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L'ENVERS DE MOEBIUS - 4/7 - RAHAR

Après le dur labeur, elle dut supporter le babillage de Vindeu, dans leur box. Une partie de son esprit sélectionnait automatiquement ce qui était intéressant, ce qui s’avérait négligeable, en fait. En même temps, elle élaborait un plan d’exploration rationnelle, en commençant par le rez-de-chaussée. Elle attendit patiemment que Vindeu sombrât dans les bras de Morphée, en simulant elle-même le sommeil.

D’après ce que Sally avait pu tirer de sa coloc, autant que celle-ci savait, il n’y avait aucune porte ouvrant sur l’extérieur, au rez-de-chaussée, et les fenêtres étaient à cinq-six mètres de hauteur. Pourquoi donc cette anomalie ? Mais si on avait pu l’introduire ici, il y avait un moyen de sortir. Et puis, on devait bien faire entrer les céréales et faire sortir les pâtes quelque part.

C’est en déambulant à travers la maison qu’elle se rendit compte que tout le monde ne dormait pas, et elle faillit se faire pincer par des travailleurs nocturnes. Les couloirs étaient éclairés par les cierges des appliques murales. On semblait ignorer l’électricité, ici. Sally constata qu’une grande partie du rez-de-chaussée servait à stocker les céréales ; un ingénieux système de circulation d’air sec préservait les grains. Les minoteries occupaient une autre partie ; un réseau de canalisations amenait la farine vers les transformateurs de pâte. Le travail ne s’arrêtait jamais, et il y avait certainement des roulements.

Sally remonta. Le premier étage était essentiellement réservé aux dortoirs, aux réfectoires et aux cuisines. La jeune fille n’y passa pas plus d’une demi-heure, il n’y avait rien d’intéressant. Elle grimpa au deuxième étage en s’efforçant d’éviter toute rencontre. Elle se rendit alors compte que c’était l’étage de l’administration. Comme en bas, aucune salle n’avait de porte, certaines avaient tout au plus un rideau de graines ou de tissu. En jetant quelques coups d’œil, la gamine vit des fichiers métalliques, des dossiers sur des bureaux, des coffres ; elle ignorait si ceux-ci contenaient de l’argent ou quelque sorte de monnaie. Elle ne vit aucune machine électrique, ou mécanique, juste des bouliers. Elle savait pertinemment qu’un virtuose du boulier pouvait rivaliser avec un habitué de la calculette ; dans sa classe, il y avait une petite Japonaise qui préférait son soroban à la machine à calculer.

En feuilletant quelques dossiers, Sally sut que la matière première provenait d’autres maisons, et les pâtes produites étaient envoyées à une maison s’occupant du dispatching. Mais il n’y avait aucune indication du moyen de transport, ce qui intrigua la jeune fille. Elle vit également que la Maison recevait des quartiers de viande et de la charcuterie d’une autre maison, lesquels étaient stockés à ce même étage. En fait, les maisons tenaient lieu de villes, dans ce monde-ci, mais c’étaient de véritables super-organismes, les gens étaient réellement dépendants les uns des autres, comme une grande famille.

Au cours de son exploration, Sally traversa la zone de stockage. Un système très habile jouant sur la dynamique des fluides, créait un courant d’air sec et frais contribuant à la conservation des denrées. À sa surprise, elle vit quelques magasins saccagés, des débris de viande et de charcuterie étaient éparpillés. Elle découvrit des traînées de ce qui était indubitablement du sang séché, ce qui la rendit perplexe. On s’était visiblement battu, dans ces salles vandalisées. Mais ce qui l’intriguait au plus haut point, était la découverte de plumes noires. Elle n’était pas versée en ornithologie, mais elle savait au moins que ce n’étaient pas des plumes de poulet. Et d’après les salles qu’elle avait vues, elle avait extrapolé que la Maison n’importait pas de volaille.

 

A suivre

 

RAHAЯ

 

L'ENVERS DE MOEBIUS - 4/7 - RAHAR

Illustrations :

  • Ouaaah, le voilà le couloir aux fenêtres en hauteur, éclairé aux bougies et Sally qui y déambule, pas du tout somnambule ! Mais on va dire que les bougies sont protégées par des chapeaux de verre et solidement arrimées au sol, sinon, c'est bien trop dangereux, ça ! N'empêche, quelle intensité dans cette photo : http://she-is-kee.blogspot.fr/2011/11/festival-of-lights.html
  • Plumes de ... ?, image capturée tant bien que mal et agrandie, pas vu les références.

Note de Lenaïg

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