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Nous pauvres mortels entassés dans des villes tristement nimbées d'une pollution qui nous masque les milliards d'étoiles au firmament, occupés à tricoter des jambes sur les trottoirs pour nous éviter les uns les autres ou les coups de boutoir des sacs à dos, les coudes des passants pressés, nous qui nous hâtons nous-mêmes d'aller gagner notre pain, de rejoindre le lieu de notre travail lorsque nous en avons un, soumis à nos patrons souvent arnaqueurs, portés par l'espoir diaphane de grappiller deux ou trois heures d'une bonne soirée en liberté, une fois de retour dans nos tanières avant de repartir de plus belle, l'aurore venue, emportant pour nous donner du courage le souvenir des baisers de nos maris ou femmes et de nos enfants, nous qui sommes friands durant les fins de semaine de romans ou de feuilletons télévisés policiers,
  
nous ignorons que les enquêtes n'ont pas lieu qu'au Quai des Orfèvres, à Manhattan, Minneapolis ou Los Angeles.
  
corbeau freux - www.dinosoria.comAccordons-nous un petit moment pour nous pencher sur une affaire peu ordinaire. Lorsque nous en aurons pris connaissance, nous n'en éprouverons aucun regret, promis ! Cela s'est passé dans la campagne profonde. Les héros se nomment : Pierre Corbeau, commissaire de la police animalière du hameau et son adjoint, Aliboron Polo, liés depuis l'enfance par une solide amitié. Les gendarmes humains enquêtèrent de leur côté ; ils ne surent jamais que le coupable du crime leur fut livré par les remarquables Corbeau et Polo.
 
Les faits : le Père Thomas était effondré car, au matin, il avait découvert ses ruches complètement saccagées, tout son miel disparu et une bonne partie des abeilles tuées ou à l'agonie, asphyxiées par un produit toxique. Tout le village essayait de lui remonter le moral : le maire et les gendarmes faisaient des conjectures et penchaient pour la culpabilité d'étrangers, venus peut-être de cinquante kilomètres de là, ou même de la ville, attirés par la perspective de se faire du blé grâce au nectar du Père Thomas, dont la réputation allait en s'étendant.
Venait d'arriver le Père Martin, directement du salon régional de la confiture, qui se tenait à la préfecture où il avait passé la nuit, à ses dires.
Exerçant un commerce un peu du même cru, il se montra d'autant plus compatissant de l'affreux coup du sort qui frappait le Père Thomas. Il invita tout le monde chez lui, à se réconforter et à se creuser les neurones devant un petit salé aux lentilles arrosé de beaujolais ou de muscadet.
A dix heures du matin, voilà qui tombait bien.
 
Mais tôt ce jour-là, un Aliboron fou de peur, entouré d'abeilles virevoltantes, avait fait irruption au pied de l'arbre bureau où Pierre Corbeau venait de se toiletter les plumes, après s'être sustenté de trois ou quatre juteux vers de terre. Ah ! Est-il besoin de préciser : Aliboron est un âne, comme son illustre prédécesseur de l'oeuvre de La Fontaine ; Pierre Corbeau est ... l'oiseau du même nom ? Belle alliance du sens de l'observation aiguisé, nourri d'un oeil acéré, favorisé par des approches aériennes et d'un entêtement à toute épreuve pour la traque des indices au niveau du sol.
 
L'âne de l'Odet - Photo L'Ours CastorEn l'occurrence, Aliboron avait perdu tous ses moyens, craignant de se faire piquer, sourd aux appels à l'aide des abeilles. Corbeau calma les esprits et recueillit le témoignage des insectes survivants, encore un peu étourdis. Le crime était l'oeuvre d'un seul humain, révélèrent-elles. Corbeau prit son envol, suivi des abeilles les plus vaillantes, assista à la réunion des humains, les suivit discrètement chez le Père Martin ... L'équipe animalière explora toute la propriété tandis que les humains prenaient leur collation. Les abeilles se dirigèrent sur un vieux débarras au fond de la cour, qui les attirait. Ils entrèrent par un carreau cassé et découvrirent le miel entreposé.
 
Corbeau pensa vite et bien. Aliboron fit irruption dans la cour, poursuivi maintenant de son plein gré par l'essaim reformé par les survivantes, poussant des braiements assourdissants, faisant surgir tous les humains, gendarmes et maire compris. Aliboron les guida mine de rien au petit débarras et les abeilles s'agglutinèrent sur la porte, ou se reglissèrent par le carreau cassé. "Qu'y a-t-il donc à l'intérieur ?" s'interrogèrent les gendarmes. Leur enquête était bouclée.
 
Corbeau réussit à grand peine à persuader les abeilles de modérer leur furieux désir de vengeance par une dose de tolérance et l'individu peu reluisant, jaloux du succès de son confrère, s'en tira douloureusement d'une douzaine de piqûres. La justice animalière se montra clémente, la justice humaine suivit son cours.
 
 
Lenaïg,
selon les mots imposés (en gras),
pour le magazine L'Esprit de la lettre sur facebook.
Références des illustrations dans l'Album Animaux. 

 

 

Police animalière - Bricolage (trop) hâtif de Lenaïg pour Pierre Corbeau et Aliboron Polo

 

 

Tag(s) : #Nouvelles - Lenaïg - Polars !
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