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NE FAITES PAS çA -  2/2 - RAHAR - nouvelle fantastique

Bien sûr, j’avais pensé que mon sacré cousin essayait juste de faire l’intéressant, et souligner ainsi avec insolence, qu’il avait réussi. Je n’avais accordé aucune once de crédit à ses billevesées. Je ne croyais même pas aux fantômes… à moins que le cousin Alfred n’ait raison et qu’il y avait des gens qui ne verraient jamais les revenants. Cependant… Y aurait-il une pincée de vérité dans les racontars de ce vantard d’Igor ? Y aurait-il par hasard des nains invisibles et malveillants dans l’appart ?

 

Oui, mais comment savoir ? Je n’étais pas un enfant et je n’en disposais pas, pour servir de détecteur, et encore, fallait-il que cet enfant eût la faculté de les voir. De toute manière, je ne pouvais rien dire à Kevin, il me prendrait pour un fou superstitieux, il lui faudrait des preuves. Et puis me vint l’illumination : pourquoi ne pas utiliser des caméras de surveillance ?

 

Bien sûr, je ne pouvais emprunter du matériel au boulot, il fallait que j’en achetasse ; de toute façon, ça pourrait toujours me servir, plus tard. J’avais ainsi acquis deux caméras sans fil avec mode infrarouge. Les leds allaient certainement s’illuminer, mais assez faiblement, et je ne pensais pas que quiconque le remarquerait. Je profitais de l’absence de Kevin pour bricoler. Je fixais les appareils en hauteur, dissimulés à un coin de tableau. Je devais faire tourner mon ordi en éteignant l’écran. Je n’avais plus qu’à attendre la nuit pour activer le dispositif.

 

Au matin, j’avais attendu que Kevin partît à la fac, pour examiner la vidéo de la nuit. J’étais évidemment sceptique, mais je regardais consciencieusement la séquence de sept heures à vitesse rapide. L’une des caméras était orientée sur le lit de Kevin, et l’autre sur mon lit. Comme je m’y attendais, il n’y avait rien d’anormal. Je remarquais seulement que le sommeil de mon coloc était assez agité. Et puis, je me frappai le crâne : sans réellement péter la pleine forme, Kevin s’était levé normalement. Ce ne serait que quand l’un de nous se lèverait plutôt patraque, que la vidéo pourrait être intéressante.

 

Ce ne fut que trois jours après que Kevin s’était levé comme s’il avait la gueule de bois, alors que ce n’était pas un lendemain de beuverie. Il me tardait de consulter la vidéo prise durant la nuit, et il me semblait que mon coloc n’allait jamais partir. Malgré moi, j’étais tout excité : j’aurais maintenant le cœur net, la confirmation des dires d’Igor se trouvait peut-être sur le disque dur de l’ordi. Je lançais la vidéo en accéléré, tout en sirotant mon café. Les images en mode nocturne étaient glauques et irréelles. Les leds infrarouges éclairaient parfaitement, et on pouvait voir tous les détails ; on ne voyait évidemment pas les couleurs. Comme d’habitude, le sommeil de Kevin était agité. Ce ne fut que quand l’indicateur d’horloge montrait deux heures trente, que quelque chose se passa.

 

Je ralentis précipitamment jusqu’à la vitesse normale, et les battements de mon cœur s’étaient accéléré. Je notais un mouvement, à la limite du champ de la caméra pointée sur mon coloc. Kevin avait cessé de s’agiter, mais il ne s’était pas réveillé pour autant. Un enfant apparut alors. Non, ce n’était pas un enfant, ni un nain difforme, c’était une grande personne de très petite taille, bien proportionné, en réalité comme un pygmée. Il n’était pas nu, mais avait une sorte de bermuda et une veste sans manches ; son front dégagé était haut, ses traits n’étaient ni caucasiens ni négroïdes, il arborait une longue barbichette pointue.

 

À l’évidence, ce n’était pas un fantôme, et j’étais très impressionné par sa façon de se mouvoir dans l’obscurité quasi complète, comme s’il y voyait parfaitement ; peut-être usait-il d’écholocation comme les chauve-souris, je ne sais pas. Cependant, quand par hasard sa tête se tournait vers une caméra, ses yeux brillaient comme ceux d’un chat. Heureusement, à l’évidence, il ne se semblait pas se rendre compte qu’il était filmé.

 

Mes cheveux se hérissèrent, quand je décelais un mouvement à la limite du champ de l’autre caméra. Mais finalement, une autre créature rejoignit la première. Celle-ci sauta prestement sur le lit de Kevin, de façon si légère que la couche plia à peine. Elle s’activa sur Kevin, mais malheureusement, la caméra ne pouvait montrer ce qu’elle faisait vraiment. J’imaginais qu’elle « aspirait » la vitalité de Kevin, comme l’avait dit Igor. Cela dura un bon moment, puis la créature se dégagea, laissant la place à l’autre, laquelle répéta le manège de la première sur mon pauvre coloc. À un moment, elle se figea, puis se tourna vivement dans la direction de mon lit. J’avais bougé dans mon sommeil à ce moment, selon la caméra tournée vers ma couche. J’eus des sueurs rétrospectives.

 

Je ne sais ce qui m’avait pris, mais un mouvement brusque m’avait fait renverser le café sur l’ordi. Dans ma précipitation, j’avais bousculé l’appareil qui se fracassa sur le carrelage. J’éclatais en imprécations et jurons, mais le mal était fait. Je ne pourrais rien montrer à personne, et on me prendrait pour un fou, si je racontais ce que j’avais visionné, sans preuve.

 

Je savais que je ne pourrais rien faire pour Kevin. Heureusement, Igor avait dit qu’elles ne tuaient pas. Quoique, apparemment, ces… goules me laissassent tranquille, je ne voudrais pas prendre de risque, et j’allais chercher un autre appart, en espérant que ces créatures n’y passassent pas. Si vous voulez la tranquillité de l’esprit, ne faites pas comme moi, ne cherchez pas à les filmer, car, à moins de rester éveillé – vous ne tiendriez pas trois nuits – vous ne pouvez pas leur échapper, si votre maison les intéresse.

 

Fin

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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