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LES TRICHEURS - 4/7 - RAHAR

Comme maître Rahar me laisse la liberté d'illustrer ses nouvelles, je m'en donne à coeur joie ! Que ceci ne fasse pas oublier pour autant les aventures "futuro-rocambolesques" des deux A, comme dirait Jill ! Alpha va se prendre pour Arsène Lupin pour faire plaisir à Aïcha ! Les deux héros sont infatigables et ils ne vont même pas profiter de l'hospitalité autoritaire et condescendante des humanoïdes, ce qu'on comprend mais moi je me suis plu à imaginer ces villages écologiques créées par des artistes qui ont tourné le dos définitivement à l'exploration spatiale : quelques photos extraites de la page Рестораны и отели на деревьях : clic ! Une autre recommandation aux lecteurs, si je puis me permettre : surtout ne pas perdre de vue le titre de la nouvelle !
Note de Lenaïg

LES TRICHEURS - 4/7 - RAHAR

— Nous venons en effet d’une autre planète…

— Toi le robot, tu la fermes.

— Mais qu’avez-vous donc contre les robots ?

— Ce sont des serviteurs, ils ne doivent parler que si on les interroge. Je dois dire que le vôtre a une langue bien pendue.

— C’est en partie vrai, mais celui-ci est un robot spécial.

— Cela nous est égal. Un robot est un robot. Que venez-vous faire ici ?

— Eh bien, nous avons découvert une porte hyperspatiale sur une planète nouvellement découverte et nous l’avons essayé.

— Vous êtes donc au stade de colonisation de planètes. Vous ne savez donc pas contrôler votre démographie ?

— Je ne vois pas le rapport.

— Chaque planète a droit à sa vie propre. Chaque humanité doit s’occuper de sa propre planète et non convoiter celle des autres.

— Mais nous ne prenons que les planètes inhabitées…

— Et vous allez ainsi empêcher une vie pensante autochtone d’y éclore, d’y évoluer et de s’y développer. Car ne vous y trompez pas, tôt ou tard une forme de vie indigène émergera et entrera en conflit avec vous. Vous allez à l’encontre de la loi de la vie. Nous avons eu la sagesse de reconnaître nos erreurs et nous sommes revenus chez nous en planifiant mieux notre vie. Nous allons fermer toutes ces portes.

— Je ne suis pas à même de discuter avec vous, mais pourriez-vous d’abord nous ramener chez nous ?

— Si vous ne savez même pas d’où vous venez, alors comment le pourrions-nous ?

— Et si nous vous décrivions la planète ou ses constellations ?

— Nous n’avons plus d’astronome depuis belle lurette. Nous nous consacrons à l’art. Vous resterez donc ici. Gardes, emmenez-les à la mairie pour être recensés. Vous deviendrez ainsi une citoyenne de Perlan. On va vous assigner un logement et vous pouvez garder votre robot.

 

Encadrés par les robots gardes, Aïcha et Alpha sortirent de la vaste pièce. Le couloir qu’ils longeaient avait les murs décorés de tableaux abstraits. La jeune femme ne s’y connaissait pas vraiment en peinture, mais certaines œuvres semblaient apporter la sérénité de l’esprit, tels des mandalas exotiques. Des sculptures plus tarabiscotées les unes que les autres jalonnaient leurs pas.

Dehors, un soleil éclatant les accueillit. Les deux voyageurs s’arrêtèrent involontairement. Ils s’étaient attendus à une vision futuriste de dômes, de minarets, de flèches élancés. Le paysage bucolique qui s’étalait devant eux leur avait coupé le souffle. Les habitations, très espacées, avaient la forme de mas, de chalet ou de petite villa, entourées de jardin artistement aménagé. Éblouie, Aïcha approcha un garde.

 

— Est-ce que toutes vos villes sont ainsi ?

— Il n’y a pas à proprement parler de ville. Chacun peut s’aménager une habitation où il veut, tant qu’il respecte certaines règles de construction, comme par exemple la distance minimale entre deux propriétés.

— Et comment fait-on le marché ?

— Marché ?… Ah je vois. Des centres d’approvisionnement sont implantés dans chaque district. Le vôtre est à un quart d’heure de marche d’ici.

— Et on doit y aller à pied ?

— Les glisseurs publics sont réservés aux longs trajets et aux personnes âgées.

Alpha glissa quelques mots à l’oreille de la jeune femme.

— Et comment allez-vous fermer les portes hyperspatiales ?

— L’appareil coordonnateur des portes se trouve sur Glacis, une planète qui est entrée dans une période glaciaire. Seuls des robots y font la maintenance. Le conseil va y envoyer demain un androïde pour désactiver cet appareil.

— Avez-vous d’autres portes ici ?

— Elles ont toutes été détruites. Celle du bâtiment administratif a été gardée par sentimentalisme je pense. Nous ne savons même plus comment les fabriquer.

— Depuis tout ce temps, je n’ai pas vu un seul engin volant. Vous n’avez pas de vaisseau ?

— Nous n’avons plus qu’un vaisseau au musée. Il n’est plus fonctionnel.

— C’est tout ce que je voulais savoir, fit Alpha.

*

La nuit était loin d’être noire. La multitude d’étoiles, dont certaines étaient proches, éclairait comme en pleine lune. On n’entendait que les stridulations des insectes et le doux murmure du vent. Deux silhouettes se déplaçaient furtivement, passant d’un buisson touffu à un autre.

— Je ne détecte aucune créature plus grande qu’un lapin.

— Oui mais vous ne pouvez pas détecter des robots. Restons sur nos gardes.

— Tu crois que le bâtiment est gardé ?

— Je ne sais pas. Les têtes d’œufs semblent persuadées que nous sommes impuissants.

Ignorant la grande porte, Alpha se mit à examiner une fenêtre, cherchant un quelconque dispositif d’alerte. Rassuré, il allait casser la vitre quand Aïcha l’arrêta.

— Tu vas faire du bruit inutilement. J’ai sur moi un diamant qui me sert à découper des lamelles de microscopie. J’aurais besoin de ton doigt-ventouse.

— Alors, non content d’être une biologiste, vous êtes aussi experte en cambriolage ?

— On voit ça dans tous les films policiers, et c’est pas sorcier.

 

Crémone dégagée, la fenêtre s’ouvrit en grinçant légèrement. Retenant un instant son souffle, la jeune femme se glissa tel un chat dans la salle plongée dans la pénombre. Alpha enjamba l’ouverture à sa suite, puis alluma sa lampe frontale. Sa mémoire photographique les conduisit jusqu’à la porte hyperspatiale. Fascinée par un des tableaux, Aïcha fit une pause pour l’admirer à loisir.

 

— J’aimerai l’emporter.

— Cette croûte ? D’ailleurs ce serait du vol.

— Tu ne crois pas que ce serait un hommage rendu à son auteur qu’un amateur vole son œuvre ?

— Tordu comme raisonnement. D’ailleurs il est vachement protégé : un champ de force l’englobe. Je pourrais cependant l’avoir avec une chance de 50%.

— Arrête Alpha, tu ne vas pas te griller pour un tableau. Je croyais que la 2e loi de la robotique t’imposait 90% de chances pour ton instinct de conservation.

— Vous le voulez, oui ou non, votre fichu tableau ?

 

Dans un même mouvement, le robot enfonça sa main gauche dans le champ de force et de sa droite, arracha le tableau tant convoité. Il envoya une fraction de l’énergie de son générateur EEV dans la main emprisonnée dans le champ. Un éclair aveuglant en résulta et projeta violemment Alpha en arrière, lui faisant heurter avec force le mur opposé.

Evidemment, un martèlement précipité annonça l’irruption imminente des gardes. Encore sonné, le fameux tableau à la main, Alpha dut accepter l’aide de la biologiste pour se redresser. Affolée, Aïcha avait de la peine à traîner le lourd robot jusqu’à la porte. Un androïde apparut, suivi d’un des notables.

Alpha, apparemment remis, balança brusquement la biologiste sur son épaule, et à la vitesse d’un robot, prit une charge d’explosif dans sa poche, l’appliqua au chambranle de la porte, composa à toute vitesse un code et disparut dans le rideau de brume.

 

— Mais qu’as-tu fait, Alpha ?

— Ben j’ai détruit leur porte.

— Mais le notable a pu être tué par l’explosion.

— Je m’en balance, ils voulaient nous garder prisonnier.

— Alpha ! Mais tu aurais pu simplement les neutraliser…

— J’ai un radiant, pas un paral. Et puis ils voulaient nous priver des précieuses portes. Imaginez les possibilités qui s’ouvrent à l’humanité : on pourrait aller de planète en planète en toute sécurité, sans avoir recours à un quelconque vaisseau. Si on peut percer leur secret, on pourra même acheminer le fret par ce moyen.

— Te rends-tu compte que tu as peut-être tué des hommes ?

— Euh… Pas des hommes, des humanoïdes.

— Quelle différence ? Ils sont comme nous.

— Non ! Ce sont des humanoïdes… Tenez, votre croûte.

— Ah sale bourrique entêtée de robot ! Je renonce. Et où avons-nous atterri cette fois-ci ?

— Je sais où nous sommes.

— Quoi !? Répète un peu ?

 

A suivre

RAHAЯ

 

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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