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Henri était le dernier à sortir de la navette. Il regarda, impassible, les humains se diriger vers l’arche et disparaître dans le « rideau de brume ». L’androïde enregistrait automatiquement les paramètres de son environnement, tant que sa mémoire de stockage le permettait. Malgré les détecteurs dont son corps était bardé, il ne pouvait rien distinguer au-delà du rideau d’énergie. Il se décala pour regarder le paysage derrière l’arche ; il aurait ainsi une image de référence à comparer à ce qui l’attendrait en traversant le rideau. En tant que robot, il n’avait aucune curiosité, il suivait tout simplement le programme qui avait été implanté en lui.

http://conceptrobots.blogspot.fr/2013/01/the-droids-in-desert-by-ralph-mcquarrie.html

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L’androïde avait entendu les descriptions enthousiastes et dithyrambiques de ceux qui avaient traversé l’arche et les avait enregistrées. Il semblerait qu’ils avaient accédé à la Cité du Nirvana. Henri fut le dernier à traverser l’arche. Un de ses détecteurs capta une modulation dans l’énergie de l’arche ; chaque entité qui la traversait était scannée, mais l’androïde ignorait la nature des rayons utilisés et leur finalité.

 

Il voyait les passagers du cargo marcher devant lui. Il fit un panoramique. Il ne voyait aucune cité, le paysage était identique à ce qu’il avait enregistré avant de traverser l’arche. Il devait trouver pourquoi il ne voyait pas la cité. Il avait une simulation de tous les sens des humains, et en mieux.

 

Henri nota qu’une femme semblait converser avec quelqu’un d’invisible. Il balaya toutes les gammes de fréquence. Il vit alors une entité bizarre, c’était une forme mathématique fluctuante, transmettant des données binaires. En poursuivant ses observations, Henri vit des ossements jonchant le sol. Utilisant le zoom de ses yeux artificiels, il regarda aussi loin que le pouvait son mécanisme ; le paysage était un immense charnier, les plus récents ossements paraissaient dater d’une vingtaine d’années. À à peu près un kilomètre, les humains s’étaient immobilisés, restant debout, hagards, au milieu d’innombrables ossements blanchis.

LAURENT IMPEDUGLIA http://imgpin.com/imgs/Jacta

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L’androïde chercha à résoudre l’énigme. Il retraversa l’arche et rejoignit la navette, annulant la programmation qui devait la renvoyer au vaisseau. Il se connecta à l’univernet et chercha tous les archives sur Mirouar. La récolte fut maigre, on s’était efforcé de minimiser l’importance de la planète. En faisant des recherches sur l’arche au rideau d’énergie, il tomba sur un sujet connexe, le scanner psychosondeur que le professeur Lewis Karaul avait inventé deux siècles plus tôt. Ce savant était à la fois un physicien de génie, un psychologue émérite, et un informaticien visionnaire spécialisé en intelligence artificielle. Il avait lancé une théorie selon laquelle on pouvait numériser la personnalité d’un individu, le rendant ainsi immortel, tant qu’il trouverait un support numérique. Mais sa théorie n’avait apparemment intéressé personne.

 

En sondant la partie occulte de l’univernet, inaccessible au vulgus pecum, Henri découvrit des articles au sujet de Lewis Karaul. Le savant était allé discrètement sur Mirouar avec une flopée de scientifiques et un ordinateur quantique de sa conception. Il n’y avait aucune information sur ce que ce groupe de savants avait fait sur la planète, mais la légende de la Cité du Nirvana avait commencé à se répandre peu après.

 

Le cerveau positronique d’Henri fit alors un travail de synthèse à partir de tous les données rassemblées. L’arche scannait les humains qui la traversaient et numérisait leur profil psychologique caractérisant leur personnalité, en en imprégnant un avatar numérique standard. Par un processus de biofeedback, l’arche réinjectait dans l’esprit de l’individu le concept de la cité qui était une création purement virtuelle. Le corps des humains dont la personnalité avait été numérisée, n’avait plus aucune raison d’être, et mourait sur place, de faim et de soif. La planète n’était plus qu’un immense charnier où trônait l’ordinateur quantique qui contenait la personnalité numérique des habitants et qui générait l’image de la Cité du Nirvana.

http://www.mindcontrol.se/

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Pour vérifier la validité de sa déduction, Henri marcha dans la direction que les humains avait prise. De par sa nature, il était insensible à la vue des humains hébétés, l’esprit perdu dans la contemplation virtuelle de la cité, et des squelettes sur son chemin. Après environ un kilomètre, il se retrouva devant un bâtiment massif. Il entra et vit l’ordinateur dans toute sa splendeur. Des robots étaient chargés de l’entretenir. Une carte de Mirouar montrait les lieux où étaient stockées les mémoires renfermant les personnalités numérisées.

 

Henri tira la conclusion de son enquête. La Cité du Nirvana n’était pas une arnaque : sa virtualité n’en était pas moins réelle, les humains pouvaient y expérimenter une vie idéale, du moins leur personnalité numérisée. En tant qu’androïde, il ignorait le concept d’âme, sa logique acceptait le fait que l’essence humaine pouvait être réduite à des données binaires que l’on pouvait stocker dans un support numérique. D’après toujours sa logique, Henri conclut que les passagers du cargo avaient trouvé le bonheur sur Mirouar. L’androïde tira une autre conclusion : le créateur de la Cité du Nirvana, Lewis Karaul, voulait que la cité ne fût accessible que pour ceux qui sont vraiment motivés, ils devaient donc trouver et résoudre toutes les indices menant à la cité. Henri ne trouva plus aucun but à son existence. Il renvoya donc la navette et programma l’autodestruction du vaisseau, puis il s’assit près de l’arche et se désactiva.

 

Fin

 

RAHAЯ

http://www.chrisillusion.org/2016/04/street-art-graffitis-fresques-murales-75019-paris.html http://conceptrobots.blogspot.fr/2013/01/the-droids-in-desert-by-ralph-mcquarrie.html

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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