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FP65704

 

– Alors Will, comment ça va mon petit ?
– Salut tonton Jason. Ça peut aller.
– C’est triste ce qui est arrivé à ton prof.
– Cet enfoiré ? C’est bien fait pour lui, il en avait toujours après moi, c’est pas ma faute si j’suis pas doué en sciences. La dernière fois il m’a foutu un deux, il a pas pensé à papa et à sa méchante ceinture. J’ai voulu le voir mort.
– C’est pas bien de souhaiter la mort de quelqu’un, Will. Les sciences, tu sais, c’est pas très sorcier, tu n’as qu’à faire un peu d’effort.
Le lendemain, alors qu’ils travaillaient au lac de Pot, Éric lâche comme une petite bombe :
– Jason, le tueur a encore frappé. Cette fois-ci, c’est un gamin, un petit délinquant.
– Mais pourquoi un gamin, Éric ?
– Chais pas, il était peut-être le seul à s’être baladé la nuit pour un mauvais coup… En fait, il vivait pas loin de chez ta sœur.
– Mais alors, sa famille et elle sont en danger.
– Faut pas dramatiser, Jason. Un tueur en série ne frappe pas au même endroit voyons.
Pas entièrement rassuré, Jason rend visite à sa sœur à la fin du boulot. Son mari et elle étant sortis, il ne trouve à la maison que le petit William.
– Jill et Bill t’ont laissé seul ?
– Ben quoi, je suis déjà grand, tonton. J’ai pas besoin de baby sitter.
– Mais tu ne sais donc pas qu’on a tué un gamin près de chez vous ?
– Ah, Joey « Gros Bras » ? Bon débarras, ce matin il m’a vachement fait chier.
– Will, ton langage !... Et puis qu’est-ce qu’il t’a fait ?
– Il m’a racketté, si tu veux le savoir. M’man m’a donné de quoi m’acheter des frites pour goûter. Joey a fauché mon pognon.
– Et tu ne l’as pas dit à ta mère ?
– Nan, j’veux pas que papa l’apprenne et me gueule après pasque j’ai pas été capable de me défendre. Joey est avec la bande des Moutards, tu sais. Mes copains ne sont que des trouillards.
– Et tu as souhaité qu’il crève.
– Ouais, mais c’était qu’un souhait… Mais… Mais… Il s’est réalisé, putain !
– Will !

 

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– Éric, tu te rappelles où on a jeté le ruban rouge ?
– Quel ruban rouge ?... Ah oui, celui qui ficelait le samouraï… Je crois que c’était du côté sud de l’étang Gau. Pourquoi ?
– J’ai comme un mauvais pressentiment. Tu sais, Zétamoto le consultant, c’est un Chinetok ou un Jap ?
– C’est un Japonais, pourquoi ?... Ah, tu veux qu’il traduise ce qui est écrit sur le ruban.
– C’est ça, oui.
– Quelle importance, où veux-tu en venir ?
– Écoute, Will a souhaité la mort de James et celui-ci est mort. Puis il a souhaité celle de Joey qui est mort aussi.
– Attends, Joey c’est le gamin décapité ? Dis, t’es pas bien ? Tu devrais faire un peu plus de sport, Jason.
– J’ai pas besoin de sport. On a donné le guerrier jap à Will, pas vrai ?
– Et tu crois que la figurine est ensorcelée et que c’est ton petit neveu qui tue les gens ?
– Mais non ! C’est pas lui. D’ailleurs où pourrait-il trouver une épée ?
– Alors, c’est le samouraï qui a tout fait ? De mieux en mieux.
– Rigole pas, je suis sérieux. Je crois que le texte japonais va conforter mon hypothèse.

Le consultant japonais a à peine tiqué en voyant le ruban rouge. Il est trop occidentalisé pour se souvenir de toutes les traditions du pays du Soleil Levant. Mais à la lecture du texte, un reste de superstition atavique fait surface.
– Où avez-vous trouvé ce ruban ?
– Pourquoi ? Qu’est-ce que ça dit ?
– C’est un sort très ancien et très puissant. Il signifie en substance que le samouraï doit obéir à son employeur et le protéger de ses ennemis. Le reste est bien entendu une formule magique où il est question du don d’un peu de sang. C’est une pure coïncidence, car mon grand-père m’avait gavé d’histoires de samouraï quand j’étais enfant… Mais ce ruban ne va pas seul. Où est la figurine ? Vous ne l’avez pas détruite, j’espère.
– Euh… Que se passerait-il si elle était détruite ?
– Malheureux ! Ce serait une vraie catastrophe : le samouraï se mettrait à tuer sans discernement, il serait devenu parano. La moindre saute d’humeur de son possesseur, eh bien boum !... Vous ne lavez pas détruite hein ?
– Dites, comment peut-on s’en débarrasser ?
– Je ne sais pas. Il faudrait aller au Japon et chercher quelque vieux sage. Autant chercher une aiguille dans une grosse meule de foin… On pourrait peut-être le jeter au fond de l’océan.
– Faudrait d’abord récupérer la figurine. Allez Jason, tu dois la récupérer.
– Et tu crois que ce sera facile ? Je ne vais tout de même pas lui reprendre ce que je lui ai donné. D’ailleurs il ne se laissera pas faire.
– Je ne veux rien entendre, démerde-toi… Et pourquoi ne la volerais-tu pas ?
– Et comment veux-tu que je fasse ?... Attends, je crois que j’ai une idée.

 

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Le spécialiste de la police scientifique jubile. Il a enfin déterminé l’arme du crime. Il avait essayé toutes les armes de taille de la collection du département, du glaive romain à l’épée des chevaliers. La coupe nette était cependant très caractéristique, seul un katana japonais très affûté avait répondu aux critères.
Les inspecteurs sont donc allés voir tous les propriétaires de sabre japonais, qui n’étaient pas légion. Malheureusement, les uns ont un alibi en béton, et sur le sabre des autres, aucune trace de sang n’a été détectée, malgré des méthodes de technologie de pointe utilisées. Le tueur est peut-être simplement de passage.
Un inspecteur original a eu l’idée de consulter une voyante. Les flashes que cette dernière a eus ont donné des informations au sens plutôt sibyllin. Le tueur est invisible, ou bien encore il n’est pas vivant. En sortant, l’inspecteur peste in petto : il en est allé de sa propre poche, et pour quel résultat.

 

garcon

 

 

Jason et Éric ont dû patienter dans la caisse de celui-ci, attendant que Jill et Bill sortent. Finalement, le couple sort, laissant seul leur rejeton. Jason sort de la tire et va accomplir sa mission. Éric se dirige vers la porte et sonne.
– Ah c’est vous, m’sieur Éric.
– Salut Will. On ne sait pas où est ton oncle et il a fermé son téléphone. Est-ce qu’il est là par hasard ?
– Ben non m’sieur, je suis seul, je ne l’ai vu qu’hier.
– Mais dis-moi, tu n’as pas la trouille de rester seul avec ce tueur coupeur de tête en liberté ?
– Beuh non, il ne tue que la nuit, non ? et moi je ne sort pas après six sept heures.
– Tout de même, tu devrais être plus prudent, tu m’as ouvert sans vérifier, pourtant il y a un œilleton à la porte.
– Tiens, c’est vrai, je l’ai jamais remarqué. Merci du conseil, m’sieur Éric.
– Bon, eh bien, si tu vois ton oncle, dis-lui de m’appeler, c’est urgent.

Jason se glisse furtivement comme un voleur– qu’il est – dans la voiture.
– Alors, tu l’as ? fait Éric, sur des charbons ardents.
– Heureusement que la porte de derrière n’a pas été verrouillée. Tiens, la voilà.
– Ho ! Garde-le, je ne tiens pas à y toucher.
– Froussard ! Ça n’agit que si on veut tuer quelqu’un. Qu’est-ce qu’on en fait ?
– Eh bien, on n’a qu’à l’envelopper de nouveau et la ficeler avec le ruban, puis on va l’enfermer dans le coffre qu’on va balancer à la flotte.
– Et si quelqu’un d’autre la retrouve ?
– Alors là, ce sera son affaire… Ah oui, on va balancer un bon gros rocher par-dessus.

 

samourai Philippe Lafon karateland.fr

 

Le petit Will a fini la vaisselle que sa mère lui a fait faire. Comme il est seul à la maison, il ne peut pas rejoindre ses copains, il ne peut que s’amuser avec ses soldats. Il remarque tout de suite l’absence de son samouraï. Affolé, il se dit d’abord qu’il l’a mis ailleurs. Après cinq minutes de recherche infructueuse, une idée traverse son esprit. Will se rue vers la porte de derrière. Elle est entrouverte.
Jurant comme un adulte et tremblant tout de même de peur rétrospective en pensant à l’appréhension de m’sieur Éric, il s’empressa de verrouiller la maudite porte. Beaucoup plus rassuré, son humeur changea en rage de frustration. Le voleur doit être un de ces petits voyous qui écument le quartier ; il a dû être immédiatement attiré par le beau samouraï. Will souhaite que ce sale voleur s’étouffe avec.
Jason et Éric n’ont pu retourner à l’étang Gau que le soir, après leur boulot de la journée. Personne n’a bien entendu touché au coffre. Éric récupère le papier kraft qui s’était coincé dans un buisson. Jason est en train d’envelopper la figurine, quand il la jette brusquement.
– Qu’est-ce que t’as ?
– Il a bougé ! Le samouraï a bougé !
– Mais t’es ouf, ma parole.
– Il va me tuer ! Will sait que je l’ai volé, le machin va me tuer !
Par terre, la figurine se met à onduler sous le papier, puis à grandir. Jason sent qu’il ne va pas retenir sa vessie ; Éric sent ses poils se hérisser. Alors c’est vrai, le samouraï prend vie et décapite sa victime avec son katana.
– Vite le ruban, gros empoté !
– Je ne suis pas… Ah oui, le ruban.
La figurine a déjà atteint trente bons centimètres, ses jambes et sa tête dépassent le papier, ses yeux prennent vie et regardent Jason. Celui-ci plonge comme un rugbyman, ficelant un peu n’importe comment la taille du samouraï qui arrête immédiatement de gigoter.
– Ouf ! Il était temps. J’ai eu de ces frayeurs, encore heureux que je ne me suis pas pissé dessus. Mais je ne comprends pas, ce n’est pas Will qui a le samouraï, c’était moi qui le portait.
– À mon avis, la statuette avait encore l’imprégnation de ton neveu, je présume qu’il faut un petit délai qu’elle puisse tomber sous ton influence.
– C’est pas tout, ça, il faut la remettre dans le coffre… Tiens, elle a repris sa taille normale.
– Elle est bien enfermée ? Tu as bien brouillé la combinaison ? Bon, pousse déjà le coffre, moi je vais desceller ce gros rocher.
Ahanant et rouge comme un bûcheron constipé, Jason pousse (le coffre, bien sûr), aidé un peu par le terrain et l’herbe humides. De son côté, Éric a du mal avec son rocher à la surface assez lisse, donnant peu de prise.
Plouf ! Le coffre-fort est à l’eau. Re-plouf ! Le rocher a roulé à sa suite. Il est très peu probable que quelqu’un puisse un jour trouver ce satané coffre.
– Je te retiens avec ta fichue curiosité. Je vois maintenant pourquoi son ancien propriétaire l’a foutu à l’eau ; et ça explique les anciens meurtres au tueur insaisissable. Enfin, tout est bien qui finit bien, allez mon gros, on rentre.
– Arrête, je ne suis pas gros !

 

FIN

 

RAHAR

 

 

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Illustrations : Samouraï, petit garçon et Obélix, cueillies sur Google Images

Estampe ici en vignettes : Le samouraï au sabre, Philippe Lafon, karateland.fr

 

 

 

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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