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Le baron dévoile ses ambitions
 
 

Carrousel-du-Louvre-Salon-du-mariage

 

Grâce à un coup de pouce de monsieur Poissard fait avec doigté, au fonctionnaire de la magistrature, Cunégonde sortit du Palais de Justice, le sourire aux lèvres et la tête haute.
 
Le baron venait vers eux, assister au carnaval des avocats de la cour des tribunaux et leur demanda de l’excuser pour son retard. Il leur offrit de faire une randonnée pédestre dans Paris et de les guider. Il contourna le grand carrousel de la place et demanda leur attention un bref instant :
 
J’ai fait réserver une table de choix au premier balcon du bistrot « Les Poisses ont de la Soupe d’hier », sis au numéro onze cent mille, sur la rue du Petit chat qui sourit ! Tout n’y est que délices et merveilles, cuisinés par la mère veilleuse de monsieur G. Aimé Lamer, une femme centenaire très protectrice. Il y alla du premier pas et tous le suivirent à pas de géant.
 
Quand ils arrivèrent au bistrot, ils étaient très affamés et se lancèrent sur les tables à la recherche du menu. La faim les fit taire quand un garçon s’amena en leur présentant une entrée qu’il nomma « La soupe du chef », dont le fumet les enveloppait, comme s’il voulait se faire manger par le nez. Le dégoût s’installa dans le système olfactif de la gang bande mais la faim leur tenaillait le ventre, ils n’avaient que ça pour ne pas crever à la fin de l’histoire. Djozette cracha immédiatement la soupe en bouche en ajustant le tir sur le chandail d’un blanc éclatant du client mafioso tout tatoué de la table voisine. Dégouté, celui-ci se leva de table et lança l’eau de son verre sur sa robe et partit en marchant comme un pingouin pour éviter que la sauce ne tombe sur son pantalon. Djozette n’était pas de bonne humeur. Ça paraissait.
 
Le garçon revint avec le plat du jour, qu’il nomma « Le goût du Chef est dans l’assiette ». Il s’agissait d’un poisson anonyme flottant dans une sauce brune garnie de pommes de terre parisiennes, accompagné d’une salade baignant dans l’huile d’olive de basse gamme. Ayant l’estomac dans les talons, Djozette entama la première bouchée et s’écria : « Ouach ! C’est pas mangeable c’t’affaire là ! La sauce goûte la soupe du Chef ».  Elle sortit prestement du bistrot en bousculant le garçon pour respirer l’air de Paris. Le chef et les autres la suivirent sur le trottoir. Lorsque le chef lui offrit de lui donner une portion plus généreuse, croyant qu’elle en avait pas assez dans l’assiette, elle fit un scandale en criant aux passants de ne pas entrer dans ce restaurant de mer... Le chef gesticulait en rouspétant « Bande de sauvages et de poissards. Prenez vos plumes et tirez vous au Canada. »

Epoisses


Le client mafioso tout tatoué, satisfait du menu du jour revint engueuler Djozette. Fâchée noire, elle s’empara du parapluie de Cunégonde et le corrigea en le traitant de pirate de mer... Chaude-Oreille le menaça de le tuer par un empoisonnement orthographique québécois. Voyant la situation se détériorer, le baron les invita à le suivre, mais Cunégonde manquait à l’appel. Courtecuisse lança un avis de recherche et la Tremblante la retrouva sous là table, enivrée par le fumet du poisson anonyme. Il brailla « Hyppipi Hypippi ». Courtecuisse évita la pisse en sautant d’un bond. Il prit ensuite sa chère Cunégonde par un bras et la sortit du fond du bistrot en galopant. Les clients et les passants l’applaudirent à tout rompre. Fier comme un paon, il sauta dans les bras de sa dulcinée, qui heureusement était dégrisée, mais à peine.  Elle suivit le baron et les autres en transportant son glorieux Courtecuisse dans ses bras tout en caressant ses courtes cuisses et en lui donnant de gros french kiss. Ses petites jambes pendantes gigotaient de plaisir.
 
Pour éviter de se perdre, ils s’attachèrent par une corde comme des enfants de maternelle et se suivirent comme eux. Chemin faisant, ils entrèrent dans une boulangerie et se firent faire des baguettes en sandwich et transportèrent chacun la sienne sous leur bras. Ils cherchèrent des bancs publics pour satisfaire leur appétit et jacasser de tout et de rien. Bien repus, ils longèrent les Bouquineries près de la Seine et empruntèrent le pont d’Alma en observant le zouave en passant, quand soudain ils aperçurent le mafioso courir vers eux avec du feu dans les yeux et de la fumée qui sortait par les narines.
 
Voyant venir le furibond, Cunégonde prépara son parapluie, le Baron voulut parlementer, monsieur Poissard retint sa femme pour éviter une collision frontale. Énervée, Djozette sortit lentement de sa sacoche de la poudre-aux-yeux et visa le mafioso afin d’éteindre sa colère. Mais il était déjà aveuglé par sa robe scintillante confectionnée de paillettes en miroir. Elle l’avisa avec un air méchant qu’elle était armée jusqu’aux dents et lui montra ses ongles longs et durs peints de rouge pompier et lui dit tout de go qu’ils étaient des outils personnels et qu’elle pourrait s’en servir comme arme blanche. Suite à cette remarque incisive, il eut la sagesse de rebrousser chemin en criant « Nom de Dieu, elle fait plus peur que mes tatoos… ». Il prit la poudre d’escampette en jurant de revenir avec du renfort. Craignant son retour, le baron entraîna à sa suite la gang bande au bas des escaliers du quai d’Orsay où il ouvrit une porte et les invita à entrer.
 
-    Ma chère gang-bande, s’exclama t-il. Je suis heureux de vous instruire très respectueusement et sans ménagement, que nous sommes ici à l’abri et en toute sécurité dans les entrailles de l’hallucinante ville de Paris. Ah Paris ! Paris, comme je t’aime Paris. Mes chers amis, son histoire est écrite dans ses moindres recoins. On le voit par son architecture quand on se balade dans ses rues, ses sculptures qui ornent les rues à ciel ouvert, ses peintres dont les noms ne s’effacent au cours des siècles, ses chansons de toutes époques et de toutes sortes, ses artistes qui font des tours de piste, du plus pitre au plus fantaisiste, sans oublier ses poètes maudits, maudits par la vie. Notre-Dame y a fait construire sa célèbre cathédrale que protègent les gargouilles de bonne foi, toujours à l’affût des intrus. La beauté de Paris est indéniablement incontestable. A partir du point zéro, elle est sans limite. Or il se trouve que par un heureux hasard, nous sommes ici dans les égouts de Paris où de pauvres misérables s’y attardaient il y a des siècles déjà, coincés par la plume de Victor Hugo.
 
-    Ouach ! dit Chaude Oreille en se grattant le tympan d’une oreille
-    Hyppipi ! dit la Tremblante
-    Où sont les rats que j’lé tusent ? dit Cunégonde
-    On rigole pas avec la mort aux rats ! dit Courtecuisse
-    J’ai tu d’la mort aux rats dans ma sacoche ! pensa Djozette
-    J’ai peur de m’évanouir, mon bon Docteur ! dit Madame Poissard
-    C’est dégueulasse ! répond Sucedebout. Tu vas l’écrapoutir en tombant sur lui.
-    C’est pas grave ! ajoute monsieur Poissard. Il est habitué.
-    OUIIII, c’est un bon Docteur ! meugla madame Poissard.
 
-    Je vous ai compris, mes chers amis. Et maintenant avec votre permission, je vous demande de m’accorder le silence, le temps de faire installer mon balcon portatif que transporte sans le savoir dans sa petite sacoche, notre amie Djozette.
 
Une fois que le balcon acheté chez Ikéa fut installé, le baron s’apprêta à monter la première marche quand Frappe-qu’un-coup le souleva et le lança en l’air comme un ballon. Du premier coup, il retomba sur son balcon. Il se frotta les fesses en trouvant ses notes tombées de son chapeau et poursuivit son discours.
 
-    Paris est la seule ville au monde qui est assez fière de ses fosses pour en faire un attrait touristique et faire payer des gens avertis qui viennent avec plaisir y découvrir la grandeur de son système routier et la propreté qui y règne. Des égoutiers héroïques travaillent à accomplir des tâches sans gloire, mais essentielles au bon fonctionnement de sa flore, essentiellement constituée de champignons et de sa faune composée d’insectes hideux, d’araignées monstrueuses et de rats qui sont des vidangeurs utiles de déchets humains, comme les vautours dans le ciel et les homards dans la mer. Malheureusement, peu de touristes savent que sous ses rues, Paris camoufle un des plus grands et des plus beaux réseaux d’aqueduc au monde. Sa cartographie est la même que celle de la ville au-dessus. On trouve dans ses labyrinthes les mêmes noms de rues et les mêmes adresses. Seuls ceux qui ont une grande connaissance de ses entrailles savent y circuler sans s’égarer, car il n’est pas aisé de trouver où sont situés les trous d’hommes, d’où ils peuvent sortir par la rue de la ville.
 
-    Avant de descendre de mon balcon, je vous prie de me porter une dernière fois votre attention. Car après mûre réflexion, j’ai décidé de vous annoncer que je veux faire de Paris un pays … et de …  Ganges … sa capitale. Je vous en prie … soutenez-moi dans mes délires de grandeur. Faisons un petit référendum entre nous afin que je sache si oui ou non, il m’est permis de réaliser ce rêve. Dans mon prochain discours, j’aurai des promesses à faire à toute la France mais d’ici là, laissons les enfouarés aux scélérats et sortons tous par la porte de derrière. Je vous suis …
 
-    Mais il est complètement fou, dit monsieur Poissard
-    Pas plus fou que toi, répond Djozette
-    Celui qui l’dit, c’est lui qui l’est, ajoute Cunégonde
-    Si vous voulez mon avis … intervient madame Poissard en bougeant
-    Ouch ! (le bon Docteur)
-    Moé j’m’en crisse, dit plus fort Chaude-Oreille
-    Ben moé, je commence à mieux l’aimer, affirma Djozette
-    Oh j’oubliais de faire ma grande demande. Courtecuisse, voulez-vous être mon étalon jusqu’à la sortie ? dit le baron
-    Non, s’insurge Cunégonde. Mon mari yé juste à moé
-    Je vous serais gré de m’égoutter, implora le baron, en faisant un lapsus dangereux
-    Ah ! Moi la belle et sexy Darling, je vous goûterai tant que vous voudrez.
-    Vos gueules … cria une voix qui venait de loin, une voix vengeresse …
 
La gang-bande fut stupéfaite. C’était la voix du mafioso tout tatoué qui se rapprochait. Ils portèrent le baron aux nues, jusqu’au paradis de l’humour et se rendirent tous au plus bel hôtel de Paris pour passer la nuit, sans frais, car il était la propriété du baron. Le lendemain matin, on annonça dans le Canard enchaîné qu’un mafioso tout tatoué avait été trouvé dans les corridors du labyrinthe des égouts de Paris et chialait comme un perdu, en déclarant rechercher le mythe du Canard géant.
 
 
À suivre …
 
Di

 

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Tag(s) : #L'énergie de Di est dans sa plume aussi !
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