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Nouvelle complète ! Du mystère à l'échelle humaine, pas d'exploration très loin dans les étoiles sur des planètes inhospitalières, cette fois Rahar nous garde sur la Terre et les amies Victoria, Eliane, Josette ne seront pas frustrées par une histoire à suivre qui à chaque épisode les laisse sur leur faim ! Je n'affirmerai pas que Rahar a pensé à elles, non bien sûr, mais je sais qu'il tient compte des remarques de son lectorat, alors ... Il va nous plonger dans l'univers des dames de compagnie et, en écho, je ne sais pas vous mais moi j'ai en tête des dames de compagnie célèbres, comme la Jane Eyre de Charlotte Brontë, ou encore la Rebecca de Daphné du Maurier. Nous allons faire connaissance avec Clara Beyle, jeune femme du XXIe siècle. Rahar soigne ses prénoms et noms de famille, je m'en réjouis à chaque fois : ici moi j'y vois s'y superposer la dynamique et joyeuse silhouette de Clarabelle Cow, l'amie de Mickey et aussi l'ombre romantique de Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle !

Note de Lenaïg, qui n'est pas Rahar, quoi qu'on puisse encore croire !
Rahar est l'un de mes très estimés colocataires de blog ! Comme tous les autres lecteurs, j'ai le plaisir de découvrir à chaque fois à quelle sauce il nous mange ! C'est mon commentaire que j'ai le privilège de placer ici, en présentation de l'histoire.

LA DAME DE COMPAGNIE - RAHAR

Clara Beyle jeta un dernier coup d’œil dans le miroir. Une mise modeste mais propre, un tailleur sage et terne, un chignon sévère et des lunettes d’écaille, un sac gris défraîchi. Elle était satisfaite, elle était prête. Elle sortit du petit studio aussi spartiate et stérile qu’une chambre d’hôtel sans étoile, loué depuis juste une semaine. Elle prit le bus en direction de la zone résidentielle.

La villa de Burt Lantasker ne se démarquait pas des autres habitations cossues, sauf peut-être par le petit ruban noir qui pendait à la porte d’entrée et que personne n’avait pris la peine d’enlever. Cette marque indiquait que le propriétaire avait été en deuil. Clara le savait, voilà pourquoi elle avait attendu un mois, avant de venir. Le majordome stylé la détailla de la tête aux pieds avec un regard sans complaisance. Ce qu’il vit dut le satisfaire, car il la fit attendre dans le petit salon.

Bien qu’elle se fût attendue à tout, l’homme qui entra impressionna la jeune femme. Burt Lantasker était plutôt séduisant dans sa tenue simple de sweatshirt et de jeans ; ses traits réguliers étaient légèrement assombris, apparemment par le deuil. Sa femme s’était suicidée un mois plus tôt. C’était du moins la version officielle.

À la vue de Clara, le jeune homme avait marqué une seconde d’hésitation, pour ne pas dire de pétrification, on aurait dit la réaction de quelqu’un qui reconnaissait avec surprise une personne à laquelle il ne s’attendait pas. C’était fugitif, et Clara pensa qu’elle avait halluciné, et pourtant, Burt confirma son impression au cours de l’entretien.

« C’est vous qui venez pour la place de femme de chambre ?

— Oui, mon nom est Clara Beyle, j’ai répondu à l’annonce, et voici mes références… »

Clara allait sortir les papiers de son sac, mais Burt l’interrompit.

« Non, je ne veux pas de vous comme femme de chambre.

— Mais…

— Vous êtes trop distinguée pour ça, j’aimerais vous embaucher comme… dame de compagnie.

— C’est que ça ne correspond pas à mes qualifications, monsieur…

— ça ne fait rien, ça n’a pas d’importance, votre tâche consistera simplement à paraître à côté de moi dans les réceptions, de servir d’hôtesse quand je reçois… et de me tenir compagnie à table.

— Mais monsieur, j’ai besoin de mon salaire pour vivre…

— Oh, rassurez-vous Clara, vos appointements seront à la mesure de votre rang, et ne croyez pas que votre future tâche sera plus facile que celle d’une femme de chambre. En tant que chef d’entreprise, je pense savoir juger les gens et voir s’ils seront à la hauteur ou non. Jarvis vous apprendra les règles simples de la bienséance en société, je crois que vous êtes intelligente et apprendrez vite. Vous me rappelez quelqu’un. »

Effectivement, Clara apprit vite, ce qui impressionna tout de même le majordome. La jeune femme était transformée, Jarvis l’emmena dans des boutiques chics choisir une garde-robe appropriée à quelqu’un qui devait apparaître aux côtés de l’homme d’affaire, la boutique de coiffure la transforma, au point que le majordome sentit sa mâchoire se décrocher ; malheureusement pour lui, il était déjà marié et ne pouvait se permettre quelque faux pas, s’il voulait garder sa place. Des lunettes sans monture métamorphosèrent totalement la jeune femme, et c’était comme une autre personne qui rentrait à la villa.

Clara prenait sa tâche très au sérieux. Burt se comportait correctement, ne faisait jamais de geste déplacé. Mais la jeune femme était tout de même sur ses gardes, elle se rendait compte que le jeune homme l’observait à la dérobée, elle était assez femme pour réaliser que ces regards de merlan frit témoignaient d’un sentiment évident. Avec cynisme, elle se demanda combien de temps ce Burt pourrait résister, avant de se jeter bestialement sur ce qu’il croyait peut-être une proie facile. Clara restait sereine, elle s’était déjà préparée à cette éventualité.

Ce n’était pas par hasard que Clara avait prétendu chercher une place de femme de chambre. La défunte madame Lantasker était sa cousine, Sandy Ryon. Elle était comme une grande sœur pour Clara, mais les études supérieures les avaient séparées. Toutefois, elles restaient toujours en contact, par le biais des réseaux sociaux. Malheureusement, Clara n’avait pu assister au mariage de Sandy, car elle effectuait un important stage à l’autre bout du monde. Plus tard, elle n’avait jamais eu le temps de rendre visite à sa cousine, prise par son travail de consultante experte qui l’envoyait aux quatre coins du monde. Elle avait attrapé le virus de la société de consommation et était occupée à épaissir son compte en banque.

Quelques mois avant le décès de sa cousine, Clara avait constaté un changement subtil chez elle. Sandy n’était plus aussi exubérante, elle avait des accès de mélancolie et de pessimisme, sans que Clara pût vraiment définir son état. Quelques jours avant son « suicide », Sandy ne semblait pas dans son état normal et laissa un message inquiétant à sa cousine, elle prétendait que Burt voulait l’assassiner, et que si elle venait à mourir, ce serait de son fait. Comme mobile, Sandy affirmait qu’il avait une maîtresse qu’il voulait épouser.

Au prétendu suicide de sa cousine, Clara s’était donc préparée, en vue de la venger. Elle allait tuer ce monstre de Burt. Mais dans un esprit de justice, elle devait procéder à une enquête pour confirmer la culpabilité de Burt, et de savoir ce qui s’était vraiment passé. Avec sa fortune, le jeune industriel pourrait avoir acheté les autorités, alors la jeune femme devait affronter la bête dans son antre, s’introduire chez lui, dans son intimité. Voilà pourquoi elle avait utilisé le stratagème de la petite employée cherchant du travail.

Quand elle en eut l’occasion, elle travailla la cuisinière. Celle-ci devait connaître bien de secrets. Dans son travail, Clara devait côtoyer des gens de diverses couches sociales, elle espérait ainsi pouvoir soutirer de précieuses informations de la cuisinière. Manque de pot, celle-ci était la plupart du temps cantonnée dans sa cuisine, quand elle ne faisait pas le marché. Nullement découragée, la jeune femme se mit dans la tête d’entreprendre l’ancienne camériste de Sandy, devenue simple domestique.

« Monsieur Burt semble se remettre de la perte de sa femme, attaqua Clara.

— Bah, il est jeune et riche, il ne va pas rester seul longtemps.

— Quand même, quand je l’ai vu pour la première fois, il semblait bien abattu. Il devait vraiment aimer sa femme. Ils devaient être très heureux.

— Heureux ? Pffff ! Madame était malheureuse, elle m’avait confié que monsieur la trompait avec une fille nommée Jennifer.

— Il l’amenait à la maison ?

— Pas fou le bougre ! Il ne risquait pas de donner à madame un motif de divorce.

— Et c’est pour ça qu’elle s’était suicidée ?

— Hum... On dit ça, mais elle m’a confié que monsieur lui faisait peur. J’ai bien vu la tête du toubib. Eh bien, il avait un drôle d’air, vous savez. Je crois qu’il y a quelque chose de louche dans la mort de madame. »

Clara était déçue, la Sandy qu’elle connaissait ne se serait pas confiée à une soubrette qui, par nature, ne saurait tenir sa langue. Les dires de la fille étaient sujet à caution. Elle résolut d’approcher le chauffeur.

« Vous devez avoir moins de travail, depuis que la femme de monsieur Burt n’est plus là.

— C’est vrai, j’aurais cru que monsieur me remercierait, mais il m’a gardé pour vos déplacements, mademoiselle Clara.

— Vraiment ? Je ne le savais pas. C’est très généreux de sa part. À moins que ce ne soit une stratégie de play-boy.

— Oh mademoiselle ! Ce n’est pas son genre, il était très amoureux de sa femme et n’avait d’yeux que pour elle, il souffre énormément de sa perte.

— Pourtant, il paraît qu’il a une maîtresse nommée Jennifer qu’il va épouser.

— Quoi ? D’où tenez-vous ces absurdités ?... Vous semblez être du genre commère. »

Clara s’enfuit, il semblerait qu’elle avait fait une bourde. Le chauffeur était probablement un fidèle inconditionnel de Burt. Elle aurait dû avancer plus prudemment. Ce qu’elle craignait maintenant, était que l’homme allât rapporter à son maître leur conversation. La situation devenait dangereuse, elle envisagea de partir, sans accomplir sa vengeance : Burt était capable de la faire disparaître, et sa fortune lui éviterait d’être inquiété.

Alors qu’elle rentrait d’une séance de coiffure en vue d’une réception le soir, Burt la pria de le suivre dans son bureau. Il avait l’air sombre et ne souriait pas. Ça y est, se dit Clara, il est au courant, elle allait numéroter ses abattis. Elle se rendit compte qu’elle n’était pas de taille à lutter contre lui à armes égales : il avait sa fortune pour cacher la vérité. Clara ne pouvait pas le tuer discrètement, elle n’en aurait plus l’occasion.

« ça va, vous avez gagné monsieur Lantasker, je vais m’en aller.

— Vous croyez que ce serait aussi simple que ça ? Je pourrais vous accuser de tentative de meurtre. J’ai découvert le petit flacon de poison et le Derringer que vous cachez.

— James vous a tout rapporté, hein ?

— Le chauffeur ? Non. Mais en tant que chef d’entreprise, j’ai l’habitude d’enquêter sur le personnel. Vous avez aussi des traits de ressemblance avec votre cousine Clara, quoique vous ayez chacune votre beauté propre. C’était devenu flagrant, quand vous avez enlevé votre masque de femme de chambre, et puis vous ne pouviez pas empêcher votre éducation et votre distinction naturelle de transparaître, malgré tous vos efforts. Il ne m’a pas été difficile de découvrir qui vous étiez vraiment, mademoiselle la consultante, les détectives existent pour ça. Mais ce que j’ignore, c’est le motif de votre venue.

— Je voulais enquêter sur le prétendu suicide de Sandy. Elle vous accuse de vouloir la tuer pour épouser votre maîtresse.

— Ah je comprends maintenant ! Vous avez été abusée, Carla. Non, non, Sandy n’était pas une menteuse, pas dans ce sens… Ah, voici le docteur Jean Néguerri-Detta. Il sera à même de vous expliquer toute la vérité sur l’affaire.

— Bonjour, vous êtes la sœur de la défunte ?

— Non, je suis sa cousine. Vous n’êtes pas le médecin qui a constaté le décès que je sache.

— Effectivement. Je suis psychologue, je soignais votre cousine. Elle souffrait de schizo­phrénie et de délire de persécution.

— Alors, elle a simplement imaginé le personnage de Jennifer ?

— Non, Jennifer existe bien, intervint Burt, elle est l’avocat de l’entreprise. Nos relations sont strictement professionnelles.

— Exceptionnellement, et comme la concernée est décédée, je pourrais vous montrer une partie du dossier de votre cousine. »

Devant les faits, Carla dut se rendre à l’évidence, le suicide de Sandy était inéluctable, sa maladie latente avait été réveillée par le stress d’une fausse couche, et Burt n’y avait été pour rien. La jeune femme préparait ses affaires, quand le jeune homme s’encadra sur le seuil de sa chambre.

« J’ai une proposition à vous faire, Carla. Travaillez pour mon entreprise, nous avons besoin de votre compétence.

— Hmm… Donnez-moi quelques jours de réflexion.

— Euh… Je vous en prie, restez chez moi pour réfléchir… Et puis, je dois avouer que j’ai apprécié votre compagnie, lors des réceptions. On pourrait peut-être inclure cela dans notre entente. »

Clara avait réfléchi… et elle avait accepté. Elle n’avait même pas besoin de se chercher un logement. Elle considéra Burt d’un autre œil. Le jeune homme demanda sa main après un délai décent… et elle avait accepté.

 

Fin

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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