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LES GARDIENS DU SAVOIR - 2/7 - RAHAR

J’ai été alerté par un détecteur-analyseur de mouvement. D’après le signal, l’intrusion s’est passée à deux kilomètres. Les quadrupèdes sont ignorés, la marche bipède très caractéristique des quadrumanes est chaloupée et transitoire, et le programme n’en tient pas compte ; de toute manière, aucun animal ne se déplacerait sur des espèces de bicyclette, donc trois humains sont entrés dans la zone. On ne peut pas dire que c’est accidentel, des cartes figurant les zones radioactives ont été largement distribuées au début de la Grande Restructuration, et depuis, on apprend aux gens, dès l’enfance, à les éviter.

J’active le mouchard du nord-est ; c’est la première fois en deux siècles, et pas à dire, le matériel militaire est fiable. À l’écran, je vois une femelle et deux mâles. Ce qui me conforte dans l’idée que leur venue est délibérée, c’est le petit compteur Geiger que l’un d’eux a fixé à sa ceinture : il leur sert à vérifier justement l’absence de radioactivité. D’après leur accent et leur accoutrement, des tuniques de lin écru sans col et des pantalons amples, ils viennent de la cité de Friy. Je sais que cette ville est un précurseur, mais il ne faut pas que ses progrès soient trop rapides, car c’était la précipitation, une course effrénée à la technologie qui avait été la principale cause de la chute de la civilisation précédente.

Pour être franc, je ne sais pas si ces gens méritent d’accéder à la base, mais s’ils réussissent à y entrer, je suppose qu’ils ont atteint le stade idoine. Donc, je ne vais pas les entraver, mais je ne vais pas non plus les aider. Je dois me contenter de les observer… et de n’intervenir qu’en cas de risque de catastrophe.

*

« Je vous dis que j’ai l’impression qu’on nous observe.

— Allons Nèfe, cette zone est censée être radioactive, personne à part nous, qui savons la vérité, n’oserait y pénétrer. N’est-ce pas Ram ? Et évidemment les animaux comme cette belette là-bas par exemple, ne savent pas ce qu’est la radioactivité.

— Ben, ce que tu dis est logique, Aken. Mais je connais bien Nèfe, et j’ai tendance à me fier à son intuition.

— Très bien, supposons que d’autres petits malins se sont rendu compte que la zone était saine, ils se le seraient appropriés, et ils verraient d’un mauvais œil l’arrivée d’intrus. Ils se montreraient pour nous le dire en face.

— Mais Aken, c’est NOTRE façon de faire. Ce n’est pas forcément celle d’autres gens. Ils nous observent d’abord pour nous évaluer, avant d’agir. Ils pensent peut-être que nous sommes l’avant-garde d’une invasion et jouent la prudence.

— Nous n’avons pas d’arme, Nèfe. Il est évident que nous sommes pacifiques.

— Eh bien, Nèfe n’a pas tout à fait tort, mon cher Aken. Tu es un peu… hum, naïf, tu devrais partir plus souvent en mission, pour te rendre compte d’autres réalités… Enfin, restons optimistes et continuons notre mission en espérant qu’on ne nous criblera pas de flèches par derrière.

— Tu n’es pas drôle, Ram protesta la rha-compteuse. »

 

Le Grand Maître Bricoleur avait exposé au Conseil la découverte du dessi-maître Ram. Les membres de l’auguste assemblée étaient alléchés par la liste dressée par le colonel John Doe, mais leur principale objection, outre le fait qu’il était impossible d’enquêter sur l’auteur pour juger de sa fiabilité, avait rapport au temps : il était fort peu probable que des artefacts du lointain XXIe siècle eussent traversé sans dommage les siècles. Le Grand Maître avait quand même argué, qu’à défaut d’appareils, on pourrait bien tomber sur leurs schémas ou des documents permettant leur reconstruction.

Le Conseil, dont la majorité des membres était sceptique, consentit à autoriser une expédition, mais réduite, alors là, vraiment réduite ; le moyen d’honorer les commandes des autres cités était trop important pour distraire des techniciens du programme. Le Grand Maître Bricoleur désigna donc Ram Sèce et Aken Atton pour chercher et explorer cette fameuse Zone Sincantéen. Ces deux jeunes venaient d’être promus dessi-maître, Aken par la voie normale, et Ram pour service rendu à la cité1, et leur manque d’expérience pouvait les dispenser d’étoffer les équipes travaillant sur le programme du moment. À la demande, bien argumentée, de Ram, son supérieur intercéda auprès du Grand Maître Compteur pour adjoindre une rha-compteuse, en l’occurrence Nèfe Hertary, à l’expédition, laquelle serait chargée de la localisation précise de la Zone Sincantéen.

Aken était évidemment plus âgé que Ram, mais du fait de ses aventures, celui-ci était peut-être plus dégourdi et méritait largement sa promotion. En bricoleur à l’esprit logique, Aken ne trouvait aucune injustice à cela. La destination étant éloignée d’un millier de stades, les trois jeunes gens réquisitionnèrent donc des bicyclettes, rudimentaires peut-être, mais robustes, légères et fiables.

Avec une rigueur toute scientifique, Aken s’était chargé d’un compteur Geiger pour s’assurer que la zone n’était vraiment pas radioactive. Nèfe avait emporté un atlas géographique de la région. Ram avait une petite sacoche en bandoulière, mais personne ne savait ce qu’elle contenait, ni même la rha-compteuse.

 

Les trois Friyens pénétrèrent dans l’enceinte délimitée par les vestiges à peine discernables d’une barrière de grillage rouillé. Il leur fallut encore rouler sur cinq ou six stades, avant d’atteindre les ruines de quelques bâtiments encore debout, au milieu de candélabres épineux qui avaient colonisé le terrain ingrat. Nèfe n’était pas tranquille, elle avait toujours l’impression d’être observée. Elle jetait des regards soupçonneux aux alentours.

Ils appuyèrent leurs cycles contre le mur du plus vaste bâtiment, et se préparèrent à y entrer, cet édifice à étage cachait certainement l’entrée des structures souterraines. Alors qu’Aken faisait machinalement un panoramique, son œil accrocha, l’espace d’une fraction de seconde, une tête au coin du plus loin édifice, à environ un demi-stade. Il ouvrait déjà la bouche pour alerter ses compagnons, mais la tête avait disparu. Il se dit que le soleil qui tapait fort, provoquait peut-être des hallucinations. Il se tut donc, de peur qu’on se moquât de lui, il n’était pas vraiment sûr de ce qu’il pensait avoir aperçu.

1 Voir Le fort du bout du monde

 

A suivre

 

RAHAЯ

LES GARDIENS DU SAVOIR - 2/7 - RAHAR

Photos du net.

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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