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LES TRICHEURS - 3/7- RAHAR

— Monsieur le président, nous avons perdu Alpha et… une biologiste.

— Comment cela a-t-il pu se produire ? Et qu’est-ce qu’une biologiste a à voir là-dedans ? Est-ce que l’appareil a explosé ?

— Euh… Non, monsieur. Alpha est bien passé et Aïcha la biologiste s’est engouffrée derrière lui. Nous n’avons rien pu faire, elle nous a prise de court.

— Mais Alpha a un transpondeur, n’est-ce pas ? On peut le localiser.

— Non, monsieur. On est confronté à deux hypothèses : soit que le transpondeur est détruit d’une façon ou d’une autre, soit ils ont quitté la Galaxie et on ne peut plus capter le transpondeur.

— On ne peut pas leur en envoyer un autre ?

— L’appareil est fragile, monsieur. Si on le jetait par la porte, il se casserait de l’autre côté.

— Mais bougre d’imbécile, vous n’avez qu’à le conditionner comme un paquet fragile. De plus, vous pouvez le faire glisser et non le jeter.

— C’est vrai, où avions-nous la tête. On le fera, monsieur le président.

— Et tant que vous y êtes, activez-le déjà avant de l’envoyer.

— Moi à leur place j’aurais envoyé un automate avec une caméra.

— Gros balourd ! Et qu’est-ce qu’Alpha sinon un automate sophistiqué avec des yeux ?

— Mais c’est un prototype qui vaut une fortune.

— J’ai entendu dire que la roboticienne voulait le tester sur le terrain. Tu constates que les ondes ne passent pas la porte, sinon il nous aurait déjà transmis un quelconque message. Il est sûr qu’il ne reviendra pas par là, ne sachant pas le code de cette planète. Voilà pourquoi le transpondeur est vital pour pouvoir récupérer ce robot.

 

— Monsieur le président, nous sommes arrivés sur la planète où l’on a localisé le transpondeur. Nous sommes en butte à des indigènes hostiles et nous avons utilisé nos paralyseurs, mais ils sont entêtés et déterminés à nous chasser. Nous avons trouvé le transpondeur près de la porte, mais aucune trace d’Alpha ni d’Aïcha. Leur appareil a donc été détruit.

— Ne pourrait-il pas avoir oublié de l’activer ?

— Un robot oublier ? C’est impossible, monsieur. À moins évidemment qu’il en ait été empêché.

— Se pourrait-il qu’ils aient été fait prisonniers ?... Non, Alpha n’aurait fait qu’une bouchée de ces indigènes.

— Mais monsieur, et la première loi ? Alpha aurait été incapable de leur faire le moindre mal.

— Hum… Ah oui, un robot ne peut porter atteinte à un humain, ni par son action ou inaction mettre un humain en danger. Bon, cherchez-le par la sonde magnétique, une telle masse métallique est facilement repérable. Et s’il s’est tenu à son programme, vous devriez localiser un drone cartographe en orbite. Récupérez-moi ça aussi.

*

Aïcha et Alpha débouchèrent dans une caverne sombre remplie de stalagmites et de stalactites scintillants. Dehors, un gigantesque soleil orange les accueillit. Le paysage était magnifique à sa manière. Tout avait une teinte modifiée par la lumière orangée. La terre paraissait plus rouge, l’herbe avait une pâleur presque maladive, l’eau de la rivière avait des reflets rosés. Au loin s’étalaient les vastes ruines d’une gigantesque cité vers laquelle menait une route sinueuse.

— Je ne pense pas que nous trouvions quoi que ce soit de vivant ici.

— Qu’en sais-tu ? Nous venons à peine d’arriver et nous sommes peut-être tombés sur une région abandonnée.

— Je le sais, c’est tout.

— Ah un robot medium maintenant !

— Mes détecteurs indiquent un taux de radioactivité important. Les habitants s’étaient certainement détruits dans un holocauste nucléaire.

— N’importe quoi ! La guerre a pu être localisée. Tu as encore un drone dans ta manche ? On en aura le cœur net.

— Inutile, cette planète ne sera habitable qu’après quelques siècles, le temps qu’elle se guérisse d’elle-même.

— Bon, je n’insiste pas. Que faisons-nous alors ?

— On va attendre la nuit.

— Pour quoi faire, bon sang ?

— Je dois enregistrer la configuration des constellations et repérer des quasars ainsi que des pulsars. On pourra ainsi avoir une idée de notre position par rapport à la Galaxie. Et peut-être revenir ici plus tard… bien plus tard.

— En attendant, j’ai faim… et soif.

— Moi aussi…

— Pardon ?

— Euh… Je veux dire que je dois me régénérer.

— Sais-tu que tu es vraiment très spécial comme robot ?

— Je sais. Je vais analyser l’eau de la rivière, on… vous pourrez peut-être étancher votre soif.

— Dis donc, mais tu as aspiré l’eau par ta bouche, c’est dégueulasse ! Tu veux qu’on fasse du bouche-à-bouche ?

— Nous n’avons pas de récipient, et je vous assure que ma bouche, comme vous dites, est parfaitement stérile et propre.

— Bêêêh… Heureusement que personne ne nous voit.

— Désaltérée ?

— Oui merci, mais tu as aspiré beaucoup plus d’eau si je ne me trompe.

— Ah oui, je vais la rejeter.

— Un pénis ! Pousser l’anthropomorphisme jusqu’à sa limite, ces roboticiens sont des farfelus. Eh mais elle est jaune !

— Euh… La tuyauterie est peut-être un peu rouillée.

— Ah ouais ? Mais j’ai faim, moi. Et si tu goûtais à ces fruits là ?

— Bonne idée, attendez que je les analyse.

— Heureusement je n’ai pas à faire le bouche-à-bouche.

— Je me sens sale et je pue la sueur. Je vais me baigner, tiens.

— Quoi ? Mais on ne sait s’il y a des créatures dangereuses dans l’eau.

— Je sens que j’ai encore ma faculté de détecter les créatures vivantes. Il n’y a rien.

— Vous allez vous baigner toute nue ?

— Ben oui, pourquoi ? Ah et un robot pudique, un ! C’est une puritaine qui t’a programmé ?

— Il faut s’en aller maintenant.

— Mais je voudrais dormir, juste encore un peu, s’il te plait.

— Vous avez eu cinq heures de sommeil. Si on s’expose plus longtemps à la radioactivité, ça peut être dangereux. Allez, on part.

 

Avec réticence, la jeune femme suivit le robot en traînant des pieds, abandonnant avec regret le douillet nid d’herbes odorantes confectionné par Alpha. La lampe frontale du robot les guida vers la porte. Alpha composa le code, toujours la première séquence, et ils passèrent le portique. Ils entrèrent de plain-pied dans une vaste salle de conférence où quatre personnes discutaient. Un peu surpris, ces derniers se tournèrent vers les visiteurs et les dévisagèrent sans vergogne. Ils avaient l’aspect humain, quoique différents à certains détails. Ils étaient longilignes, de teint légèrement foncé, le front très haut ou plutôt une calvitie avancée avec une tête un peu grosse, un petit nez et des lèvres très minces.

 

Dès leur apparition, une discrète sonnerie avait retenti et des robots armés avaient fait irruption. Après un instant de flottement, ils avaient braqué leur arme sur les intrus. La surprise passée, un des notables les apostropha.

— Qui êtes-vous et d’où venez-vous ?

— Vous devriez savoir d’où nous venons. Vous n’avez pas vu les voyants des codes ?

— Jeune femme, ayez la bienséance de faire taire votre robot. Nous avons été surpris et n’avons pas pensé regarder les voyants. Je répète donc…

— Moi c’est Aïcha, et lui c’est Alpha. C’est lui l’expert, moi je ne suis qu’une accompagnatrice. Nous venons d’une planète peut-être ravagée par une guerre nucléaire…

— Ah Golfa ! Nous connaissons, mais vous n’en êtes pas originaires, il y a des siècles que cette planète est stérile.

 

A suivre

RAHAЯ

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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