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Rahar ayant bien étanché sa soif de lecture, est sorti momentanément de ses livres pour concocter une histoire ... d'horreur ! Les deux époux malintentionnés vont-ils réussir dans leur tentative d'escroquer leur Tante Taccule ? Les paris sont ouverts, on pourra jouer en commentaire ! J'aime beaucoup cette première partie, même si je n'adhère pas au projet de Julie et Charles Hatant : dans cette première partie, nous pouvons ressentir l'excitation, l'allégresse, le parfum exaltant de l'aventure et celui, plus subtil du danger ... qu'on oublie devant l'accueil sympathique de la tante et en riant des noms toujours aussi pittoresques des personnages !
Note de Lenaïg

La tante à la barbe qui pique - 1/2 - RAHAR

« Dis donc Julie, tu es sûre que c’est bien le bon chemin pour aller chez ta tante Élodie ? Cette route semble ne pas avoir été entretenue depuis le Déluge.

— Mais oui Charles, il y a longtemps que je ne suis pas venue ici, mais c’est bien la route vers la propriété Chénou.

— Mais a-t-on idée d’habiter au diable vauvert !

— Bah, à l’époque, l’aïeul Gaétan Taccule voulait se soustraire à l’influence de l’Administration, comme beaucoup d’autres gens un peu marginaux. Ils vivaient encore comme au XVIIIe siècle. Voilà pourquoi sa propriété se trouve loin de toute agglomération d’importance.

— Et qu’est-ce qui a pris à ta tante de venir s’enterrer ici ?

— Elle s’était mariée à un original, l’oncle Phil Allapate, un hippy anticonformiste. Ils voulaient vivre près de la nature et avaient réhabilité la propriété Chénou, puisque personne d’autre ne s’en était soucié.

— Ils n’ont pas eu d’enfant ?

— Si, un garçon. Mais à dix ans, il a été tué à la chasse.

— Un malheureux coup de fusil ?

— Non, un cochon sauvage blessé par son père. C’est celui-ci qui a reçu la décharge accidentelle… et mortelle, du fusil qu’il a fait tomber.

— Et ta tante est restée toute seule là-bas pendant toutes ces décennies ?

— Ben oui, le chagrin l’a presque anéantie. Depuis, elle n’a rien voulu savoir de la civilisation.

— Mais comment vit-elle alors ?

— Oh, on dit qu’elle vit simplement, mais convenablement. Elle a un potager, un grand verger, et un poulailler. Pour la viande rouge, elle ne dédaigne pas chasser des daims. Je crois qu’un vieux majordome l’aide.

— Tu m’as dit que cela fait plus de trente ans que vous ne vous êtes pas vus, se souviendra-t-elle de toi ?

— Bah, je saurai lui rafraîchir la mémoire, ne t’en fais pas. Il y a des anecdotes tellement mémorables. »

 

Julie et Charles Hatant étaient des affairistes frôlant souvent l’extrême limite de la légalité, parfois qualifiés d’escrocs de haut vol, à tort ou à raison, toujours sur un coup fumant qui foirait invariablement en laissant souvent quelque gogo sur le carreau. Mais cela n’entamait pas leur indécrottable optimisme, bien qu’ils eussent déjà dépassé la quarantaine. Étant assez lucides pour reconnaître qu’ils feraient de mauvais parents, ils avaient fait l’impasse sur la procréation. Ils voulaient seulement croquer la vie à belles dents, sans vouloir reconnaître qu’elle était bien plus coriace et plus ingrate qu’ils le pensaient.

 

Ils étaient sur un nouveau coup qui nécessitait un certain fonds. Mais toutes leurs connaissances avaient cessé de croire en leurs divagations et de se laisser arnaquer. Ce fut Julie qui pensa trouver une source possible de financement. Elle se rappela la tante Élodie, si originale que personne n’en parlait presque jamais. Parmi les rumeurs qui couraient sur elle, il paraîtrait qu’elle avait fait fortune avec les fruits de son verger. Comme elle vivait simplement, son argent dormait probablement sous le matelas. Ils allaient lui proposer de faire travailler son pognon, et le faire fructifier.

 

Comme la vieille dame, qui devait être maintenant octogénaire, n’avait pas le téléphone, et encore moins l’internet, Julie et Charles ne pourraient pas s’annoncer et allaient lui faire la surprise. Compte tenu de l’état déplorable de la route, en outre défoncée par le passage des camions de fruits, Charles devait conduire prudemment, et le couple n’atteignit la propriété qu’au soleil couchant.

 

Il fallait traverser le grand verger, avant d’atteindre la grande maison victorienne. Aucun des deux ne connaissait rien de l’agriculture, le fait que le verger fût noyé par de hautes herbes ne les frappait pas. Ils ne virent donc pas les fruits pourris au pied des arbres fruitiers.

 

Un vaste espace nu entourait la maison. C’était une esplanade de terre battue apparemment aussi dure que du béton, suite à quelque mystérieuse réaction chimique de la nature.

 

La tante Taccule devait être un peu dure d’oreille, de même que son majordome : personne n’avait ouvert à l’arrivée de la voiture. La maison était de briques, mais les fenêtres vitrées n’étaient sûrement pas insonorisées. Il y avait certainement quelqu’un, quelques fenêtres à l’étage étaient ouvertes. Enfin, Julie se décida à sonner, Charles sortit leurs valises du coffre ; ils étaient résolus à arracher la contribution de la tante, en argumentant et en manipulant pendant des jours, s’il le fallait.

 

La porte s’ouvrit de quelques centimètres en grinçant. Julie eut du mal à distinguer la personne qui se dissimulait dans la pénombre. Était-ce sa tante ? était-ce Firmin, le vieux majordome ? Ce devait être ce dernier, Julie se rappela que sa tante était une personne vive et extravertie, elle aurait ouvert franchement pour s’enquérir des visiteurs.

 

« Firmin ? C’est moi, la petite Julie, je suis venue rendre visite à tante Élodie. Allons, ouvre.

— Ah, c’est vous, mademoiselle Julie. Cela fait bien longtemps. Entrez, entrez donc. Je suppose que monsieur est votre mari. Attendez monsieur, je vais vous débarrasser.

— C’est pas pour être désobligeant mon vieux, mais ces valises pèsent leur poids.

— Ne vous en faites pas monsieur, je ne suis pas aussi cacochyme et faible que je semble le paraître… Madame Élodie est dans son boudoir. Je vais préparer votre chambre. »

Julie se rappela immédiatement le plan de la maison.

« Charles, tu ne tends pas la main à tante Élodie, tu ne cherches pas à lui faire la bise ni à lui faire un câlin.

— Houlà ! Sa barbe pique donc tellement ?

— Ben, j’en sais rien, mais elle n’aime pas trop les familiarités, depuis toujours. Oui, elle est un peu bizarre, ça ne m’étonnerait pas qu’elle soit un peu autiste sur les bords. »

 

La tante Élodie les reçut chaleureusement, elle se rappelait très bien de Julie, la fille cadette de son frère cadet, malgré les années ; il est vrai que les souvenirs les plus anciens étaient les derniers à disparaître, les très vieilles gens en savent quelque chose. C’était une solide octogénaire, peut-être un peu sèche comme un sarment, mais faisant montre d’une énergie indéniable. En passant, elle avait bien quelques poils au menton et aux joues, phénomène probablement dû à un excès de testostérone.

 

« Tu n’as pas beaucoup changé, ma petite Julie. Mais où sont donc vos enfants ?

— Nous n’en avons pas, tante Élodie.

— Oh ! Ma pauvre petite. Ce ne serait pas ce petit monsieur qui ne serait pas à la hauteur ?

— Mais non ma tante, ce n’est pas la faute de Charles. C’est le Ciel qui n’a pas voulu, mentit Julie en la regardant dans le blanc des yeux.

— Alors, après toutes ces années, qu’est-ce que tu deviens, ma fille ?

— Bah, nous n’avons pas trop à nous plaindre. Mais à propos, comment vont tes affaires ?

— Ah, les temps sont devenus bien durs, la concurrence est devenue âpre.

— Mais tu as tout de même pu te constituer une bonne cagnotte non ? Nous allons t’aider à la faire fructifier, n’est-ce pas Charles ?

— C’est vrai, tante Élodie. Il n’est pas bon de laisser dormir l’argent, nous avons un projet qui pourrait bien augmenter ton magot, au lieu d’engraisser la banque…

— Oh, mais je n’ai jamais fait confiance aux banques. Allons les enfants, l’heure n’est pas appropriée pour parler affaires, reportons donc ces sujets fastidieux à demain, en plein jour. Ce soir, vous allez me donner des nouvelles de la famille. »
 

A suivre

 

RAHAЯ

 

Illustration : la dame au menton qui pique est-elle une gentille tata qui se laissera berner, une dame de pique, ou une sorcière à la Blanche Neige (il y a des pommes dans cette histoire) ?
Note de Lenaïg
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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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