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LA CHASSE - RAHAR, conte de Noël

Aaah, chouette ! Maître Rahar a pu nous écrire un joli conte de Noël dont il a le secret, emprunt d'un subtil mélange salé sucré d'humour et de magie, une tranche de vie qui transcende l'amertume de la vie des démunis. Titre : La chasse ! La chasse à quoi, au sanglier, au cerf dans les bois ? Y aura-t-il à la fin un hallali ? Que nenni ! Qu'on se rassure !
Grand merci, ami Christian, un bon Noël à toi et grosses bises !
Note de Lenaïg

 

À trente-cinq ans, Pascal tirait le diable par la queue, quoiqu’il fût petit-fils d’un médecin aisé. Dans sa jeunesse, il avait fait les quatre-cents coups, négligeant son instruction. Il avait fait le malheur de ses parents : bagarreur et cancre, il avait délibérément cessé ses études en ayant décroché de justesse son CEPE, attiré par les magouilles de petits délinquants qu’il admirait.

 

Il ne s’était jamais soucié de son avenir, ne pensant qu’aux perspectives de la journée, volant, arnaquant, se droguant (heureusement, il ne pouvait se permettre que le haschich), faisant le funambule sur la corde raide de la limite de la légalité pénale.

 

À vingt ans, il rencontra l’amour sans s’y attendre. Comme ses compagnons, il considérait les filles comme des objets de plaisir, mais quand sa compagne du moment fut tombée enceinte, quelque chose s’était produit en lui. Il eut une prise de conscience. Un sentiment nouveau de responsabilité l’accabla, il allait être père.

 

Déstabilisé, il erra à travers la ville dans un état second. Comme si le destin n’avait attendu que ça, il vit des tas de gens avec des enfants, plutôt des bébés. Il fut confronté au bonheur simple des familles, à des scènes attendrissantes. Ce fut comme une illumination, sa perplexité, ses doutes, se transformèrent en un sentiment nouveau : le bonheur de devenir père.

 

Il voyait d’un autre œil sa compagne, le cœur endurci du jeune délinquant se remplit de tendresse, transformant du même coup la fille qui se vit se promouvoir du rang d’objet, au statut de véritable femme, aimée comme telle de surcroît.

 

Pascal n’avait pas pensé à quémander l’aide de ses parents ou de son grand-père. À tort ou à raison, il avait cru que sa famille l’avait rejeté comme un malpropre, compte tenu de son choix de vie peu recommandable.

 

Évidemment, la vie n’était pas simple : le jeune homme conscient de ses nouvelles responsabilités, se rangea et chercha une manière plus honorable de gagner sa vie. Il n’avait bien sûr aucune qualification officielle autre que son CEPE, lequel ne pouvait ouvrir aucune porte, en cette conjoncture où même un bachelier avait beaucoup de difficulté à trouver du boulot. Heureusement, Pascal était doué d’un esprit curieux. Il pouvait s’instruire en observant, et avait un réel talent de bricoleur. Il put ainsi exercer et cumuler, avec une certaine compétence, sinon avec une habileté certaine, les métiers de cordonnier, de plombier, et de réparateur d’appareils électroménagers… évidemment de façon informelle. De ce fait, il ne pouvait tenir une échoppe officielle, mais il avait quand même des clients qu’il attirait par ses tarifs plus que concurrentiels, et la plupart étaient des nécessiteux.

 

Sans vivre dans l’aisance, Pascal et sa petite famille bouclaient tant bien que mal les fins de mois. Ils ne faisaient pas souvent bombance, les jours de fête, par une ironie du sort, il y avait pratiquement peu de réparations… à moins que les gens préférassent dépenser d’abord pour les festivités, avant de se préoccuper après, des trucs à réparer.

 

Cette fin d’année, compte tenu de la conjoncture exceptionnellement déplorable, les affaires étaient plus que moroses. Pascal se cassait la tête pour trouver un peu de boulot. Il y avait bien longtemps que ses enfants ne croyaient plus au Père Noël, et se résignaient à passer les fêtes avec un menu ordinaire et plutôt frugal.

 

Le Destin avait-il eu pitié ? Un propriétaire avait été harcelé par un de ses locataires dont la chasse d’eau des WC avait flanché, juste deux jour avant la Nativité. Ce locataire avait des invités, et compte tenu des circonstances, boisson à volonté (hygiénique et forte), boustifaille à gogo, il tenait à leur confort.

 

Pascal et sa petite famille eut ainsi un Noël décent, le locataire ayant ajouté quelques jouets au montant de la prestation dont il avait été plus que satisfait, entraînant un geste de largesse.

 

RAHAЯ

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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