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— Allez Fred, suis-moi.
— Matt, c’est toi ? Mais je te croyais à l’autre bout de la Terre…
— Je suis venu pour toi, frérot.
— C’est incroyable, tu n’as pas beaucoup changé en dix ans, depuis que tu es parti.
— Tu ne crois pas si bien dire, Fred. Viens, suis-moi.
— Où allons-nous donc ?
— Tu as toujours confiance en moi ?
— Cette question ! C’était toi qui me réconfortais quand papa me battait. Maman ne faisait que regarder. Remarque, je la comprends, elle risquait de se faire battre si elle avait tenté de s’interposer.
— Alors voilà pourquoi on m’a choisi pour te ramener.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tu le sauras plus tard.
— Sais-tu que papa est mort il y a cinq ans ? Tu peux désormais revenir à la maison.
— Je le savais, mais j’ai rencontré mon destin il y a six ans, je ne pouvais plus revenir.
— Tu sais, j’ai trouvé un boulot formidable : je suis jardinier au château-musée.
— Là où je t’emmène, tu seras comblé.
— Mais je ne connais pas cette route… Oh ! Quel paysage magnifique ! Et ces couleurs, tellement si belles. Tu as vu ces fleurs extraordinaires ? Et ces jolis papillons !
— Je savais que ça te plairait.
— Mais je ne vois pas le soleil, alors que c’est tout illuminé de lumière…
— Ne t’en fais pas, je t’expliquerai plus tard. Vois, nous arrivons au village.
— Oh, que les maisons sont belles ! Et cette grande bâtisse blanche est très jolie.
— C’est là que tu vas étudier.
— Quoi, c’est une école ? Mais je n’ai plus besoin d’étudier, j’ai mon CAP.
— Disons que c’est une sorte d’université, de bibliothèque. Vois-tu, on a toujours besoin de s’instruire. Toujours. Fais-moi confiance, ça te plaira.
— Nous allons donc vivre ici ?
— Toi, oui frérot.
— Mais et toi, où habites-tu ? Dans un autre village ?
— En quelque sorte, oui.
— Alors, on ne va plus se voir ?
— Mais si, je descendrai souvent te voir. Ne t’inquiète pas, tu vas vivre avec tante Anna.
— Tu n’es pas un peu ouf ? Tu ne sais pas que notre chère tante Anna est morte il y a dix ans ?

Je le sais. Tu ne te rappelles pas le vieux pont de pierre sur laquelle tu t’es accoudé à la balustrade ? Elle a cédé. Tu viens de mourir, frérot.
— Mais tu est fou, Matt. Je suis bien vivant, là.
— Dis-moi, comment va ta cheville ?
— Comment sais-tu qu'elle a été cassée la semaine dernière ? Mais... Mais je ne sens plus de douleur !
— Nous venons de gravir une belle côte, comment te sens-tu, asthmatique que tu es ?
— C'est vrai, pardi ! Je ne suis même pas essoufflé. Je me sens tellement en forme que j'ai envie d'en griller une... Au fait, puisque je suis mort, est-ce que c'est possible ?
— Mais oui frérot, tu as un paquet de sèches dans ta poche. Tu peux fumer jusqu'à ce que le besoin s'estompe. Tu n'as pas faim ?
— Quoi ? Non... Mais je peux aussi manger ?
— Bien sûr, jusqu'à ce que tu te passes aussi de cette habitude.
— Parce que ce n'est pas vraiment nécessaire, hein ?
— Ton âme doit s'adapter progressivement à ta nouvelle vie. Tu es donc dans un environnement sécurisant : pas de transition trop brusque. Tu verras que tes besoins terrestres s'estomperont peu à peu.
— Tout n'est donc qu'illusion ?
— En un sens, oui, mais tu peux créer tout ce dont tu penses avoir besoin, ça n'en est pas moins réel pour toi.
— C'est donc le paradis ?
— C'est TON paradis.
— Il y en a donc plusieurs ?
— Cela dépend du degré d'évolution de la personne. Tu comprendras tout ça au fur et à mesure, quand tu étudieras à ton ... université.
— Mais et les anges... et Dieu, dans tout ça ?
— Dieu est encore loin, mais rassure-toi, on s'approche de Lui progressivement.
— Et l'Enfer, où est-il ?
— Mon pauvre Fred, ça n'existe que dans ta tête.
— Les méchants ne sont donc pas punis ? Mais c'est injuste !
— Quand tu « méditais » sur le pont, que s'est-il passé ?
— Fichtre ! Toute ma vie s'est déroulé devant mes yeux, il y avait tous les détails de chaque minute, de chaque seconde ; c'était ahurissant. Je voyait tout ce que j'ai fait de bon et de mauvais, et ...
— Et ...?
— Et ... Et devant ce que j'ai fait de mal, j'ai eu tellement honte, le remord m'a submergé... J'ai tellement souffert à ce moment, c'était insupportable !
— Voilà un aspect de l'Enfer. Imagine maintenant ce que doit endurer un vrai criminel.
— Et papa, tu sais ce qu'il est devenu ?
— Hélas, oui. Quand je suis allé l'accueillir, il hantait les bars et les tripots. Il n'a pas voulu venir. J'espère que la réincarnation que nous lui préparons le rendra plus raisonnable. Ne penses pas à lui, vous vous reverrez bien assez tôt, tu sais, le temps ne compte pas, ici.
— Tu rêves... Enfin, tu crois que je pourrais lui pardonner un jour ?
— Frérot, ici, tu apprendras à pardonner, tu verras.
— Alors, quand on meurt, on vit une autre vie ?
— En quelque sorte, oui. On accède à un autre niveau. Ici, on n’a plus à subir la souffrance physique.
— Et après, on doit aussi… mourir dans ce monde pour accéder à un autre niveau ?
— Sacré Fred ! Ton âme ne peut mourir, voyons.
— Mais comment accède-t-on donc à un autre niveau ?
— Après tes études, tu vas te réincarner pour les travaux pratiques…
— Oh non ! et subir de nouveau les souffrances physiques ?
— Pas forcément, cela ne dépendra que de toi. Mais tu dois passer par là, si tu veux progresser. Allons, ce n’est pas si terrible que ça.
— C’est toi qui le dis. Et combien y a-t-il de niveaux ?
— Désolé Fred, à mon stade, je ne le sais pas. Je sais seulement qu’à un certain niveau, on ne se réincarne plus.
— Mais au fait, comment ça s’est passé pour toi ?
— J’ai chopé une sale maladie dans la jungle ; le dispensaire était trop loin et les médicaments n’ont plus eu d’effet. C’était étrange, j’avais eu l’impression d’entendre un bruit désagréable, puis c’était comme si une partie de moi était sorti de mon corps que je voyais gisant sur le lit. Un instant, j’avais pensé à toi et à maman ; j’avais l’intuition que je pouvais vous rejoindre en un clin d’oeil. Mais je me suis raisonné : vous n’auriez pas pu me voir ni m’entendre, puisque j’avais constaté que ni le docteur, ni l’infirmière ne le pouvaient. Alors, j’ai été comme aspiré dans un tunnel noir, mais je n’étais pas effrayé. J’ai débouché vers une lumière éclatante mais tellement merveilleuse…
— Et pourquoi n’ai-je pas vu cette lumière ?
— Cela dépend des gens et des circonstances. Ta mort a été brutale, tu n’y étais pas préparé.
— Je comprends. Et puis après ?
— Quelqu’un, je ne sais pas qui, m’a accueilli. C’était déroutant : je le connaissait… sans le connaître. Il a étalé devant moi le film de ma vie. Comme toi, j’ai aussi connu l’enfer du remords durant une éternité. Pourtant, il ne m’a rien reproché, il a été tellement bienveillant.
— Tu m’as dit que tu « descendras » souvent me voir. Tu es donc d’un autre niveau ?
— C’est vrai. Mais tu ne peux y aller, tu serais perdu et bouleversé. J’y ai rencontré grandpère une fois.
— Oh ! Il ne pourrait pas me rendre visite ?
— Pas encore, frérot. Moi-même, je ne l’ai vu qu’après un certain temps. Son… « aspect » te dérouterait, tu n’es pas encore préparé ; mais ça viendra. Mais voilà tante Anna, je dois vous laisser, maintenant.

 

 

RAHAR

 

 

Notes :

 

Point de vue de notre ami Dominique Biot (sur LGDM) : il avait mis en garde les lecteurs contre ce récit qu’il avait qualifié de tendance New Âge.

 Mon point de vue : des années de réflexion et de recherches m’ont permis de découvrir la nature réelle des religions qui ne reposent en fait que sur du vent.
Je me suis inspiré du récit que m’a confié feue ma grand-mère qui a fait une expérience de NDE, alors que jeune fille, une affreuse maladie avait failli l’emporter. Ces expériences ne sont pas rares, il suffit de lire « La vie après la vie » du Dr Moody, une bonne traduction du Bardo Thôdol tibétain, et même le « Livre des morts » égyptien.

Rahar

 

 

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Illustrations : issues du site www.crystalinks.com

 

 

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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