Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Nez à nez avec son passé - Chapitre 2 - Lenaïg romanesque

Nadine accepta le toast mais trempa juste les lèvres pour une gorgée de champagne, ne sachant pas du tout ce qu’elle devait célébrer. Elle se concentrait sur ces fameuses photos de classe, ayant parfois du mal à se situer elle-même dessus, car sa mémoire semblait réticente à lui laisser l’accès aux souvenirs qu’elle avait, inconsciemment ou pas, décidé d’occulter …

Et elle le cherchait aussi, lui, qui ne s’était pas encore nommé. A deux reprises elle désigna un élève et se trompa !

 

Il consentit à lui révéler qu’il n’était pas présent sur toutes les photos, ce qui l’alerta. Nadine voulut savoir alors pourquoi il était en possession de celles de toute sa scolarité secondaire et obtint une réponse qui n’en était pas une :

« S’il te plaît, continue encore un peu à me chercher ; si tu me trouves au moins sur l’une d’entre elles, je te dirai pourquoi je les ai ! D’ailleurs, ce ne sont que des copies. J’ai aussi les originales où je figure, mais je ne te présente que des copies pour ne pas te faciliter la tâche ! »

 

Et Nadine, qui croyait s’être bâti une carapace d’indifférence, d’ambition sans état d’âme, qui pensait avoir définitivement tiré un trait sur son passé, se sentait de plus en plus déboussolée. Elle tenait à atteindre l’objectif que lui fixait l’inconnu, ne voulant s’avouer battue mais pour une fois depuis fort longtemps, cela lui était très difficile, sa capacité de concentration constamment troublée par l’incompréhension, la perte totale de la maîtrise de la situation, des interrogations diverses qui lui traversaient l’esprit : avait-elle affaire à un maître-chanteur, un menteur, un assassin en puissance ?

Elle tenta une pauvre ruse, convaincue de frapper au hasard : « Tu m’as bien dit que ton prénom, c’est Thomas ? »

 

Elle s’attendait tout au plus à un sourire moqueur et une répartie du genre : « Bien essayé, mais non, raté ! Je ne me suis pas nommé ! » La réaction fut tout autre, l’inconnu se troubla : « Ben ça alors ! J’ai donc laissé une petite trace dans ta mémoire ? J’avais soigneusement évité de te donner mon nom ! Bon, écoute, tu marques un point, attends, je te retire les photos qui ne me concernent pas, concentre-toi uniquement sur celles-ci.»

 

Le trouble de l’inconnu la galvanisa. Tout à coup la sensation de danger disparut. Nadine n’avait plus entre les mains que les photos des classes de cinquième, quatrième et troisième. Entre l’homme adulte au visage ferme et plutôt anguleux et les gamins aux joues rondes qu’elle passait en revue, il fallait faire appel à des dons de physionomiste dont elle ne pensait pas disposer, elle, la femme pressée, qui ne regardait jamais en arrière et qui détestait les photos, du moins les portraits !

 

 

Elle se mit à savourer son champagne en croquant dans les tomates cerises et les pistaches proposées en accompagnement, découvrant du coin de l’œil « son » Thomas qui se détendait, s’enfonçant comme avec soulagement dans le fauteuil en face. Thomas, Thomas, comment ce prénom s’était-il imposé à elle, en plein dans le mille ? Loin de faire revenir l’inquiétude, cette pensée sans réponse lui apportait une excitation joyeuse et une impression bizarre, non pas de déjà vu mais de satisfaction proche, celle qu’on éprouve lorsqu’il ne reste plus qu’à assembler les dernières pièces d’un puzzle.

 

A suivre

 

Lenaïg

Article programmé
Source de la photo : au chapitre 8
.

Tag(s) : #Nouvelles - Lenaïg - A la ville - à la campagne

Partager cet article

Repost 0