusions …

Quant à Gunther, j'admire sa façon de faire le lien entre toutes les idées qui fusent dans le débat, tout en exprimant les siennes. Moi aussi, j'ai la furieuse manie de chercher une unité dans ce qui m'entoure et, tiens, j'aime beaucoup l'humanisme de Jules Romains, pour moi un philosophe de plus ! Une recherche de l'harmonie cachée, ou non évidente, peut-être ma façon de me rapprocher le plus du concept divin, sur lequel je m'interroge sans fin et auquel je ne veux pas renoncer. Ceci me fait penser à Michel Onfray (conseillé par un ami de plume) et à Slavoj Cicek (conseillé par Gunther), que j'ai commencés à lire, mais je dois m'accrocher ! Leurs idées d'appliquer au monde actuel l'enseignement du christianisme du tout début, sans forcément être croyants, sont très intéressantes. Pour conclure ce chapitre sur ce qu'est PHILOSOPHER, je résume en quelques mots : c'est faire avancer les idées.

Que veut dire S'ENGAGER, maintenant ? Ne pas rester tourner en rond dans son coin, ne pas rester figé dans des certitudes et des idées reçues, alors que toutes les idées du passé sont constamment remises en question, sans pour autant être abandonnées, mais remuées, agitées dans le grand chaudron de la pensée. Serrer au plus près la sincérité, l'intérêt pour les autres, aider les autres. Repousser les opinions qu'on sait ou qu'on devine inspirées par des intérêts égoïstes et nocifs à l'avenir de l'humanité. Ne pas adopter les prises de position dominantes sous prétexte que c'est plus confortable que d'autres pensent pour soi.

Continuer à faire confiance aux découvertes scientifiques, à condition d'avoir compris que ces découvertes et les conclusions tirées pourront à nouveau être remises en question par de nouvelles découvertes. Ne pas continuer à croire que l'homme descend du singe, par exemple, ou s'insurger bêtement contre ce fait, se rappeler qu'on en est à l'idée que l'homme ne descend pas du singe, mais que le singe est plutôt notre cousin, que nous aurions un ancêtre commun (ou plusieurs !). Veiller à ce que des mouvements religieux n'entravent pas l'avancée des nouvelles idées. S'insurger contre la persistance ou le retour de l'obscurantisme dans le monde. S'engager, c'est-ce que font tous les penseurs grands ou anonymes, qu'ils aient fait ou pas de la philosophie leur métier ! Venir animer des débats philosophiques bénévolement, venir y assister dans la volonté d'en ressortir plus éclairés, plus forts pour affronter l'adversité, je crois bien que c'est cela s'engager.


Maintenant je repense à Emmanuel Kant, qui, lui aussi, philosophait comme il respirait. Pour le comprendre, il m'a fallu les commentaires détaillés du prof de philo de terminale. J'ai eu l'occasion de lire un long texte écrit par le Pape Benoît XVI et j'ai éprouvé l'impression que je me trouvais à nouveau devant un texte de Kant. Au fond, à mon niveau, ce n'est pas étonnant : j'y ai discerné une pensée allemande un peu similaire, très très élevée dans les hautes sphères de la pensée, bien loin du commun des mortels. Comme pour certains politiques, planer si haut vous rend hors d'atteinte du simple mortel, je dirais et si on pousse le bouchon plus loin, vous empêche de voir les réalités en face. Notre Pape actuel est un pur intellectuel, c'est à ses évêques et ses cardinaux, à ses prêtres et ses moines, ses bonnes sœurs, ses diacres sur le terrain de faire le tri des idées qu'il exprime, de prendre des décisions radicales voire contraire aux déclarations papales.

Pour que la jonction soit réalisée entre la philosophie et l'engagement, il serait peut-être bon de savoir naviguer dans les pensées les plus abstraites, les plus hermétiques, en créer soi-même éventuellement mais rester tout le temps en prise directe avec la rue, l'épicier, le supermarché, savoir que les producteurs de lait sont sous-payés et ne font plus leur beurre alors que les produits laitiers sont de plus en plus chers (mais quel est-ce mystère ?), connaître le prix exact de la baguette de pain, faire la tournée du 115 pour dialoguer avec les SDF, aller voir les ouvriers en instance de licenciement ; ce peut être aussi se rendre avec courage dans des états en guerre pour se rendre compte de la situation et combattre cela par les idées … La jonction entre philosopher et s'engager peut consister à faire de nombreux allers retours entre le concret et l'abstrait, à vivre et écrire aussi !

Lenaïg - Cogitation du printemps 2009 !



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Tag(s) : #Essais
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