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Les enquêtes de l'agence Thémis.

Aventures franco-québécoises coécrites

par Di, Marie-Louve et Aganticus

 

Episode 9

 

 

Le signe de Iakoutsk

 


Une fois qu'on a atterri à Iakoutsk, on se dit que le reste de sa vie ne sera plus le même.

Déjà, Iakoutsk, la ville la plus caillante du monde, demeure figée par une gangue de glace entre novembre et mars et le tourisme s'en ressent un chouïa ; Essayez d'aller balader vos miches par – 40° et vous comprendrez qu'il vaut mieux fréquenter les rades plutôt qu'admirer les glaces de la Léna, si choucardes soient-elle. Mais les tronches des gens du coin ne semblent pas plus tristounettes que ça : la force de l'habitude, sans doute et je me fais cette réflexion que leurs yeux bridés leur permettent de faire croire qu'ils rient même quand ils font la gueule.

Oui mais en plus, Iakoutsk est à 5000 kilomètres de Moscou, donc, avec les changements et les correspondances, le voyage depuis Montréal dure dix huit plombes en avion ! Sans compter la nonchalance kamikaze des pilotes qui flirtent avec l'orage pour ne pas avoir à le contourner : "Time is money ! " hurlait le nôtre entre les grondements apocalyptiques des jeux de foudre ; j'ai même cru voir la figure en colère du Dieu orthodoxe entre les éclairs.

 


Mama mia, j'ajouterai ça sur la note du Pacha.

Avec ses 300 000 habitants, Iakoutsk est la plus grande métropole de la Sibérie orientale et sa richesse vient en partie des mines de diam's qui ont attirées des milliers de descendants de cosaques qui n'avaient plus grand-chose à conquérir. En hiver, le traineau avec des chiens est le moyen de transport le plus sûr car même les motos neiges arrivent à geler…

C'est ce qu'on me conseille pour rejoindre la région d'Ytpo à une centaine de kilomètres au nord-est d'Iakoutsk a travers le permafrost, cette immense réserve de méthane et de gaz carbonique qui risque de se libérer dans l'atmosphère si le réchauffement climatique de la planète  continue : je vous raconte pas le rififi apocalyptique s'il commence à faire plus zéro ici en hiver !

Le "on" qui me conseille est un gaillard de près de deux mètres, qui doit bien peser ses cents kilos de muscles et dont le regard est si profondément bleu qu'on a envie d'y plonger dedans.

Piotr est le contact que m'a indiqué le Pacha et je me sens peinard avec cézigue car non seulement il parle bien le français mais en plus, il a de l'humour.


 

Ce matin, nous avons chargé le traineau, enfilés de chauds manteaux de fourrures et nous avons levés l'ancre à dix plombes, dans un soleil sympathoche, direction Ytpo. 

Piotr, également musher professionnel, guide ses magnifiques chiens samoyèdes de main de maître et si son fouet claque dans le petit vent, les clebs n'en ont rien à battre : ils tirent comme des mulets car ils sentent l'écurie et donc la tortore.


 

Nous avons quittés la toundra et nous nous enfonçons dans une forêt de mélèzes jusqu'à une isba dont la cheminée envoie une fumée qui invite à entrer. Ayant entendu les aboiements, une femme imposante est sortie pour nous attendre à l'entrée de la cabane; c'est elle la gardienne du parc. Elle a un faciès asiatique, avec des yeux en amandes, des pommettes bien hautes et bien marquées, comme les Inuits.

Cela fait bien dix minutes que Piotr et la femme  parlent sans s'occuper de moi et j'en profite pour me mettre à l'aise car il fait chaud.

  • Elle dit que "l'homme au loups" vient souvent hurler à la pleine lune avec une meute de huit bêtes. Me traduit Piotr

 

Je touche enfin au but de ma mission : rencontrer un ermite qui serait le dirigeant alpha d'une meute de loups : du jamais vu de mémoire d'humain et encore moins de mémoire de loup…

Ce chef de bande improbable a été photographié plusieurs fois avec ses bestioles par un satellite d'une précision si grande qu'on voyait presque les mouches autour de lui… Heu… presque.

  • Demande lui si elle sait où ils se réunissent.
  • Dans une clairière à une heure à l'ouest, me dit-il, puis écoutant la femme il se met à fixer mon amulette que j'ai libérée en enlevant mon pull. Il semble troublé par ce qu'elle raconte. Aussitôt, j'attrape mon "lecteur de pensée" et je répète trois fois Youkahata : Ce que je lis dans la tête de Piotr parle du signe identique à celui de "l'homme aux loups".
  • Que dit-elle, Piotr ? interviens-je pour rompre le silence suspect de mon guide
  • Que la pleine lune est ce soir, qu'il nous faut y aller mais il ne faut pas prendre nos chiens car ce sont des ennemis des loups.

 

Je suis surpris qu'il ne veuille pas me dire ce que j'ai lu dans ses pensées, pourquoi ça ?

Cela fait une plombe que nous planquons à la lisière de la clairière en question et, pour ne pas nous faire repérer par nos odeurs, il m'a fallut sacrifier à un rite : m'enduire de bouses de rennes mélangées à une herbe ; l'odeur est dégueu de chez dégueu, du Lancôme qui aurait tourné mayo avariée. Je souris en pensant que Bérangère ou Angélique auraient pu avoir cette mission et je vois leur trombine lorsqu'il aurait fallu qu'elles s'enduisent de bouse.

Enfin, des ombres s'amassent au centre de la clairière et se mettent en rond ; puis arrive une ombre droite : c'est notre gonze, sûr ! Ensuite, la sinistre compagnie se met à hurler en pointant le moure vers la lune… c'est lugubre et j'en mène pas large.

On dirait un concert de Sheila lorsque Ringo l'a plantée : ça chiale en canon.

Au bout d'une petite demie plombe,  v'la que le concert s'arrête, que les loups se barrent et que l'ombre droite se tourne vers nous ; j'entends alors dans ma tête la même voix que sous le pylône de Montpellier:

  • Je t'attendais … Décidément je suis l'attendu de tous les ermites de la terre et c'est jamais des belles nanas.
  • Heu… Je sais pas trop quoi dire en pensée alors je sors un de mes jeux de mots de socialiste réac : Bonsoir ermite errant…
  • Tu trouveras dans le creux de l'arbre isolé, juste derrière toi, un document écrit en Yacoute ancien car peu de gens peuvent le déchiffrer ; tu devras le ramener au Pacha.  C'est une observation alarmante sur notre toundra. Ne le montre pas à ton guide il renseigne un consortium de pétroliers russes. Je vais occuper sa pensée pendant cinq minutes pour qu'il ne te voie pas prendre le document.
  • Mais qui va traduire ?
  • Un logiciel unique de chez le Pacha. Ne le perds pas, il est primordial pour l'avenir de la planète.
  • Mais pourquoi ne pas faire parvenir ce document par voie diplomatique ?
  • Tu en vois beaucoup des diplomates dans le coin ? Et puis le Pacha n'a confiance qu'en toi… Arrête de poser des questions et dépêche toi, plus que quatre minutes trente, adieu…

J'ai donc dis adieu à tout ce beau monde et j'ai attaqué le chemin en sens inverse direction Montréal.

 

 

C'est dans l'avion du retour, vers une civilisation plus chaude, que j'ai pris un méga direct dans le buffet : en ouvrant l'enveloppe, sur la feuille unique du message écrit en signes sumériens ou approchants, devinez ce qu'il y avait comme entête ? Le même signe que mon amulette, celle que m'a refilé Satinka et qui me permet de lire les pensées négatives !

A savoir un triangle isocèle entouré par un cercle.

 

 

Je connais le signe du cercle qui est la vie, le triangle isocèle, lui, m'a valu un deux sur vingt au bach, mais j'ignore ce que signifie l'association des deux.

Sitôt rentré au bureau, j'ai envoyé tout ceci au Pacha par la voie codée.

En parlant de pensée négative, pendant l'attente de l'avion Moscou Paris, j'ai commencé à draguer une superbe gonzesse qui avait tout ce qu'il fallait là ou il le fallait et qui répondait grave à mes œillades, mais quand j'ai voulu lire sa pensée pour savoir si j'allais pas me ramasser un râteau, vous savez ce que j'ai lu dans sa jolie petite tête? 5000 Roubles !

Mama mia, y'a plus de french séduction !   

 

Aganticus

 

                               

Illustrations :

Images du net autour du Grand Nord arctique et l'art inuit, porte-clés sur le sujet, tirette de fermeture éclair avion, loups hurlant à la lune et l'illustre illustratrice est désolée, mais la fonction collage d'images du blog est imparfaitement opérationnelle en ce moment pour des raisons inconnues et le choix n'est pas celui de départ. Fonds musicaux inaccessibles aussi. Aganticus a apporté son cercle et son cercle au triangle isocèle dans son texte.

Lenaïg

Tag(s) : #Embarquement pour Agantica ! Avec Aganticus
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