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Pardon, maître Rahar, qui ne vote pas aujourd'hui, toi, sur ta grande île lointaine, mais je ne peux m'empêcher de rapprocher ton histoire de certaines ombres menaçantes et terribles du passé qui planent sur nos élections françaises. Merci beaucoup de nous offrir une autre de tes nouvelles fantastiques et nous verrons dans la suite et fin si le héros s'en tire bien ... Que tu fasses allusion aux "Chapardeurs", ces petits personnages cachés de nos maisons, m'a réjouie ! Il y a un moment déjà j'ai lu en anglais plusieurs romans qui les mettent en scène, les "Borrowers" (ce qui signifie les emprunteurs, en fait, une nuance amusante). Le dessin d'ouverture (cueilli sur Pinterest) les fait apparaître : hum hum, ils sont gentils, eux, en comparaison d'autres entités qui hanteraient les maisons ! A quoi allons-nous être confrontés ? J'ai bien peur que cela ressemble plus aux ignobles "Dementors" ("détraqueurs") de Harry Potter ...
Note de Lenaïg

NE FAITES PAS çA -  1/2 - RAHAR - nouvelle fantastique

Tout avait commencé lors de la réunion de famille. Elle s’était déroulée dans l’immense manoir du patriarche, car c’était une immense famille. Tous les cousins et cousines étaient présents, le patriarche y avait personnellement veillé. Je savais déjà que ce serait une grosse pagaille, je m’attendais aux sourires d’amabilité hypocrite, aux manifestations discrètes de rivalité et de jalousie, voire de haine, des exhibitions ostensibles de réussite sociale, des attaques sournoises de certains. Pour ma part, je n’avais pas trop à craindre, j’avais le don de ménager la chèvre et le chou, je suis un médiateur, un conciliateur de nature. Je n’étais pas assez aisé pour susciter l’envie, ni trop modeste pour attirer le mépris ou le dédain.

 

Les vieux avaient accaparé la vaste salle à manger, pour débattre de problèmes cruciaux, comme la juste répartition des produits des concessions, le mode de cuisson du bœuf (en daube ou rôti) qui serait servi au déjeuner… Nous, les jeunes de quinze à trente-cinq ans, avions été relégués dans l’un des deux immenses salles de jeux ; les enfants et les bébés avaient été envoyés dans l’autre, avec leurs nounous. Comme dans tout groupement humain, des clans s’étaient formés apparemment par affinité. Naturellement, on pouvait constater que des électrons libres passaient de l’un à l’autre groupe ; c’étaient soit des indécis qui cherchaient à quel groupe appartenir, soit des indépendants qui cherchaient des sujets intéressants, tels des sociologues. Ayant un esprit curieux et étant diplomate de nature, je passais de groupe en groupe, étant relativement facilement accepté – ou au moins toléré – m’attardant si le thème, le ragot ou le commérage était intéressant.

 

Ce fut ainsi que je m’intégrais finalement au groupe d’Igor, le cousin qui avait réussi dans l’immobilier. Je devais admettre qu’il avait bien galéré, avant de rencontrer le succès ; il était loin, le maigrichon qui avait peur de son ombre, on ne le reconnaîtrait pas en ce poussah bien nourri qui avait de l’assurance ; et puis, j’avais l’impression qu’il avait potassé le manuel du « Comment briller en société », car il semble avoir désespérément besoin de reconnaissance. Igor faisait son Pierre Bellemare. N’importe, il avait des anecdotes intéressantes en rapport à son boulot. Bref, c’étaient des histoires de maisons hantées.

 

Avant, je considérais ce genre d’histoire comme des contes pour grande personne, pour des gens plutôt superstitieux, surtout pour donner des frissons aux gonzesses. J’étais d’une rationalité toute cartésienne. Je pensais que les témoins – ou encore les victimes – des histoires de fantôme et assimilé, avaient tout simplement halluciné, ou avaient été victime de quelque canular. Quoi qu’il en fût, j’aimais bien écouter ces contes, c’était disons… fort divertissant, en quelque sorte.

 

« … Je l’ai finalement vendu à un couple de retraité.

— Mais c’est de l’escroquerie !

— Ah non, ils savent à quoi s’en tenir, je suis pour l’honnêteté et la transparence.

— Bah, la maison n’était peut-être pas si hantée que ça. T’es qu’un rigolo, Igor.

— Nan, Igor dit peut-être vrai. Y a des gens qui ne verront jamais de fantôme, et qui ne sont pas affecté par eux.

— Moi je sais ! Les vioques ont suspendu des gousses d’ail.

— Crétin ! Ça c’est pour les vampires… qui n’existent d’ailleurs pas. N’est-ce pas Igor ?

— Dis Igor, il y a vraiment tant de maisons hantées que ça ?

— Oh, mais les maisons à… « problème », ne sont pas toutes hantées par des fantômes.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? Par quoi d’autre que des fantômes une maison peut-elle être hantée ?

— Ben, il paraît qu’il y a des… « créatures » invisibles qui squattent certaines maison.

— Ah oui, ceux qu’on appelle « les chapardeurs » et qui sont hauts comme une pomme !

— Euh non… Oui… Enfin, peut-être. Du moins, je n’en ai pas entendu parler, et puis, ils ne sont pas invisibles, à ce que je sache. Ce dont je veux parler, c’est des nains qui s’activent surtout la nuit, dans l’obscurité.

— Ballot, s’ils sont invisibles, comment sais-tu qu’ils existent ?

— Certains enfants peuvent les voir, paraît-il, donc ce ne sont pas des fantômes.

— Bof, ce sont les amis imaginaires des enfants, c’est tout.

— Ah non, ils disent qu’ils ne sont pas leurs amis, ces nains ne font que passer d’une pièce à l’autre en leur souriant, ce que les fantômes ne font pas. Et puis, ils laissent parfois des traces, en déplaçant des trucs, par exemple… ou en faisant des choses.

— Quel genre de chose ?

— On dit qu’ils aspirent la vitalité des gens.

— N’importe quoi ! Tu dis que ce sont des genres de goule ? On en aurait entendu parler. ça n’existe pas, voyons.

— Ah, mais ils ne tuent pas les gens, ils les affaiblissent seulement. Vous ne vous êtes pas parfois réveillés le matin plutôt patraques, aucunement reposés ?

— Moi, j’ai entendu parler de l’« ombre noire », une sorte de forme sombre qui écrase le dormeur et l’empêche de respirer.

— Mais non, Zabelle, Igor a bien dit que ce sont des nains invisibles.

— Et il y a beaucoup de maisons qui abritent ces… créatures ?

— Qui sait, personne ne peut le dire, sauf certains enfants. Ta maison en abrite peut-être, Jeannie. Il se peut qu’ils te sucent un jour ou l’autre sans que tu le saches.

— Arrête Igor, ce n’est pas drôle !

— Hé hé, ce n’est pas censé être drôle, ma chère.

— Dis Igor, est-ce que tu as vendu des propriétés qui se sont révélées hantées bien après la vente ?

— Oui bien sûr, je me rappelle d’un cas, c’était l’année dernière… »

 

Après la réunion, chacun était rentré chez soi. Moi, je vivais avec un colocataire, Kevin, dans un appart qui datait de la fin du siècle précédent. Nous étions en dernière année, et je travaillais à mi-temps dans une boîte fournissant du matériel de surveillance informatique. Le patriarche était riche, mais je mettais un point d’honneur à m’en sortir par moi-même, contrairement à mon père, et je ne devais à personne mes frais d’études.

 

Kevin n’était pas issu de famille riche, et nous étions en quelque sorte sur un même pied d’égalité. Nous nous entendons très bien, nous n’avons aucun problème à demander asile à un copain, quand l’autre a besoin de l’appart pour amener un coup du soir par exemple.

 

Il y avait déjà un certain temps que mon coloc présentait des signes d’épuisement, ou peut-être de surmenage, il était très sérieux, dans ses études. Mon inconscient enregistrait les anomalies : certains matins, Kevin avait de la difficulté à se lever, alors qu’il n’avait pas veillé tard. Ce fut seulement après cette fameuse réunion de famille que mon inconscient me transmit des signes d’alerte. Je me rappelais ce qu’Igor avait raconté.

 

A suivre

 

RAHAЯ

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