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GITE D'ETAPE - 2/4  - RAHAR
GITE D'ETAPE - 2/4  - RAHAR

« Il fait un peu frisquet, tu ne crois pas Meg ? Il faudrait faire du feu.

— Il y a bien un petit bidon de pétrole, mais je ne vois pas de bois de chauffe… Attend, je sais où trouver du bois bien sec. »

La jeune femme sortit avec la torche, et revint quelques minutes plus tard, avec une brassée de planchettes.

« Tiens, où as-tu trouvé ça ?

— Bah, ce sont les croix des tombes. Le bois est bien sec et fera un excellent feu.

— Et qu’est ce truc-là ?

— Oh ça, c’est une chaînette qui a été accrochée à une croix.

— C’est vraiment de l’or ?

— Je pense bien, ce n’est pas du plaqué.

— C’est de la profanation, tu aurais dû la laisser sur la tombe.

— Voyons Paul, le ou la morte n’en a plus besoin, et il n’y a pas de petit profit. »

 

Allumées avec un peu de pétrole, les planchettes fournirent un feu dont la douce chaleur se répandit agréablement dans la cabane. Prévoyant une journée de marche laborieuse le lendemain, les deux comparses dînèrent de conserves réchauffées à la lumière de chandelles, et rejoignirent tôt leur lit, se contentant de couvertures rapiécées et effrangées.

 

À la limite du sommeil, Meg crut entendre une sorte de froissement ténu. Elle pensa à des souris dérangées, quand elle avait poussé ses godasses sous le lit, et se prépara à tomber dans les bras de Morphée.

 

En se retournant dans son lit, Paul fut conscient d’un raclement sous le pieu. Ayant la flemme de satisfaire une curiosité futile, il pensa que c’était quelque bestiole qui avait trouvé refuge dans la cabane, et il chercha un sommeil réparateur.

 

 

Une douleur aiguë au pied réveilla Meg en sursaut. Elle tâtonna pour retrouver la torche et alluma. Elle éclaira son pied qui était découvert. Elle avait pensé qu’un quelconque rat avait grignoté son orteil, mais celui-ci ne saignait pas, il était tout rouge comme une braise.

 

Intriguée, elle le tâta… et faillit hurler de douleur. Mais qu’est-ce que c’était que ça ? Elle entendit de nouveau le froissement ténu, cela semblait provenir de sous le lit. Avec précaution et en se contorsionnant, elle balaya de la lumière de la torche sous le pieu. Il n’y avait rien ! Mais qu’est-ce qui avait donc lésé son orteil ?

 

En claudiquant, elle alla à la cuisine, remplit une écuelle d’eau et y trempa ses orteils dont le gros cuisait. Elle ressentit à peine du soulagement et se résolut à retourner à son lit. Son pied sensible ne supporta pas la couverture, alors elle le laissa découvert. Avec perplexité, elle essaya de passer en revue les causes possibles du phénomène ; le lit était assez grand, et elle n’aurait pas pu se cogner à un montant, un panaris ne se déclarerait pas soudainement, une intoxication alimentaire ne ferait pas cet effet, Meg ne pouvait voir aucune trace de morsure ou de piqûre ; bien sûr, elle ne pouvait voir entièrement son orteil, elle n’était pas aussi souple qu’un bébé qui peut porter son pied jusqu’à la bouche. Seule la morsure d’une araignée banane pourrait peut-être produire ce genre d’inflammation, mais d’abord, il n’y avait pas de banane dans la cabane, et ce n’est absolument pas le milieu chaud qu’affectionne cette bestiole. Alors ?

 

Paul sortit brusquement du sommeil, la bouche ouverte cherchant désespérément de l’air : il était oppressé. C’était comme si un poids énorme pesait sur sa poitrine. Il tenta d’appeler Meg, mais seul un râle sourd pu sortir de sa gorge. Il roula des yeux, éperdu, essayant vainement de bouger. Sa pensée alla logiquement aux conserves, s’étaient-ils empoisonnés ?

 

Soudain, l’oppression s’évanouit, et Paul aspira avec délice une goulée d’air frais, en se redressant, et faisant craquer le pieu. Il pensa immédiatement à l’histoire de l’ombre noire, histoire qu’il avait lue quelque part, parlant d’un phénomène répandu sur tous les continents. Cependant, comme il faisait très sombre dans la cabane, il ne pouvait être sûr qu’il avait été victime de cette fameuse ombre noire. Puis il vit que Meg jouait avec la torche.

 

« Qu’y a-t-il, Meg ?

— Tiens, tu ne dors pas ?

— Je viens de me réveiller. Que se passe-t-il ?

— Je ne sais pas trop. Mon gros orteil est rouge comme une cerise et me fait mal.

— Tu t’es cognée ?

— Justement non. J’ai d’abord cru qu’un rat m’a mordu, mais non. Et toi, pourquoi t’es-tu réveillé ?

— Quelque chose m’a étouffé…

— Une mauvaise digestion, ou une allergie peut-être ?

— Non, je ne suis allergique ni aux fayots, ni aux pois, ni aux saucisses fumées. Je pense plutôt à l’ombre noire.

— Quoi ? Qu’est-ce que c’est ?

— C’est paraît-il une entité qui étouffe le dormeur et se nourrit de son énergie.

— Et tu crois à ça ?

— Il y a des témoignages qui courent de par le monde, pour que ce ne soit qu’une simple légende… Mais dans ton cas, tu t’es peut-être cognée sans le savoir.

— Oh, je ne sais plus… Bon, en tout cas, nous ferions mieux de nous rendormir, nous avons une sacrée trotte à faire demain, selon ton contact.

— Tu crois que tu pourras marcher avec ton bobo-là ?

— Ne t’en fais pas, j’espère que ça ira mieux avec une bonne nuit de sommeil. »

A suivre

RAHAR

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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