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canicule-chiens-eau-parc - www.lexpress.fr

 

Frizapla, toute jeune york de deux ans, rongeait son frein, ou plutôt un os friandise en peau de buffle qu'elle avait entamé hier et qu'elle venait de retrouver dans son panier où venait de la consigner Blanche Tuttiquanti, terrible vieille dame qui n'aimait rien tant qu'observer les allées et venues de ses voisins du 101 Rue de la Mazurka de sa fenêtre du premier étage ou surfer sur le net (et elle était douée, peut-être au point de pirater les boîtes de messagerie de ses voisins et de pouvoir lire leurs messages).

 

Sa deuxième escapade de la matinée avait tourné court cette fois. N'ayant pas retrouvé ses deux amis, Gaspard, labrador copain de longue date, ni Rataplan, robuste gaillard à la généalogie variée, nouvelle connaissance, d'abord chien errant puis engagé dans les services policiers du SKUTE (comment, ce serait trop long à expliquer ici) au parc lors de sa promenade hygiénique de 7 h 00, elle avait voulu remettre cela dans l'espoir de les voir cette fois et profiter de la porte ouverte à un livreur de fleurs, pour se glisser à nouveau dans les escaliers, direction le porche d'entrée, qu'elle savait rester ouvert jusqu'à midi. Elle ne put échapper à la vigilance de Madame Hermina Van Der Prout, la gardienne qui surgit comme un diable de sa loge et la fit remonter ventre à terre jusqu'à chez Blanche, qui n'avait pas eu le temps de dire ouf et se rattrapa après !

 

Quotidiennement, en effet, vers 7 h 00 du matin, Frizapla sortait seule, avec la complicité de sa maîtresse Blanche Tuttiquanti, qui lui ouvrait la porte de l'appartement. C'était le moment où la gardienne lavait à grande eau le hall et l'un des battants de la majestueuse porte d'entrée de l'immeuble était ouvert sur l'extérieur. Frizapla avait toujours réussi à bondir jusqu'à la sortie, profitant de ce que la gardienne avait le dos tourné. Le retour s'effectuait de la même manière.

 

Elle y retrouvait vite Gaspard le labrador, délivré par sa propre maîtresse, Charlotte qui, elle, se contentait de faire les cent pas dans l'allée principale, ou de s'asseoir sur un banc pour lire quelques chapitres d'un bon roman. C'était si amusant de courir ensemble, de se poursuivre mutuellement, de faire peur aux pigeons ou aux canards de la mare. Frizapla n'avait pas encore eu de petits (on ignore encore les plans de Blanche à ce sujet). Gaspard, lui, avait peut-être déjà été géniteur (cela, il faudrait le demander à Charlotte) mais il avait été opéré et ne risquait pas de tenter d'être le père des futurs enfants de Frizapla ; en revanche, en sa compagnie, elle ne risquait pas de mésaventure, il la défendait farouchement !

 

Pour souligner l'étroite complicité qui liaient la petite york et la vieille dame, on trouvera plus bas, un message datant juste d'avant la grande fête donnée par Luigi et Lolita, du troisième étage.

 ***

 

De : Blanche.tuttiquanti
Envoyé : 20/09/09 18:00:15
A : William.will
Sujet : Arrive !


Mon doux ami,
Es-tu prêt ? Il est temps que tu te pointes ! Ton costard de Charlie Chaplin est endossé ? N’oublie pas ta canne, ni ton chapeau melon ...
Hé hé, je peux te donner un avant-goût de la fiesta !


Tu sais que ma p’tite Frizapla est une Yorkshire très futée. Elle ne s’est jamais fait coincer le matin, à 7 h 00, quand je la lâche, ni vues ni connues. Madame Van Der Prout lave le carrelage du grand hall d’entrée à cette heure-là et ouvre tout grands les deux battants de la porte cochère. Je suis ma petite chienne des yeux du haut de l’escalier. Frizapla saisit à coup sûr l’occasion où Hermina a le dos tourné et pfuit ! elle file dehors au plus vite de ses papattes vers le Parc Tournenron. Elle doit y retrouver ce grand dadais de Gaspard que Charlotte, déjà toute pomponnée, sort en laisse jusqu’au parc, où elle le libère.


Ainsi moi, toujours en robe de chambre, cheveux embroussaillés, je m’étire voluptueusement pour finir de me réveiller, vu que je passe mes nuits à surfer sur le net, quand je n’observe pas les allées et venues de mes chers voisins. Certains vivent bien la nuit, comme je te l’ai déjà signalé ! Je me compose mon plateau de petit déjeuner, un fruit, du thé vert, deux tartines grillées avec un soupçon de margarine et de marmelade et je retourne sous la couette ! Je contemple le ciel par ma fenêtre, je me remémore mon programme de la journée à venir. Notre municipalité offre tant de sollicitations aux personnes dites âgées : yoga, piscine, conférences, cours de théâtre ! Je pense être au point dans mon rôle de Jeanne Moreau : outre que je lui ressemble, ma voix aussi va bluffer tout le monde ...

 

Ma porte d’entrée est laissée discrètement entrebaillée et Frizapla revient quand elle veut ! Elle sait bien refermer derrière elle en appuyant sur ses papattes antérieures ! Tout cela pour t’informer que j’ai usé du même stratagème pour la faire s’introduire chez Luigi tout à l’heure ! Je lui ai dit : “Tu entends, ma fifille, tout ce bruit qui vient de chez le Monsieur, en haut ? Va vite voir, profite de la porte ouverte, je viendrai te chercher, hein ?” Avec un petit jappement excité, elle a foncé ! Cela a marché ! J’ai pris un air affolé, je me suis élancée à sa suite en l’appelant, je me suis engouffrée chez Luigi en même temps que des employés du traiteur, qui finissaient de livrer les canapés, les petits fours et de les disposer au salon.

 

J’ai récupéré Frizapla dans la cuisine, en train de déguster une rondelle de saucisson qu’un jeunot amusé lui avait donné !  Alors, Luigi était en peignoir, énervé, rouge, en train d’apostropher Madame Taratatapian qui, selon lui, mettait trop longtemps à essuyer les verres ... La brave dame restait imperturbable sous sa coiffe bigoudène.
Figure-toi que Monsieur Taratatapian était là ! C’est lui qui remplira le rôle du majordome, il en avait la tenue et il devra clamer les noms des personnalités au fur et à mesure qu’elles arriveront, d’une voix de stentor !
C’est un comédien de métier, m’a glissé sa femme ...


Luigi se prenait pour un metteur en scène et faisait faire des essais à Monsieur Taratatapian, lui reprochant : “Pas si fort, voyons ! Mais non, ce n’est pas comme cela qu’on prononce ce nom !” Monsieur Taratatapian s’exécutait docilement mais, sans être vu de Luigi, il en riait sous cape, en nous lançant des clins d’oeil, à sa femme et à moi ! Et il serait question d’une cantatrice qui devrait arriver en taxi de l’aéroport et qui devrait chanter en pédalant sur un tricycle ! J’ai cru avoir mal compris, mais j’ai effectivement aperçu un tricycle au fond de leur couloir ... Luigi ne m’a même pas remarquée. Sache que le traiteur, en tout cas, ne s’est pas moqué de lui ...


Lolita ? Invisible ! Mais toi et moi, nous savons qu’elles sont deux soeurs jumelles, je les ai repérées une fois, en train de comploter, de derrière mes rideaux. Dans l’escalier, j’ai croisé deux individus très étranges, on aurait dit les Dupondt, de Tintin et Milou ! L’un déguisé en Bécassine, l’autre en costume folklorique, breton je suppose, chapeau rond, pantalon blanc bouffant, gilet bleu aux broderies magnifiques. Ils avaient l’air de descendre des étages, ils écoutaient aux portes, ils écartaient les feuilles des plantes vertes des paliers, ils exploraient les moindres recoins ... Pour essayer d’en savoir plus, j’ai engagé la conversation : “Bonsoir Messieurs, heu Madame Monsieur, seriez-vous de la fête ?”


La Bécassine a sussuré d’une voix de fausset : “Mais oui, gente dame ... Madame Tuttiquanti, je présume ? Nous avons cet honneur, mais comme nous sommes arrivés un peu tôt, nous baguenaudons, en attendant !”
“Je dirais même plus, nous daguebaudons !” a rajouté son compagnon. “A très bientôt, nous ferons plus ample connaissance dans une heure ou deux. Je viens de récupérer ma petite Yorkshire qui s’était échappée et je rentre finir de me préparer.” Willy, m’est avis que ces deux lascars-là, au drôle d’accent breton, ne sont pas plus bretons que toi ou moi, mais ... des flics !

Viens vite,
Baisers complices
Ta colombe.

***

 

 Notes :

 

Ce texte vient d'être posté sur le forum Plumes aux vents, où l'aventure va se poursuivre aussi, indépendamment (ou pas) de ce que nous allons écrire ici ! Je le poste également sur mon blog, à titre d'information sur les personnages.

 

Le message cité est extrait du Chapitre n° 22 de la Saison 1.

Anaëlle, dans un autre chapitre, avait doté Mme Taratatapian, la femme de ménage de Tugdual, d'une coiffe bigoudène. Ceci impliquerait qu'elle serait d'origine bretonne, mais pas son mari (d'où leur nom). Mais tout est possible : Mme Taratatapian peut simplement avoir trouvé cette coiffe du meilleur aloi et ne pas la porter tout le temps, etc ... Car j'aimerais beaucoup que Tricôtine nous la fasse vivre, Mme Taratatapian, ainsi que son mari ! Aux dernières nouvelles, le couple remplacerait Dame Hermina Van Der Prout, partie faire un tour du monde, dans la noble loge du 101 pour veiller au bien-être de tous les occupants !

 

Illustration :

Chiens au parc pendant la canicule, www.lexpress.fr

 

 

Tag(s) : #Roman multiplume (over-blog)
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