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La VDM de Victoria : Excursion sur le volcan de la Soufrière

Ah, comme il me tardait de faire cette randonnée sur le volcan de la soufrière. On m’avait tant vanté le charme de la vue, la particularité des fumerolles qui s’en dégageaient que j’avais hâte d’y être.
Première petite déconvenue à l’arrivée, en raison d’éboulements, le départ s’effectuait beaucoup plus bas que prévu. Bof ! deux kilomètres de plus ou de moins, me suis-je dit, quelle importance.


Mais, deux kilomètres de plus en grimpette dans des chemins caillouteux et escarpés, en fait, cela commence à compter lorsque vos mollets durcissent sous les crampes. A cela, s’ajouta soudainement un grain. C’est-à-dire une pluie soudaine et violente qui en général s’arrête au bout de quelques minutes pour laisser place à un soleil brûlant. Donc, vous vous trouvez trempé en un rien de temps puis rapidement sec. Mais pas ce jour-là. Le grain allait durer plus de trois heures.


Optimistes, nous continuâmes notre ascension. La montée semblait interminable et je me demandais si nous atteindrions un jour le sommet. Chaque fois que nous croisions un groupe qui redescendait, nous lui demandions : « C’est encore loin ? ». « Non, comptez encore deux heures, pas plus ».
Voilà qui avait de quoi me rassurer ! Sous une averse cinglante, mouillés jusqu’aux os, les vêtements dégoulinants d’eau, aveuglés par les gouttes qui déferlaient sur nos yeux, nous avancions vaille que vaille en nous agrippant aux branches et aux rochers.


J’enlevais vingt fois mes lunettes pour les essuyer mais mon kleenex gorgé de liquide ne servait plus à grand-chose. Je finis par les ôter mais telle une taupe j’étais gênée par le manque de visibilité et je cherchais à tâtons à quoi me raccrocher. « Et je cheminais… je cheminais ! Quelle battue ! j’ai la chair de poule, rien que d’y songer ». Ben oui, à ce moment-là, je me comparais à ce pauvre curé de Cucugnan parti à la recherche de ses Cucugnanais.
 

Mes talons me faisaient souffrir. Je n’avais pas jugé bon de prendre mes baskets de sport aptes à la marche mais celles plus légères en toile. Et je pataugeais avec entrain dans un mélange de boue et d’eau. Persuadée d’avoir une belle ampoule de chaque côté, je m’arrête le temps d’y jeter un coup d’œil. Mon Dieu ! Qu’est-ce qui m’arrive. De longues traînées rougeâtres dégringolent le long de mes mollets. Qu’est-ce que j’ai fait ? Je me suis blessée sans m’en apercevoir ?
Mais bizarrement, mes genoux, mes chevilles, mes chaussures et le bas de mon tee-shirt ont revêtu la même couleur vermillon. Et, je comprends tout à coup. Hier, dans un village artisanal, je me suis laissée tenter par un bermuda bordeaux et ce dernier n’a semble-t-il pas résisté aux assauts de l’orage et dégorge allègrement.


Décidément, je n’en rate pas une ! Mais au moins, j’ai trouvé sans le vouloir le moyen de divertir les randonneurs. Car, invariablement, ceux que je croise ou ceux qui me suivent ne manquent pas de s’inquiéter de mes jambes sanguinolentes et continuent leur ascension ou leur descente en riant lorsque je leur explique le pourquoi du phénomène. 
 

Après une heure et demi d’escalade, le temps ne s’améliorant pas, la vue étant bouchée par un ciel très nuageux, nous considérons à juste titre que nous ne verrons rien en arrivant au sommet et nous décidons de faire demi-tour. 
La descente s’avère en fait plus périlleuse que la montée. Les chemins se sont transformés en cascade. L’eau ruisselle sur les cailloux rendant le parcours très glissant. C’est à mi-chemin que nous croisons un groupe de marcheurs du troisième âge armés de bâtons norvégiens. Quand je dis troisième âge, je ne veux pas me montrer péjorative car j’en fait partie. Mais ces-derniers 
comptent une bonne décennie de plus que moi. J’imagine entre 70 et 75 ans. Leur guide nous demande si nous sommes arrivés en haut et si la vue est dégagée. Nous l’informons que nous avons renoncé étant donné le temps de plus en plus agité.


- Puis-je vous demander un service, s’enquiert-elle ? Ce monsieur n’arrive plus à suivre, pourriez-vous l’accompagner jusqu’au parking où le chauffeur du car le récupérera.
Nous acceptons au grand soulagement des autres randonneurs qui se plaignent de ceux qui les ralentissent parce qu’ils n’ont même pas conscience d’être incapables d’avancer. Sympathiques les papys -mamies ! 

 

C’est donc en compagnie d’André que nous poursuivons notre expédition. Au bout de cinq minutes, je prends conscience que le guide nous a offert le cadeau du siècle. Car, si nous trouvons déjà assez dangereuse la déclivité, ce dernier multiplie par dix les difficultés rencontrées. Les cannes qu’il utilise munies de pointes en métal ont une fâcheuse tendance à riper sur les rochers. Donc je passe les trois quarts de mon temps à le rattraper par un bras pour éviter qu’il ne tombe en arrière alors que mon compagnon qui ouvre le chemin le soutient pour franchir les obstacles. De plus André est un grand bavard qui ne peut parler sans s’arrêter. Et je commence à ressentir le froid à rester ainsi immobile à écouter le récit de ses découvertes.
 

- Vous savez, hier, je suis allé aux chutes du Carbet. J’ai fait une belle chute, sans jeu de mots, et je me suis esquinté le genou. Je ne l’ai pas dit à mon guide car elle n’aurait pas voulu m’emmener. 
Remarquez si elle savait, le reste ce serait pire. En fait, j’ai une prothèse à la cheville.
Ce n’est pas possible mais il est inconscient ou quoi !
- Et malgré tout, vous faites des randonnées.
- Ben oui, tant que je peux.
Il n’a peut-être pas tort mais il ne doit pas vraiment mesurer la responsabilité qui incombe à ceux qui l’accompagnent.

 

Les minutes s’égrènent lentement et il me tarde d’arriver au point de départ. Enfin, nous empruntons un chemin cimenté et je réalise que nous sommes près du but. Cependant un dernier obstacle nous attend, un ultime passage, en fait, un véritable ruisseau qui déverse en cascade toute la flotte accumulée pendant notre ascension.
Mon compagnon s’y engage et l’eau lui arrive à hauteur des genoux. J’imagine que je vais en avoir jusqu’à mi-cuisse. Pas d’autre alternative, il faut traverser. Il tend la main à André qui s’y cramponne et perd l’équilibre. Je le retiens de justesse par le bras mais mon compagnon déstabilisé se retrouve allongé de tout son long dans la mare. Je suis partagée entre l’inquiétude et le fou-rire.

 

Plus de peur que de mal, heureusement. Enfin le parking ! Plus que soulagés, nous confions notre ancêtre au chauffeur du car qui devant notre état pitoyable nous conseille de nous tremper dans la source d’eau chaude en contrebas. Mais nous n’avons qu’une envie, nous sécher. Nous avons eu notre contentement de liquide pour la journée. 
Nous avions prévu de nous arrêter dans un petit restaurant local à l’arrivée puis de profiter de la plage mais les seuls vêtements secs en notre possession sont nos maillots de bain. C’est donc revêtus de ces-derniers et drapés dans nos serviettes de plage que nous reprenons piteusement la route jusqu’au gite.
Au final, ce fut une journée mémorable dont on se souviendra longtemps et qui nous fait encore rire après coup.

 

Victoria

Tag(s) : #Victoria - sois chez toi !, #Journal de la VDM de Victoria

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