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Monstre de Fouke yeux

 

Alors que je descendais la dernière marche, ma lampe défaillit et n’éclaira plus qu’à un mètre. Ce n’était vraiment pas bon signe. Une peur inhabituelle me mordit le ventre. Mon oreille perçut un froufrou bref comme si un papillon sphinx passait tout près. En tâtonnant fébrilement, j’essayai d’allumer le générateur. Je maudis ma nervosité, le mécanisme était pourtant simple.


Un autre souffle plus fétide me cueille à froid. Je relevai ma lampe… et mes cheveux se dressèrent. Ma torche accrocha brièvement une figure de cauchemar : une tête au front fuyant de primitif, des cheveux noirs plus crépus que de la paille de fer, un nez épaté aux poils débordants, une bouche lippue figée dans un rictus sardonique, et surtout des yeux de braise au regard diaboliquement malveillant. Je n’avais entraperçu fugitivement qu’un torse puissant et velu soutenu par des jambes trapues mais musculeuses. Une apparition venue du fond des âges.


Mon cœur battit immédiatement la chamade. Une sueur glacée me coula dans le dos. Je fus paralysé par une terreur indicible. Puis je sentis comme des mains glacées me serrer le cou. Je ne savais si c’était imaginaire ou non, mais mon étouffement était réel, j’avais de la peine à respirer.


Puis providentiellement, le générateur s’alluma. J’ai cru entendre un faible grognement de frustration et ma gorge se desserra. J’avalai avec volupté une bonne goulée d’air. Mais un autre souffle méphitique agressa mon nez déjà éprouvé. Le générateur semblait avoir atteint ses limites. Précipitamment, je sortis le crucifix que je portais toujours en pendentif – je ne suis pas croyant, mais certains fantômes semblent y être sensibles – je le brandis et profère « Vade retro satanas ! ». Ce bougre de revenant ignorait manifestement le latin, ma gorge recommence à se serrer. Affolé, je fis des moulinets… pour ne brasser que du vide. La panique me donna enfin des ailes, je tournai les talons et me ruai vers la sortie. Al et Tom m’étaient totalement sortis de l’esprit, j’ignorais tout le matériel et je pris mes jambes à mon cou.


Le concierge de l’hôtel fit abasourdi en voyant un type totalement hagard faire irruption à cette heure de la nuit. Je raflai la clef sans explication et ne m’arrêtai que dans ma chambre et fermant la porte à double tour. Je ne pouvais pas dormir, je restai prostré, assis au bord du lit. Mon regard accrocha le grand miroir. Ce que j’y vis m’épouvanta : mes cheveux étaient blancs, des rides profondes creusaient mon visage et mon regard fiévreux reflétait mon désarroi.


Le lendemain, accompagné par deux jeunes gendarmes pour le moins sceptiques, je revins à la maudite maison. Malgré une fouille approfondie, nous n’avions trouvé aucune trace d’Al ni de Tom. Les gendarmes, un peu gênés et certainement perplexes, avaient essayé de me persuader que les deux lascars avaient dû se tailler et étaient sûrement déjà loin. Moi je savais pertinemment que ce n’était pas vrai. Les deux pandores avaient fini par me persuader de faire une déclaration de disparition, surtout pour le jeune Tom, une simple formalité.

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Alors môssieur Yvan, vous êtes satisfait ?

– Mais que sont vraiment devenus votre associé et le jeune Tom ?

– Ah, Dieu seul le sait. Ils ont tout simplement disparu, pouf !

– Et qu’est devenu la maison ?

– Eh bien, l’agence l’a finalement rayée de son catalogue. Le propriétaire a fini par la céder à la commune qui l’a rasée et a aménagé à sa place un terrain de basket.

– C’était sûrement la meilleure solution.

– Pas du tout : presque chaque semaine, un joueur s’y blesse inexplicablement.

 

FIN

 

RAHAR

 

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Illustrations du net :

Monstre de Fouke (clic !) - Est-ce lui ? Une hypothèse de Lenaïg !

Salle de basket en Louisiane

 

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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