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Arletty Garance
 
 
Lenaïg en rase-mottes au pied de la lettre !
 
 
Je ne peux pas soupçonner la délicieuse soupe à l'oignon et croûtons amoureusement préparée par mon compagnon d'être un bouillon de onze heures, ou un bouillon d'onze heures, comme on disait autrefois, quand on pratiquait l'élision et qu'on traquait le hiatus ! De nos jours, on n'en a plus peur, du hiatus, et notre langue subit moult transformations avec plus ou moins de bonheur pour les yeux et les oreilles : on entend dire des choses comme : "si il y a un problème, nous le règlerons ..." On le voit même écrit. Bon, d'accord, s'il y a un problème, le principal est de régler le problème ! Mais ... pauvre apostrophe abandonnée ! Les voyelles lui ont échappé, pour des motifs variés, elles se sont émancipées, elles se lient d'amitié, se pacsent ou se marient au gré de leur fantaisie, ne veulent plus se cacher et, quelquefois, de nouvelles élisions apparaissent, porteuses du hiatus qui auparavant était au ban de leur société ! Lorsque on évoque, -oh pardon- lorsqu'on évoque la couleur oranger, c'est la consonne r que les voyelles ont fait sauter ! "Orange", dit et écrit-on. Moi je veux bien, je trouve "orange" plus joli que "oranger" -oh, repardon : qu'"oranger"-. Et on entend ceci : "prenez donc du orange, cela vous va bien au teint !" Oh, le beau hiatus en u et o ! Pour l'éviter, autrefois on aurait mis : "prenez donc de l'orange" ...
 
Hi hi, et comme je suis partie à digresser loin de mon sujet, les mots imposés attendront ! Oui, car elle est captivante et marrante la phrase : "cette émission va fêter ses un an(s ?) d'existence !" Oh miracle, un est devenu plusieurs et fait la nique aux mathématiques ! "Son an d'existence", effectivement, ne ferait pas élégant ni aussi festif ! "Son année d'existence" ne ferait ... pas assez !
 
Non, mon Ours, ta soupe à l'oignon n'était pas un poison ! Nous n'avons d'ailleurs pas attendu qu'il soit onze heures du soir pour la déguster et nous approchons de minuit, l'heure du crime ... Tu dors et moi je suis en train de rire jaune toute seule, je plaisante sur la langue pour me donner une contenance, je m'agite, mal à l'aise car je n'ai pas fait mon devoir du mardi ... Ma fille, me morigéné-je -eh oui, quand on inverse verbe et sujet et que l'infinitif du verbe se termine en "er", on tranforme, en principe, l' "e" en "é" : me trompé-je ? On l'a oublié, il a pourtant le droit de vivre aussi, ce petit "é" ! Moi, je le défendrai !-, ma fille, secoue-toi ! Il est grand temps d'écrire ton texte du mardi, au lieu de tergiverser, de produire une histoire, un poème, un essai dont tu n'auras pas à rougir. La vaisselle est faite, ne recours pas à ce prétexte ! Cesse de te tordre le cou pour apercevoir la lune par la fenêtre !
 
bouillon fantamaskLa lune aperçue m'adresse, me semble-t-il, un message ; oh, rien de nouveau sous le soleil, qui à cette heure est caché ! La lune me sourit, bon signe, mais se contente de me lancer : "Aide-toi, le ciel t'aidera !" A quel ciel se réfère-t-elle ? Et que diable attends-je ? Un souffle divin ? Un souffle tout court ? Il arrive que je me jette sur les mots imposés avec gourmandise, que le capharnaüm des idées dans mon cerveau s'organise comme par enchantement et presque sans ratures, sur mon cahier ou sous mon clavier et là, rien ne vient ? Source tarie ? Quel est ce trouble qui me laisse sans courage, aussi amorphe qu'une betterave ? Est-ce l'ambition de faire bien qui me retient ? Alors, je n'irai pas loin ! Ne pas céder à la facilité ni aux ficelles des charnières artificielles ? D'accord, cette fois, garance ne sera pas le prénom d'un personnage, à cela je m'engage, puis il est déjà pris, par Arletty ! Mais, pour le reste, je ne vais pas déguiser en motifs nobles ni en simulacre de discours pompeux ma simple panne d'inspiration !
 
Ce n'est pas encore l'heure du Père Noël, que je ne compte pas sur lui pour me livrer tout prêt, en un paquet cadeau garance et vert, à motifs de fleurs de givre et de pommes de pin, l'oeuvre accomplie, la transformation d'une liste hétéroclite mais muette de mots banals ou originaux, graves ou sérieux, savants ou farfelus en un magnifique édifice contribuant à l'élévation de l'esprit. Minuit est passé, j'ose espérer que mon inspiration n'a pas été tuée, qu'elle a juste fui ... Et que mon sommeil n'en fera pas autant.
 
 
 Lenaïg
 
selon la liste de mots imposés, chaque membre proposant le sien, Freddie Sailor procédant ensuite à la récolte, pour le magazine L'Esprit de la lettre sur facebook (de Dominique Bar et Freddie Sailor). 
Les illustrations : affiche de Les Enfants du paradis, de Jacques Prévert et Marcel Carné, où Arletty est Garance ; jaquette de Le Bouillon d'onze heures (derrière l'Ange noir qui livre ses confessions se cache Frédéric Dard). Références ? Oh, fatiguée de galérer, je vais mettre simplement que je les ai cherchées et trouvées sur Google.
Reste à ajouter une musique maintenant, à moi déjà cela fait plaisir ! Voyons ...
 
Tag(s) : #Jeux
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