Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Défi des Croqueurs de mots  n° 175, Jeanne à la barre : La touriste - Lenaïg

Pas d'allusion à l'actualité a demandé Jeanne aux Croqueurs de Dômi... Ai-je bien compris ? Pas de querelles de clocher, pas d'agitation frénétique autour d'une échéance politique. Hum, chère Jeanne, tu vas être servie ...

La touriste

Défi des Croqueurs de mots  n° 175, Jeanne à la barre : La touriste - Lenaïg

La touriste, était-ce moi, ce soir-là dans un charmant petit restaurant de Casablanca, dans la douceur du soir et l'air de la mer, la nuit tombante apportant une relative fraîcheur après un jour d'août torride ? Mon petit groupe d'amis et moi étions joyeusement attablés devant un immense plateau de fruits de mer auquel nous faisions un sort ! Au dessert, mon bien-être fut subitement interrompu par une crampe au ventre et quelques gargouillis inquiétants. Je priai mes amis de m'excuser et me dirigeai sans vouloir trop me presser, pour donner le change, vers les toilettes ...

Las ! C'était occupé ! J'attendis presque cinq minutes mais le besoin se faisait de plus en plus pressant et je finis par tambouriner à la porte, signalant l'urgence de la situation ... Une voix masculine me répondit, désolée, que l'affaire n'était pas terminée mais qu'il y avait des toilettes publiques non loin, bien entretenues, qu'il me suffisait de glisser quelques dirhams dans la fente et je serais tranquille ! Je pensais subir une première humiliation en repassant devant mes amis pour sortir, devant leur expliquer la raison de ma sortie impromptue mais ils étaient si absorbés par leur conversation, qu'ils firent à peine attention, l'une d'entre eux me mettant en garde d'un éventuel manque d'éclairage et de revenir chercher de l'aide si c'était le cas.

Ah oui, le panneau, déjà, était bien éclairé mais il annonçait que les "WC" se trouvaient à 70 m ! Je courus comme je pus, cramponnée à mon petit sac à main contenant sa provision de mouchoirs en papier, au cas où ... Ouf, oui ! les lieux étaient propres et approvisionnés. Mais la bienséance me conseille de ne pas insister sur ce qui se passa ensuite. Il suffit de savoir que mon malaise augmenta et je remplis l'espace d'odeurs insoutenables et de ... manifestations sonores pittoresques dans leur diversité. Epuisée, hébétée, en sueur, je restai un moment assise. C'est alors que la même voix que tout à l'heure retentit : "Tout va bien là-dedans ? Vous êtes la demoiselle du restaurant ? J'ai bien compris l'urgence, vous êtes victime, comme moi, de la TURISTA !" Et voilà où je voulais en venir : ce n'est pas moi, touriste, l'héroïne de cette histoire, c'est elle !

Nécessité oblige, la réserve de papier des toilettes publiques connut une sévère coupe sombre avant que je ne me résolve à sortir, honteuse au-delà de toute description ... Le jeune homme, point du tout goguenard, plein de sollicitude me prit  le bras pour me reconduire au restaurant et rejoindre mes amis tout surpris ! Je me jetai sur une chaise, je devais être livide et le jeune homme, que je me souvenais maintenant, en effet, d'avoir croisé à l'auberge de jeunesse où nous logions, se chargea de la communication avec mes amis tout en commandant une bouteille d'eau minérale pour me faire avaler des cachets. Comme aucun de mes amis ne manifesta de malaise, comme j'avais jusqu'à présent été prudente sur les boissons que je prenais, pas d'eau inconnue bue à une fontaine par exemple, rien que des sodas à décapsuler -ce qui n'avait pas été le cas du jeune homme et ce qui expliquait qu'il disposait de cachets-, nous en tirâmes la conclusion que j'avais eu la malchance de gober une mauvaise huître, la seule de tout le plateau. Les restaurateurs navrés apportèrent un thé à la menthe bien réconfortant et les cachets commencèrent à faire leur effet.

Il m'en coûte vraiment, je suis obligée de remercier cette TURISTA qui, après m'en avoir fait voir de toutes les couleurs et être restée traîner le jour d'après, même tenue en respect, m'a permis de rencontrer mon futur mari ! Cette conclusion est, bien sûr, un raccourci mais je ne tiens pas à épiloguer. Si nous en reparlons entre nous ou avec les vieux amis, nous évoquons la réalité mais avec d'autres interlocuteurs nous restons en général pudiques sur les circonstances exactes de notre rencontre, qui manque de poésie. La poésie s'installa entre nous dans les jours qui suivirent l'incident, où nous fîmes connaissance en visitant cette belle ville à la fois occidentale et orientale, entre le soleil de plomb et les palmiers.

Lenaïg,
qui n'est pas cette jeune fille, qui ne mange pas d'huîtres, qui a la chance de ne jamais avoir contracté la turista lors de ses voyages mais qui a été rattrapée par une gastro carabinée au cours de l'hiver il y a deux ans et a pu imaginer ...

Défi des Croqueurs de mots  n° 175, Jeanne à la barre : La touriste - Lenaïg
Tag(s) : #Jeux

Partager cet article

Repost 0