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TETES PARLANTES - 1/5 - RAHAR

Pourquoi cette photo de ma ville natale Brest détruite par la Seconde Guerre mondiale ? A cause de l'or du port ! Je laisse ceux qui ne sont pas informés aller se renseigner sur ce qui constitue un scénario digne des plus noirs "polars" (clic !) ... Est-ce l'affaire Troadec, horrible et véridique fait divers tout récent et drame de la cupidité, qui a rappelé à maître Rahar cette histoire que je me souviens d'avoir lue mais je ne me souvenais plus de tout ni de comment cela se terminait ? La fascination de l'or et des pierres précieuses peut rendre fou et faire perdre toute humanité. Merci, Rahar, pour cette palpitante nouvelle.
Note de Lenaïg

TETES PARLANTES - 1/5 - RAHAR

Je ne sais si Billy va s’en sortir. Je ne peux même pas prier. En fait, je ne SAIS pas prier. La dernière fois que je suis entré dans une église, c’était au mariage de ma cousine, il y a de cela trois ans. Ce n’était pour moi qu’une formalité. Je ne me suis jamais posé de question sur l’existence de Dieu… ou même d’un dieu quelconque. Ce que je sais, c’est qu’il y a des phénomènes sortant du naturel, et que la science ne peut pas encore les intégrer dans ses théories. Ce qui arrive à Billy entre sans doute aucun dans la catégorie du supranormal. Mais je dois débuter par le commencement.

Je suis journaliste dans un grand quotidien. Compte tenu de son caractère indépendant, Billy est devenu freelance et propose souvent des articles à notre journal. D’après ce que je sais, sa ligne de vie a sinué de part et d’autre de la frontière de la légalité. Pas vraiment de quoi fouetter un chat, mais à jouer constamment avec le feu, on finit par se brûler.

Un reportage en Amazonie sur les indiens déplacés lui a valu renommée et fortune, les média s’arrachant son article. Les compagnies forestières n’ont pas pu le bâillonner malgré menaces et attentats. Sur sa lancée, il m’a proposé — ou plutôt à mon rédacteur en chef — de faire une série de reportages sur les tribus encore inconnues de l’Enfer Vert.

Et voilà comment on se retrouve sur les bords du Pirarucu. Mais je vais trop vite. A Belém, nous avons embauché un guide caboclos, le meilleur paraît-il, et avons affrété une petite embarcation à fond plat. Deux porteurs nous ont accompagnés. On est allé rejoindre l’Amazone via Macapà, puis on a remonté le fleuve géant. En passant par le rio Tapajos, nous avons rejoint le rio Juruena. Nous avons alors commencé nos recherches en plein Matto Grosso, du côté de le Bolivie.

Je ne parle pas de la marche épuisante à travers la forêt, sous la moiteur étouffante. Les nuées de mouches et moustiques n’ont pas facilité notre avance. Une fois, une mygale, jaillissant comme un diable de son terrier, s’en est pris à ma godasse pendant une pause. Heureusement, le cuir est de bonne qualité et les crochets l’ont à peine entamé ; mais le poison a fait une tache jaunâtre indélébile.

C’est après trois jours de marche infernale que les sens du guide nous avertissent que nous ne sommes pas seuls. Ombres fugaces, bruissements quasi imperceptibles, silence brusque des oiseaux, fuite d’insectes. Évitant tout comportement inconsidéré, nous continuons à avancer, nous attendant à tout instant à un contact. Et alors, en débouchant dans une petite clairière, nous les avons vu, nous attendant tranquillement. De petite taille, seulement vêtus d’un étui pénien en bois, les cheveux coupés en bol, ils nous considèrent avec l’impassibilité de statues et apparemment sans agressivité. Ils sont nonchalamment appuyés sur leurs sarbacanes. Leurs éclaireurs nous ont probablement jugés non hostiles.

Après essai de divers dialectes, le guide a fini par trouver un idiome bâtard lui permettant de communiquer tant bien que mal avec les Tupiris comme ils se nomment. Absorbé par la prise de photos — on dirait que ces indiens sont blasés et ne montrent aucune curiosité — j’ai mis un certain temps avant de m’apercevoir que Billy était fasciné par le collier que portaient certains individus. Intrigué, j’examine un collier. C’est une tresse de liane qui emprisonne des pierres vertes. Mazette, des émeraudes ! et de taille exceptionnelle ! Elles ne sont pas taillées bien sûr, mais je sais que Billy est un connaisseur.

C’est à partir de là qu’a commencé notre malheur. Mais j’anticipe. Les Tupiris, manifestement hospitaliers, nous emmènent à leur village. On devrait plutôt dire leur habitation, un immense bâtiment communautaire sur pilotis, aux murs et toit de feuillage, parfaitement intégré à la forêt. Une marmaille joyeuse nous fait fête, mais curieusement sans vacarme : pas de cris, pas de hurlements. Il semblerait que la discrétion soit de règle et que les cris ou les appels soient exceptionnels. En fait, pour attirer l’attention de quelqu’un au loin, les Tupiris font appel à un sifflement modulé évoquant un oiseau, mais un oiseau mythique. Ils appliquent bien l’adage « pour vivre heureux, vivons cachés ».

Ces indiens ont parfois de rares contacts avec d’autres clans, et notre accoutrement occidental ne leur paraît pas plus curieux que celui de certaines tribus qui, semble-t-il, portent l’extravagance à son sommet. Les Tupiris eux, vivent pratiquement nus, ce qui est pratique dans la chaleur moite de la forêt. Les vieilles femmes portent un pagne. Leur seule coquetterie consiste en fleurs dans les cheveux des femmes et une ou deux plumes d’ara dans ceux des hommes.

A suivre

RAHAЯ

 

Illustration : clic !

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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