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LE BONNET ROUGE - 2/3 - RAHAR, conte de Noël pour les grands
LE BONNET ROUGE - 2/3 - RAHAR, conte de Noël pour les grands

De fil en aiguille, Klaus fut en contact avec d’autres experts après une période de probation, la méfiance dans le milieu étant une qualité naturelle. Son apparence débonnaire l’avait aidé à progresser rapidement dans cette voie parallèle à sa profession respectable. Il s’attira bientôt des sympathies, de par son caractère, et on saluait sa vocation, en dépit du fait qu’il avait un boulot officiel. Il s’exerçait avec certains pour des actions de groupe, et il leur laissait royalement tout le butin, n’étant pas lui-même dans le besoin.

 

À la trentaine, Klaus Santha vola enfin de ses propres ailes. Il écumait le métro et les bus, ne faisant aucune distinction entre les riches et les moins nantis. Son salaire de comptable lui suffisait, en principe ; mais le vol était pour lui une espèce de drogue exaltante, source précieuse d’adrénaline. Il avait peu de besoin, et épargnait soigneusement le produit de ses larcins sur un compte à part.

 

Sa femme avait été une de ses victimes, et il l’avait conquise en « retrouvant miraculeusement » son réticule de prix… qu’il avait chouravé peu de temps auparavant. Bien entendu, il avait toujours gardé secrète son activité parallèle ; même les deux enfants issus de leur union ne s’étaient jamais douté de rien.

 

À la cinquantaine, Klaus avait vu son mariage éclater. Sa femme était devenue soupçonneuse… à raison : il ne pouvait expliquer ses retards, ses collègues ne faisaient tout de même pas la bringue presque tous les jours. Elle pensait au démon de midi, malgré les protestations molles du bougre. Il n’avait jamais voulu avouer sa vie secrète.

 

C’était donc seul qu’il était arrivé à la soixantaine. Ses enfants lui rendaient bien visite de temps en temps, et étaient quand même étonnés de ne voir aucune maîtresse chez lui. Klaus n’avait jamais voulu se justifier à leurs yeux.

 

L’incident survint la veille de Noël, dans un centre commercial, quand il s’en était pris à un rupin d’apparence : un type quasiment de sa propre corpulence, sapé dans un costume visiblement griffé, portant un attaché-case de marque. Avec ses cheveux blancs bien coupés et sa barbe blanche distinguée, on pourrait de loin, prendre Klaus et lui pour des jumeaux ; mais le costume de notre pickpocket sentait le prêt-à-porter banal, et sa mallette pleine de paperasse inutile, semblait incongrue dans sa main.

 

L’homme sortait d’une bijouterie renommée. Klaus supputait un butin conséquent, peut-être des bijoux, ou bien un bon paquet de flouze… Non, plutôt des bijoux, l’homme avait la mine réjouie de quelqu’un qui avait fait une bonne affaire.

 

Le centre était bondé, ce sur quoi Klaus comptait d’ailleurs. Il profita d’une bousculade pour perpétrer son forfait comme un prestidigitateur, faisant tomber les deux mallettes quasiment identiques. Un petit tour de passe-passe et elles étaient échangées.

 

Assis à la terrasse d’un café, Klaus s’attaqua à l’ouverture de l’attaché-case, le cœur tout de même palpitant. Il était presque déçu, la combinaison était celle d’origine : quatre zéros. Il ouvrit la mallette, le cœur gonflé d’espoir : elle ne contenait qu’un bonnet rouge ! Il suffoqua, autant d’indignation que de déception. Son cœur rata un battement… puis un autre. Il s’affala sur la table, terrassé. On s’empressa autour de lui, et on l’envoya à l’hôpital.

 

Achevant de récupérer sur son lit, Klaus ne s’attendait pas à revoir sa dernière victime. Le vieil homme distingué était assis dans le fauteuil visiteur, un sourire narquois aux lèvres.

À suivre

RAHAR

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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