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Je ne me trompe pas alors en ressentant une impression de sérénité devant cette huile sur toile de Henri Lebasque, peintre de la fin du XIXe siècle, la plus célèbre de ses oeuvres peut-être, aujourd'hui exposée au musée Thyssen à Madrid. Bien sûr chaque spectateur est libre de son ressenti et de ses interprétations lorsqu'il contemple un tableau. Nez en moins (comme disait mon amie Mona), on s'enrichit aussi des appréciations de spécialistes et j'apprends ainsi que :
Les critiques et collègues artistes de son temps ont qualifié Henri Lebasque de "peintre de la joie et de la lumière". Il travaillait avec des couleurs heureuses, subtiles, axé sur la complémentarité et la représentation de la lumière et des ombres. La joie de vivre évocatrice de ses œuvres et le sens prononcé de la beauté sont des caractéristiques qui le distinguent des peintres de son temps. Ses peintures expriment des sentiments de légèreté et d'optimisme.
Clic !

Toute violence est bannie de la scène du Coucher de soleil à Pont-Aven, la douceur des couleurs s'impose en effet, rien de comparable avec le tableau du peintre norvégien Munch qui a écrit en 1892
« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d'un coup le ciel devint rouge sang. Je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j'y restai, tremblant d'anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l'univers et qui déchirait la nature. »
Et la terrible angoisse existentielle d'Edvard Munch s'est traduite, un an après, par Le Cri.

L'oeuvre de Munch, même s'il l'a réinterprétée maintes fois ensuite, a vu le jour en ... 1893. Et de quand date l'huile sur toile de Henri Lebasque ? De 1894 ! On ne m'ôtera pas de la tête que les deux oeuvres se répondent, je fais une découverte en pensant que je ne dois pas être la première à le penser ! L'homme de Lebasque en ombre chinoise, appuyé au parapet, jambes tranquillement croisées, dans un soleil couchant plus bas que le soleil du Cri si bien que sa flamboyance potentiellement agressive a disparu, que fait-il ? Il essuie ses lunettes, il se roule une cigarette, il bourre sa pipe ? Il attend quelqu'un, patient ? Le flou artistique protège son activité mais sa pose et sa pause me suggèrent que le "cri infini" ne passe pas par lui ; le paysage reste harmonieux, ce n'est pas non plus ce soir-là à Pont-Aven que le "cri infini" passant "à travers l'univers" a "déchiré la nature". 

Lenaïg

Tag(s) : #Articles
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