Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

CHASSE AU TRéSOR - 1/3 - RAHAR - Les enquêtes de Kwan Lock et Ninie

« Patron, des… euh… clients.

— Hum, d’après ton ton, ce ne seraient pas des grives.

— Bah, depuis une semaine, on se tourne les pouces.

— Ninie ! Ce n’est pas une raison… »

L’entrée des « clients » m’empêche d’amorcer ma diatribe. Ces deux gamins semblent avoir à peine dépassé la vingtaine. Ils portent la tenue débraillée des jeunes qui interdit toute évaluation de leur position sociale. Je ne suis plus au courant des marques tendances du moment, et ne sait plus distinguer les contrefaçons. Tous deux sont en jean, plus moulant et affichant plus de déchirures pour la fille, un tee-shirt noir avec un texte provocateur blanc pour le garçon en baskets, et une chemise lavande pour la gamine en converse.

 

Kwan Lock Investigations n’alloue aucun crédit pour la publicité, l’agence n’a qu’une modeste plaque dans l’entrée, et c’est surtout le bouche-à-oreille qui en fait la renommée. Les tarifs s’adressent à une élite aisée ; j’ai tendance à penser que ces jeunes gens sont venus après avoir posé leur doigt au hasard dans quelque annuaire.

 

Ces deux-là sont frère et sœur, et orphelins. Déjà dans ma tête, je dresse la liste des confrères — et consœurs — à qui je pourrais refiler sans commission cette affaire, je ne vais pas me contenter de merles, quoi qu’en dise Ninie. Par pure courtoisie, je vais quand même écouter ce qu’ils ont à dire.

« Je m’appelle Milo Vainusde, et voici ma sœur Chloé. Nous croyons savoir que vous travaillez sur recommandation, monsieur Kwan…

— Hum… Pas forcément, jeune homme. Donc vous venez de la part de quelqu’un.

— C’est Virginie, la fille d’Ejnik Lefisque1, qui nous a donné votre adresse. Nous sommes, elle et moi, étudiantes en architecture.

— Et moi je poursuis des études d’ingénieur, complète le gamin.

— Très bien, quel est donc votre problème, jeunes gens ?

— Notre oncle vient de mourir.

— Ah !... Toutes mes condoléances. »

 

À la mort accidentelle de leurs parents, les deux adolescents furent accueillis par leur oncle maternel célibataire, Lucas Chautier. Comme les Vainusde n’avaient pas eu le temps d’épargner, Milo et Chloé n’avaient pratiquement rien. Mais leur oncle, même s’il n’était plus tout jeune, les traita comme s’ils étaient ses propres enfants.

 

Était-ce par reconnaissance ou bien était-ce grâce à leur propre nature, toujours est-il que les deux enfants avaient grandi dans la sagesse, faisant le minimum de bêtises inévitables. Compte tenu de leur différence d’âge, on serait plutôt tenté de considérer leur relation comme celle d’un papi et ses petits-enfants.

 

Étant plus qu’aisé, et se montrant plus compréhensif que son âge avancé ne le laissait supposer, l’oncle Lucas ne refusait pratiquement rien aux enfants, lesquels n’avaient ainsi pas à rougir devant leurs amis et condisciples, la plupart issus de la haute. Ce fut ainsi qu’ils pouvaient choisir sans contraintes les études qu’ils voulaient poursuivre, quels qu’en furent les coûts.

 

Prévoyant, et se doutant qu’il s’en irait bien avant que les enfants eussent déployé leurs ailes, l’oncle les avait couchés sur son testament. Milo et Chloé n’avaient donc théoriquement aucun souci à se faire, concernant leur avenir. Toutefois, le vieux Lucas était devenu très méfiant, au cours des années : il avait été témoin des déboires de ses amis et de ses connaissances.

 

L’un avait été victime d’un banquier véreux, un autre avait fait de mauvais placements, un troisième avait été ruiné, suite à une faillite frauduleuse d’une entreprise où il avait des actions… lui-même avait été affecté par un krach récent. Lucas en avait tiré la conclusion qu’il valait mieux conserver sa fortune sous le matelas, en l’investissant dans des valeurs refuges comme l’or, par exemple. Quoique ses amis lui eussent fait remarquer qu’avec ce système, son capital ne générerait aucun intérêt, il rétorqua que cela n’avait aucune espèce d’importance, à son âge, il n’avait plus besoin d’augmenter sa fortune.

 

L’oncle avait dû appliquer son idée, car à sa mort brusque, on n’avait constaté qu’un montant dérisoire sur son compte, à la grande déconvenue des Vainusde. Il leur avait bien sûr laissé sa villa, en réservant un montant suffisant pour les droits de succession, mais dans la situation des jeunes gens, loin d’avoir terminé leurs onéreuses études, ceux-ci ne pourraient pas la garder et devraient se résoudre à la vendre à brève échéance, si un retournement de situation ne se présentait pas.

 

Supposant que leur oncle avait converti sa fortune en or, les deux jeunes gens avaient labouré de fond en comble le jardin de la propriété, creusé dans la cave, sondé tous les murs de la maison en quête d’une cache secrète, en vain.

 

A suivre

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :