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L'ENVERS DE MOEBIUS - 1/7 - RAHAR, à suivre !
L'ENVERS DE MOEBIUS - 1/7 - RAHAR, à suivre !

À douze ans, Sally était une petite fille turbulente et hyperactive. En apparence, elle ne faisait que des bêtises, mais un psychologue perspicace constaterait qu’une curiosité insatiable servait à alimenter une intelligence vive. À l’école, ses excellentes notes ne lui évitaient pas les punitions pour impertinence et arrogance. Les bêtises n’étaient que de l’expérimentation, car l’apprentissage ne se faisait pas sans erreurs, ce qui était normal. Elle n’était pas une petite fille obéissante et sage, elle rechignait à aider sa mère, et ce qu’elle abhorrait par-dessus tout, était de faire la vaisselle ; elle harcelait son père pour qu’il achetât un lave-vaisselle et un aspirateur automatique, mais elle ignorait qu’il y avait des dépenses prioritaires.

Cette année-là, les Deferre étaient partis en vacances à la montagne, chez le cousin paternel du père. Le médecin de famille avait préconisé l’air pur d’altitude pour Phil, le petit frère de Sally. Bien que les amies de la petite fille fussent toutes à la mer, Sally réprima sa frustration et estima alors que sa perspicacité allait trouver un nouveau champ d’action dans cet environnement.

Un matin, après le déjeuner, tandis que ses parents discutaient encore du programme de la journée, Sally était partie en exploration, en panty et sweat-shirt, alors que la brume d’altitude n’était pas encore dispersée, une besace contenant une galette de maïs, une grosse portion de fromage et une demi-plaquette de chocolat, en bandoulière. Elle avait repéré la veille un éboulis prometteur, susceptible de renfermer des trésors de connaissances géologiques, minéralogiques et biologiques.

Dans cette région, l’élément le plus féroce de la faune était le frelon… et encore, quand on le taquine. Les escapades de leur fille n’inquiétaient donc pas les Deferre, ils s’étaient faits aux fantaisies de la gamine, en fait, une manière d’exercer son intelligence vive ; ils étaient assurés de son retour vers midi, motivée par les plaintes de son estomac.

Sally arriva à l’éboulis et s’arrêta pour le contempler. L’exaltation la prit, ce serait autrement plus intéressant que de longer les plages et ramasser des coquillages pour les répertorier. Elle entreprit résolument son exploration. De près, son esprit analytique constata que l’amas de pierres était instable. La petite fille se dit que cet éboulis représentait un danger. Avec détermination, elle choisit une pierre à enlever pour faire s’écrouler le tas. Ramassant un caillou, elle se recula pour éviter tout accident, et lança le caillou en visant la pierre maîtresse.

 

Midi était passé. Habituellement, la petite Sally arrivait quelques minutes avant en harcelant sa tante dans la cuisine. Mais pas toujours. Les Deferre, le père, la mère et le petit garçon, étaient partis en randonnée et étaient revenus pour déjeuner. À la demie, la maisonnée plongée dans quelque discussion passionnante, ne s’était pas encore inquiétée de l’absence de la gamine. Ce fut seulement quand la tante apporta le dessert, une salade de fruits à la crème chantilly, que l’on pensa à Sally. En principe, il n’y avait rien à craindre, dans la contrée, pas de bête dangereuse, pas de vagabond… L’estomac de la gamine était assez capricieux, bien qu’elle fût en pleine croissance, mais Sally ne raterait pas le dessert pour rien au monde. La mère souleva l’hypothèse d’un trou caché par la végétation, la tante avança l’idée d’un éboulement… Les hommes se mobilisèrent pour chercher la petite.

Le père et l’oncle avaient bien vu un tas de pierres écroulées, mais ils n’avaient vu qu’une sorte de niche d’à peine une cinquantaine de centimètres de profondeur. Ils ne tombèrent sur aucun trou ni crevasse, et ils arrivèrent au village sans rencontrer personne. Ce jour-là, le bourg n’avait reçu aucun visiteur, aucun véhicule ne l’avait traversé. Les recherches durèrent trois jours. On avait même envisagé l’enlèvement par des extraterrestres. La petite Sally avait disparu sans laisser de trace. Les parents culpabilisaient, ils estimaient que quelque lacune de leur éducation avait fait de leur fille une gamine insupportable. Peut-être avaient-ils donné plus d’importance au petit Phil, et leur fille s’était sans doute sentie délaissée. Les années passèrent, les Deferre s’étaient résolus à faire le deuil de leur petite Sally.

 

A suivre

 

RAHAЯ

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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