Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 wpid-roulette.jpg

 

 

 Je m’approche de la deuxième table de roulette. Plusieurs personnes y jouent et leurs exclamations de joie ou de dépit se perdent dans le bourdonnement feutré de la salle. « Vingt sept rouge impair et passe ! » Les gagnants manifestent discrètement leur gain. Une impulsion me fait mettre des plaques sur le huit. « Huit noir pair et manque ! » Bingo ! Numéro plein ! Je rafle mes gains sous l’acclamation admirative des autres. Je laisse passer le jeu suivant, à la déception de certains. « zéro ! » La banque a gagné ! J’ai bien fait de m’abstenir.


seau-a-champagne-vacuvin-1213-350x350.jpgJe ne contrôle pas ma main, elle mise sur le quatorze. « Quatorze rouge pair et manque ! » Gagné ! Les acclamations se font plus fortes. Une jeune femme se frotte à moi, comme par inadvertance. Je ne suis pas dupe, c’est une « hôtesse ». Bon prince, je commande du champagne. Je sens une poussée d’adrénaline, le succès m’enivre. Je mise le maximum autorisé sur le cinq, mon numéro fétiche. Je caresse avec une main de propriétaire une cuisse… velue ?!... et je me réveille, ma main posée sur Garfield qui est venu dormir sur mon lit.


J e suis encore tout tremblant. C’était si réel. Il y a longtemps que je n’ai pas mis le pied dans un casino. Je ne suis pas un flambeur, mais j’aime de temps  en temps m’accorder quelque frisson. C’était d’ailleurs dans un casino que j’ai rencontré Charlène et eu le coup de foudre. Un feu de paille, oui !... Enfin, ce n’était qu’un rêve. Je vais me lever, quand je pose un regard sur la boule… et je retombe sur mes fesses. Je distingue, flouté comme noyé dans la masse du métal  un chiffre rose : le quatorze. Je m’ébroue, c’est une hallucination, je suis mal réveillé. Je me reprends, j’attrape la boule. Je dois me rendre à l’évidence, le chiffre n’est pas peint,  mais la couleur semble diffuse dans le métal même. Je retourne la boule. Sous la ligne en relief, je distingue le signe un peu flou de l’infini, ce qui complète le visage : des yeux dorés, un nez fin et une bouche tordue. Mais j’y pense, ce signe peut être un huit noir couché !

Une pensée me traverse l’esprit. Non !  Ce serait insensé ! Mais qu’ai-je à y perdre ?... En fait, une bonne partie de mon épargne. Non ! C’est sûrement une coïncidence, ce n’était qu’un rêve fou. Je vais faire ma balade matinale, l’odeur de l’embrun va me dégager l’esprit.


peint260.jpgJe n’ai pas pris de sandale, mes pieds nus foulent voluptueusement le sable à peine tiède. L’air marin me revigore et je respire à plein  poumon. Comme d’habitude, Garfield taquine les crabes, puis il se met à poursuivre sa queue. En le voyant tourner comme une toupie, l’image de la roulette m’assaille brusquement. Non ! C’est déraisonnable, j’ai encore les traites de la voiture et du bungalow suspendues à mes basques. L’image de la boule avec ses chiffres s’impose impérieusement à mon esprit. Pendant toute la  journée, l’image de la roulette m’importune de temps à autre, j’ai de la difficulté à me concentrer.


Le soir, je me suis rendu, ma résolution a flanché. Je m’habille correctement et je prends mon Mastercard, direction La Plaque d’Or. D’après le décor de mon rêve, c’est là que cela doit se passer. Ma Toyota de deux ans ne rivalise pas avec les Mercedes et le BMW, mais le regard du larbin s’est illuminé à la vue du bifton que je lui ai filé ; tant que j’y suis, au diable l’avarice.

 

Je m’approche de la deuxième table de roulette. Comme dans mon rêve, plusieurs personnes y jouent déjà. « Rien ne va plus !... Vingt sept rouge impair et passe ! » Je n’ai pas eu l’occasion de miser, mais mon cœur boule-chocolat-or-z.jpgs’accélère. C’était bien la première séquence de mon rêve. Mes mains sont moites. Je regarde nerveusement mes plaques. Si jamais je perds, mon avenir sera irrémédiablement foutu, on saisira ma bagnole, on m’expulsera du bungalow et je n’aurais plus qu’à vivre sous les ponts.


 « Les jeux sont faits ! » Ma main tremble, le dilemme me paralyse. Trop tard ! Je ne peux plus miser et le huit sort. Je serre mon poing à le blanchir, je me donnerais bien des coups de pieds ! Et puis comme dans mon rêve, le zéro sort. Alors, rassemblant tout mon courage, j’y vais de mon va-tout, je mets le maximum autorisé sur le quatorze, sous le regard goguenard de certains et la surprise teintée de respect des autres.


Hourra ! Le chiffre sort : trente six fois la mise, je suis riche ! La montée d’adrénaline m’étourdit. Autour de moi, on s’exclame de ma bonne fortune. Enivré, je cherche à me rappeler la suite. J’ai misé sur le cinq… Mais je n’en connais pas le résultat. Baste, je vais tenter le coup et place quelques plaques. Certains joueurs me suivent, espérant recevoir une partie de ma veine. Perdu ! Je reprends mes esprits, je ne vais pas tenter le diable. Je file une plaque au croupier et m’en vais m’enfiler un peu de champagne derrière la gorge, je l’ai bien mérité.

 

fond-ecran-garfield-saccroche.jpgJe suis au champ de course de Courchan. Avec mes jumelles, je suis la chevauchée fantastique des jockeys qui approchent l’arrivée. J’assiste à la remontée de certains chevaux. Des individus exaltés me cachent la vue, je ne vois pas le finish. Au moins le haut-parleur égrène les chiffres gagnants : « Trois… Onze… » Je regarde mon ticket… et un bruit sourd me réveille. Ce sale sac à puces de Garfield a fait tomber la boule.


Je me lève précipitamment et me rue sur la boule qui a roulé sous la commode. J’entends un petit bourdonnement presque imperceptible, puis un grésillement. Mon visage s’empourpre sous l’emprise de la rage. Mes yeux lancent des éclairs à l’encontre du chat qui s’est réfugié sous la chaise. Ma colère tombe d’un coup, Garfield est très joueur, c’est dans sa nature.

J’examine la boule. Je vois vaguement le tracé des chiffres trois et onze ; ce dernier est incomplètement formé. Je décèle un très léger écartement de la ligne de séparation des calottes. Sans prendre de petit déjeuner, je descends à l’atelier. Avec un tournevis solide, j’essaie d’agrandir la fente. Une odeur fétide de semi-conducteur cramé m’assaille le pif. Malgré tous mes efforts, je n’ai pu séparer les coques et j’abandonne, découragé.


z4PLRP_1.jpgJe ne crois pas que ce bidule soit le produit d’une technologie humaine. Je suppose qu’il se connecte mentalement à un être pensant et détecte sa préoccupation. Il explore le temps, en l’occurrence le futur, et transmet des informations pouvant être utiles à son possesseur par l’intermédiaire de rêves. Il savait donc que j’étais dans une mauvaise passe et a cherché à m’aider. Il allait me donner le résultat du quinté quand Garfield l’a interrompu… et bousillé. Les deux numéros ne me sont d’aucune utilité, même pour le tiercé. J’ai bel et bien perdu la poule aux œufs d’or. N’empêche, je peux maintenant éponger toutes mes dettes, me permettre quelques fantaisies, et chercher quelques bons placements pour le reste de mon magot. La boule morte trône maintenant dans la bibliothèque.

 

 

FIN

 

RAHAR

 

 

images.jpg

 

 

Illustrations cueillies sur Google Images.

Les deux dernières :

www.lilierose.deco.com

www.usinages.com

Tableau de Picasso : Chat et crabe.

 

 

 

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :