Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 

— Et tu n’as jamais succombé à la tentation ?

— Eh bien… Mon travail me prend trop, pour que je pense à ça.

— Ne crains-tu donc pas que ta jeunesse passe sans que tu en ais profité ?

— Je… Il y a tellement de gens qui ont besoin de moi.

— Tu as dit que tu n’es pas la seule toubib de la cité… Penses-y. Je suis persuadé qu’il n’y a pas tous les jours de patient dont le pronostic vital soit engagé pour que tu sois immobilisée à son chevet. »

 

Nicole resta songeuse, elle pensa à toutes les occasions qui s’étaient présentées à elle. C’était vrai, elle n’avait plus ouvert son cœur, non par déception amoureuse, mais par un sens du devoir, peut-être poussé un peu trop loin. Mais en y réfléchissant, elle estima que personne jusqu’ici n’avait vraiment fait battre son cœur comme elle pensait que l’amour devrait le faire.

 

Un instant ! Est-ce qu’il devrait battre comme en ce moment, quand Martin lui souriait ? Non ! C’était impossible, c’était un blasphème, on devait adorer les dieux, les révérer, pas en tomber amoureux. Et puis, l’amour est comme un poussin qui vient d’éclore, il faut qu’il grandisse petit à petit… Enfin, c’était sa conception de l’amour. Elle n’avait jamais pensé au coup de foudre.

 

Après que Martin eût aidé Ram, il revint converser avec elle. C’était dément, il lui demandait ce qu’elle faisait de ses loisirs, ce qu’elle aimait manger, le style de musique qu’elle préférait… le genre de mondanité qu’elle n’irait jamais imaginer de la part d’une divinité… mais qui serait approprié pour un humain. Ce n’était pas comme si Martin allait l’inviter au restaurant.

 

Comme la journée était déjà très avancée, Martin pressa les trois Friyens pour l’emmener à la Cité des dieux. Il persuada Ram qu’il ne valait pas la peine d’explorer les autres niveaux, rien de ce qu’ils renfermaient ne serait utile en cette époque ; peut-être dans quelques dizaines d’années. Durant le trajet jusqu’à la mesa, Martin accapara la jeune toubib qui ne demandait pas mieux. Le dessi-maître avait pris place près de Nèfe qui conduisait. Les deux ados se lançaient des œillades complices.

 

 

Nicole fut particulièrement affligée, peut-être plus que de raison, quand Martin et eux durent se séparer près de la mesa de la Cité des dieux. Sur la route du retour, son regard se perdait au loin, elle était comme absente, elle était devenue insensible au paysage fantastique. Ram attendit d’être à mi-chemin de Friy, pour aborder le sujet avec la toubib. Le paysage sauvage avait une influence apaisante sur la jeune femme, et le dessi-maître en profita.

 

« Dis-moi Nicole, que penses-tu de Martin ?

— Oh, c’est un dieu très gentil et bienveillant.

— Mais ne trouves-tu pas étrange qu’un dieu ait besoin de se soigner dans une cuve de régénération ?

— Que veux-tu dire par là ?

— D’après ce qu’on nous a appris, un dieu, ou une déesse, ne connaît pas la maladie, ni la mort… mais un être humain, oui.

— Tu insinues que le Seigneur Martin n’est pas un dieu ?

— A-t-il jamais dit qu’il l’était ?

— Non, mais…

— Je te répète, qu’est-ce qu’il foutait donc dans une cuve de régénération ?

— Mais… Il doit avoir ses raisons.

— Ne fais pas ta tête de mule ! Tu veux que je te dise le sujet de votre entretien ? Il t’a interrogée sur l’inflammation de l’appendice.

— Mais… Comment le sais-tu ?

— Parce que c’était à cause de ça qu’il a été soigné dans la cuve. Il n’a pas été sûr d’avoir été guéri, avant que la cuve déconne, voilà pourquoi il a sollicité ton diagnostic.

— Alors, il nous a trompés…

— Mais non, il t’a simplement ménagée. D’ailleurs à ce moment, l’aurais-tu cru s’il t’avait dit qu’il n’était pas un dieu ?

— Probablement pas, je l’avoue… C’est tellement extraordinaire ! Quand est-ce que tu t’étais douté de la vérité ? Est-ce que Nèfe aussi savait ?

— Oh, nous connaissions déjà la vérité depuis belle lurette.

— Alors, les dieux n’existent pas ?

— En fait, ce ne sont pas des dieux, mais des gens comme nous, simplement plus avancés, plus savants, si tu veux. Ce que nous prenons pour de la magie des dieux, n’est qu’une technologie que nous ne comprenons pas, tout simplement. Et puis, ils sont partis loin, depuis longtemps. Tu te rappelles le message que Nèfe et moi avions dit provenir des dieux ? Que nous devons apprendre à nous en sortir par nous-mêmes. C’est parce qu’ils étaient déjà partis.

A suivre

 

RAHAЯ

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :