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Sous-titre : les rêves de Séverine
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Nous avons escaladé la falaise en nous écorchant les mains sans même le sentir, en trouvant à nos pieds les aspérités qu'il fallait par la force du désespoir et l'instinct de survie ... Nous sommes en haut, échevelés, essoufflés mais les hordes hurlantes qui nous poursuivaient sont déjà là, en bas ...

Il faut les empêcher de monter ... N'hésitons pas, détruisons-les sinon ce sont eux qui auront notre peau !

Les flèches sont sorties des carquois, les couteaux sont dans les mains, des pierres sont vite amassées et nous commençons à les jeter. Déjà, des ennemis sont atteints, assommés ou transpercés. D'autres continuent à grimper, mus par leur froide détermination à nous ... faire disparaître. Aucun ne parvient au sommet, les couteaux
balafrent leurs mains et leurs visages et nous les voyons tomber, inertes et ensanglantés.

La même voix que tout à l'heure, emprunte d'accents de victoire, lance : Encore un effort, nous les aurons tous ! Ils nous ont assez piétinés, emprisonnés, abrutis, isolés, méprisés ... Pas de pitié, notre survie en dépend !

Voici que le ciel orageux s'est fait bleu, les rumeurs du ravin vont en s'atténuant. Autour de nous, les oiseaux dans les chênes et les pins se remettent à chanter. Nous sommes au coude à coude, son enthousiasme nous gagne ; ce n'est pas encore fini mais nous allons nous en sortir.

Et moi, je sors du cauchemar, en sueur, dans le noir. Ce rêve atroce est récurrent. Curieusement, je n'ai pas de remords d'avoir attaqué tous ces gens car leurs visages glacés d'incompréhension et de mépris me hantent encore et se précisent. Plus de flou. Je les connais, familiers ou déjà vus : oncles, tantes, maîtresses d'école, médecins, personnel hospitalier, tous ceux qui ont voulu depuis l'enfance me nier, me cacher, m'enfermer, m'abrutir de médicaments inappropriés à grands coups de diagnostics erronés et de négligence concernant la recherche de ma vraie maladie.

D'autres nuits, j'achète une mitraillette. Je suis muette mais je tire, dans le tas, sur des silhouettes confuses ou des ombres chinoises dont le seul trait d'union est leur détermination à faire comme si je n'existais pas. Le troisième cauchemar est le plus éprouvant, celui dont j'émerge exténuée, membres courbatus, fourbue d'avoir lutté. C'est le plus ancien aussi, que je ne fais plus que rarement. Une lourde porte qui claque, des verrous que l'on tire et je suis seule dans un blanc et un silence absolus. Je crie, je m'époumonne, je griffe la porte, les murs mais aucun son ne sort de ma bouche, je vais mourir, disparaître ! Quand ils reviendront, ils ne trouveront plus rien.


A mon réveil, je suis atterrée mais j'éprouve un immense soulagement de n'avoir que rêvé tant de violence. Ils ne m'ont pas eue, je suis vivante, j'ai des amis, même un nouvel amant, que je vais pouvoir retrouver, des compagnons d'infortune aussi, comme moi, qui nous réunissons et nous soutenons mutuellement pour faire la lumière sur l'inadmissible. Leur accueil chaleureux est comme une naissance, la vraie, cette fois.
***

Lenaïg.

Note : ce ne sont pas mes cauchemars, ce sont à l'origine ceux de mon amie Séverine.
En outre, ce ne sont plus vraiment les siens non plus, surtout le premier ; je les ai romancés !
Seule la violence des cauchemars est authentique.
Dans le vrai rêve récurrent de Séverine, par exemple, les victimes dévalaient la falaise, les assaillants les y poussaient du haut ... Gardant à l'esprit que Séverine était enfin sortie du tunnel, j'ai voulu donner un sens ascendant à ce cauchemar ! Séverine va très bien aujourd'hui.

Photo : Les Falaises du "bout du monde", Bretagne, Crozon, (C) Josiane Chevalier.
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Tag(s) : #Nouvelles - Lenaïg - Entre rêve et réalité
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