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Le jour de son sixième anniversaire, on apporta Noiraud petit chien de Marie-Louvechez la petite Sophie un chiot noir comme l’ébène. Les autres membres de la fratrie n’aimaient guère ces bêtes à poils qui provoquaient en eux, plus de peur que de plaisir. Depuis toujours, la fillette savait débusquer tous les nids des chattes errantes cachant leurs chatons aux alentours de la demeure familiale. Elle prenait tout son temps à les caresser pour ensuite les nourrir en cachette. Pas loin de sa maison, une remise qui leur servait d’abri lui permettait de se réfugier et là, elle pouvait à sa guise parler avec ses chats.

 

Ce jour-là,  elle vit arriver son père avec cette petite boule noire qu’il déposa sur le parquet de la cuisine. Il raconta qu’un ami au travail lui avait offert ne sachant que faire de l’embarrassante portée de sa chienne. La mine tout aussi embarrassée de la mère en disait long sur les mots de bienvenue à la bête qui lui ferait assurément un surcroît de travail.

 

Il ne fallut que trois secondes à Sophie avant de s’emparer de cette merveille qu’elle emporta sous son bras pour la protéger des cris apeurés des autres. De minouches et de bécots, elle l’enveloppa et en fit son chien de poche. Tant et si bien, que lorsqu’elle s’absentait pour aller à l’école, Noiraud la suivait et l’attendait sagement au bout de la cour de récréation. Pareillement sur les marches du perron de l’église. Rapidement, elle en fit son confident puisque personne d’autre ne lui accordait de bienveillance. Elle ne savait pas, mais sa famille chargée d’une vie difficile et d’une existence mal vécue déposait en elle la colère de leur incapacité de savoir faire mieux pour soulager leur rage. Pour éviter les coups et les mots qui tuent, elle disparaissait de leur vue comme un fantôme. Noiraud n’échappait pas au mauvais sort si par malheur, il agissait en bête comme sa nature l’exigeait. Un jour, le père géant l’avait d’un violent coup de pied au flanc, précipité au fond de la cave. Son Noiraud gémissait, elle, le cœur meurtri, arriva aussi vite à ses côtés. Ensemble, ils se consolèrent, elle le berça dans ses bras et lui promit de le protéger. Elle devint son chien de garde.


À l’école, la maîtresse lui apprit que seul le baptême réservé aux humains, permettait d’aller au ciel après la mort. Catastrophée, Sophie insista auprès de celle-ci pour trouver une permission à son chien. Nenni ! Il n’a pas d’âme. À six ans, elle commit son premier péché mortel. Dès son retour à la maison, elle empoigna son ami sous son bras, descendit dans la cave et munie d’un verre d’eau, elle baptisa Noiraud sous l’escalier, dans le carré à charbon.

Pas de ciel sans Noiraud.  

 

Puis, sans aucune considération pour elle ni pour son fidèle compagnon, un homme était venu un après-midi d’été prendre devant ses yeux son chien pour l’emporter. Il portait des gants noirs et il attacha une laisse à son Noiraud. Elle sut qu’il serait « gazé ». Trahison ! Ses pleurs, ses cris et sa course derrière la camionnette ne changèrent rien. Une peine d’amour inconsolable. Jamais, elle n’oubliera. Personne ne vint la bercer ni lui souffler un seul mot tendre. Un silence noir.

 

Peut-être le père se sentait’ il inconfortable devant la tristesse de l’enfant qui refusait de manger alors pour la soumettre, il lui administra une sévère correction en utilisant deux épaisses courroies de cuir qu’il abattit avec violence sur sa peau nue. La torture prit une éternité pour l’enfant convaincue que son père la tuait.  La mère ne dit rien. Pendant deux semaines, s’asseoir lui faisait mal.  Le bas de son dos et ses fesses devinrent noirs comme Noiraud. Jamais, elle n’oubliera. Cette fois, le père avait tué l’enfant et l’enfant sans le savoir avait déchu son père. Il n’était plus son père, elle en fabula un autre.  


Auteur : Marie-Louve.
***

Dessin naïf : Lenaïg.

 

 

 

Tag(s) : #Fantaisie et sérieux chez Marie-Louve
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