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Derringer.jpg 

 

Trois mois avaient passé. J’avais été trop occupée à bricoler et à peindre pour penser tout de suite à mon roman. Le soir, j’étais trop éreintée pour me concentrer sur rien d’autre et je retrouvais avec volupté la douceur de mon lit. Le matin, j’avais à peine le temps d’apprécier le merveilleux lever du soleil, le gazouillis des oiseaux et le bruissement doux du vent, je voulais terminer au plus vite l’aménagement de la maison.


La tuyauterie avait été vérifiée par un plombier du village et un électricien avait rénové et modifié le réseau électrique suivant mes instructions. Je pouvais ainsi souffler, plutôt satisfaite des résultats. Je pouvais désormais me consacrer à mon roman. Je prévoyais cinq heures d’écriture et trois heures de balade dans la nature pour entretenir mon inspiration.


C’était la première fois que je regagnais mon lit sans être abrutie de sommeil. Je me permis même de lire quelques pages d’Ursula Leguin avant d’éteindre la lampe de chevet. Il m’avait fallu tout de même plusieurs minutes avant de sombrer dans les bras de Morphée.


220px-Suryanamaskar.gifJe fus brusquement tiré du sommeil par un grincement agaçant. À cause de la chaleur de l’été, j’avais laissé ouverte la fenêtre, seul le panneau au grillage de plastique anti-moustique était en place. Un coup de vent avait dû pousser la porte de la chambre que je n’avais pas fermée. En ronchonnant, j’allais fermer cette fichue porte. J’étais peut-être encore ensommeillée et le fait qu’elle n’avait pas grincé n’avait pas effleuré mon esprit sur le moment. Puis je regagnai avec soulagement mon lit.


Je m’étais rendormie et avait plongé dans un sommeil sans rêve, du moins à ce que je me souvinsse. J’avais été réveillée par un rayon de soleil. Je me sentais en pleine forme, bien reposée, et me levais du pied droit en baillant sans retenue. J’allais effectuer mes salutations au soleil, un mouvement de yoga qui assouplirait mes articulations et oxygènerait tout mon corps, quand je constatai que la porte de ma chambre était ouverte. Tiens ! Je croyais que je l’avais fermée cette nuit. Enfin, j’étais peut-être mal réveillée. Je repris ma gymnastique.


Après un petit-déjeuner copieux sinon délicieux pris sous le porche, je m’étais attelée avec enthousiasme à mon roman, les idées fourmillaient dans ma tête.

J’étais en train de réfléchir sur le prochain mouvement de mon héroïne, quand je crus entendre un bruit insolite. C’était comme des bruits de pas au-dessus. Je m’étais dit que j’étais trop prise par mon écrit et que j’avais fini par avoir des hallucinations. Haussant les épaules, je repris le fil de mes idées. J’étais coincée… ou plutôt, mon héroïne était coincée. Frustrée, j’allais puiser quelque inspiration dans une tasse de bon café.


3326379-tasse-de-cafe-un-clavier-un-crayon-et-un-bloc-notesJe descendis à la cuisine et préparais la cafetière, quand j’entendis distinctement craquer les marches du vieil escalier en bois. Surprise, j’allais voir. Personne. Assez déconcertée, je me grattai la tête. Je réfléchis ; les marches étaient assez vieilles, elles avaient dû craquer à retardement. Oui, c’était certainement ça. J’emportai mon café en haut. J’avais enfin trouvé comment sortir mon héroïne de la panade. Mes doigts fins voltigèrent alors allègrement sur le clavier ; mes lecteurs allaient être épatés.

 

J’avais eu de la peine à m’arracher de l’ordinateur et respecter ma routine, mais je devais m’aérer et effectuer ma promenade quotidienne : il fallait ménager ma précieuse cervelle pour qu’elle pût élaborer d’autres bonnes idées.

Je m’attendais à ce que le sommeil fût long à trouver, j’étais assez excitée… ou plutôt un peu euphorique d’avoir trouvé une solution à la situation de mon héroïne. J’avais dévoré une centaine de pages de Leight Bracket sans m’en rendre compte, quand j’entendis des bruits de pas au grenier.


L’appréhension et un début de colère m’envahirent. Quelqu’un avait dû s’introduire dans la maison pendant l’une ou l’autre de mes promenades, et se réfugier dans le grenier. C’était peut-être un vagabond, un va-nu-pieds quelconque.

 

Je n’avais pas réfléchi, je pêchai le petit Derringer à double canon à crosse de nacre dans la commode, fixai une lampe frontale à ma tête, et allai dans le couloir faire descendre l’échelle du grenier. À vrai dire, je ne savais pas vraiment ce que je ferais en trouvant l’intrus, je n’ai encore jamais utilisé mon arme.


Je passai précautionneusement la tête par la trémie, faisant un panoramique. Je ne vis rien. Lentement, j’accédai au grenier. C’était le lieu que j’avais arrangé en dernier, je l’avais débarrassé de tout un fatras et y avais mis des cartons de livres et de vieilleries à valeur sentimentale. Tout était en ordre, il n’y avait personne ni aucune autre créature qui eût pu déranger quoi que ce soit, ou se dissimuler quelque part. l’œil-de-bœuf était fermé et ses vitres étaient intactes, aucun oiseau de nuit n’aurait pu entrer.

 

A suivre

 

RAHAR

 

grenier_640.jpg

 

Illustrations :

  • Le Derringer : choix de photo de Rahar
  • Animation pour la salutation au soleil : 220px-Suryanamaskar.gif, fr.wikipedia.org
  • Tasse De Café, Un Clavier, Un Crayon Et Un Bloc-notes, fr.123rf.com : clic !

  • Grenier par Cédric Dewez et Pamela Iglesias, Arts numériques, Belgique : clic !

Et pour alléger l'atmosphère, dans l'espoir que rien de fâcheux n'arrivera à "notre" héroïne, une chanson qui raconte une autre histoire, La Maison hantée de Charles Aznavour !

Lenaïg

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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