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LES RUINES D'ENCORVAT - 2/3 - RAHAR

L’ingénieur-docker était parti, et les autres étaient entrés dans le palais. Un système ingénieux de dalles transparentes et de prismes, éclairait la pénombre, mais les quatre routiers de l’espace furent rapidement confrontés à un labyrinthe de salles vides et de couloirs. Ils se dirigeaient au jugé vers ce qu’ils estimaient le centre du palais. À un moment, ils entendirent des « ohé ! ». C’était visiblement Rick qui avait semble-t-il changé d’avis. On lui cria de suivre les traces de pas dans la poussière.


« Alors mon coco, t’as peur d’aller tout seul ? le taquina Mary. T’as besoin qu’on te prenne la main ?

— Oh, mais notre bougre est essoufflé et en sueur, constata Éric. On dirait que t’es poursuivi par des fantômes.

— J’ai été attaqué par des sortes de cochon sauvages.

— Et tu les as amenés ici ? fit José, suffoqué. Mais nous n’avons même pas d’arme.

— Ils se sont arrêtés à l’entrée du pont. On dirait qu’ils n’osent pas traverser.

— Les animaux marchent à l’instinct, intervint Annick. Il y a peut-être quelque chose de dangereux dans ce palais.

— Mais le palais est vide, protesta Éric. En outre, mon détecteur ne décèle pas de radioactivité, ni d’autre rayonnement nocif.

— L’instinct des bêtes ne ment pas, insista Annick. Soyons sur nos gardes. »


Il était évident que le palais devait avoir été somptueux, sous l’éclairage des dalles transparentes et des prismes. Les meubles étaient sûrement tombés en poussière depuis des millénaires, de même que les appareils, s’il y en avait. La preuve était que la poussière n’avait pas une épaisseur ni une couleur uniforme.


Ils furent finalement en vue de la salle centrale du palais, une pièce immense. Mais en en franchissant le seuil, Annick fut balayée par un rideau de rayon. Les autres se reculèrent vivement. Le capitaine se retourna et regarda le linteau. Une sorte de crapaud à la gueule ouverte était sculpté dans la pierre. On ne penserait jamais que la figurine renfermait un mécanisme sophistiqué. Le capitaine ne ressentait rien.


« Entrez donc, je pense que c’est juste un scanner.

— Oui, mais si ces rayons nous empoisonnait à retardement ? objecta José.

— Mais non petit froussard, rigola Mary, ça compte seulement les victimes à sacrifier aux dieux.

— C’est pas drôle, ronchonna le colosse au cœur tendre.

— Allez, avance quoi ! s’impatienta Rick. »


Une machine trônait au centre de l’immense salle. Des sièges étaient éparpillés un peu partout. Ils tombèrent en poussière, dès qu’on les touchait. Mary s’approcha de la machine, elle était la plus qualifiée pour l’étudier.


« Alors, tu y comprends quelque chose ? demanda Annick.

— Pas encore. C’est vachement compliqué. C’est un amalgame de mécanique et d’électronique, on dirait un mélange de primitif et de haute technologie… Ou peut-être que c’est moi la primitive.

— À quoi sert cette manette ? demanda Éric, en l’abaissant.

— Touche pas à ça, merde ! s’écria Mary. »


Trop tard : la machine bourdonna et des voyants s’allumèrent. Une onde invisible balaya la salle, les cinq associés vacillèrent et eurent une seconde d’absence, leur vision fut momentanément défaillante. Puis ils se rendirent compte de leur environnement. Tout avait changé. Ils se retrouvèrent dans un palais intact, rutilant. Il y avait des chaises parfaitement rangés, le dallage brillait comme neuf, les murs étaient ornés de tableaux exquis…


Ils sortirent pour voir si la machine agissait en-dehors de la salle. Mais dès qu’Éric, le dernier, eut franchi le seuil, une dalle de pierre tomba en obstruant l’accès. Le navigateur sursauta, et prit ses jambes à son cou. La machine n’était plus accessible.


Comme ils le pressentaient, tout le palais était maintenant comme neuf. Toutefois, ce qui était inquiétant, était l’absence de toute poussière. Dans cet immense labyrinthe, ils ne pouvaient pas retrouver la sortie, il n’y avait plus de trace de pas à suivre. Leurs appareils étaient affolés par un dérèglement électromagnétique, probablement un effet secondaire de la machine.


Toutes les pièces étaient meublées, et on pouvait toucher les tables, les chaises, les canapés, et même les instruments à musique, ce n’étaient pas de simples hologrammes. On aurait dit que la machine avait matérialisé les objets à partir d’une dimension inconnue. Toutefois, ils ne rencontrèrent aucune créature vivante.


« C’est assez époustouflant que la machine puisse encore fonctionner, depuis tout ce temps, s’étonna Annick.

— Elle a été construite avec du matériau très durable, expliqua Mary.

— J’ai pris assez de photos, annonça Éric, est-ce qu’il ne serait pas temps de foutre le camp ?

— Il faudrait déjà trouver la sortie, argua Rick, presque toutes les salles et les couloirs se ressemblent, et n’oublie pas que nous n’avons pas d’arme pour affronter les sortes de sangliers autochtones.

— Allons chercher la sortie, décida le capitaine.

— Et comment ? objecta Mary, on n’a plus les traces de pas, et les compas ne nous servent même pas à savoir où est le Nord ou l’Est.

— Attendez un instant, s’exclama José, j’ai la sensation que je ne marche pas sur de la pierre ou du carrelage, on dirait qu’on marche sur quelque chose de… mou. C’est dégueu.

— Je crois que je comprends, dit lentement Mary. La machine nous projette dans un monde virtuel, avec pour cadre ce palais.

— Mais Mary, tout est réel, on peut toucher les meubles, ce ne sont pas des hologrammes, objecta Éric.

— Justement, c’est une machine hautement perfectionnée. Vous vous rappelez que nous avons été scannés, à l’entrée de la salle. Je pense que la machine nous a étudiés pour s’adapter à notre psychologie. Elle a traficoté notre esprit pour que nous pensions que tout ici est réel. Elle provoque la sensation de toucher, et même l’odorat : tenez, je sens une odeur de jasmin.

— Non, c’est de la cannelle, protesta José.

— Crétin ! contra Rick, tu ne différencies pas une rose d’une pâquerette.

— Mais pourquoi fait-elle ça ? demanda Annick.

— Je crois que la machine veut le confort de ses administrés. Les vrais meubles étaient pour les invités du palais.

— Mais c’est puéril, s’exclama Rick, pourquoi de faux meubles, alors qu’on peut en avoir de vrais ?

— Bah, qui sait ce qui s’est passé dans le ciboulot des anciens autochtones, jeta Mary, il nous aurait fallu un ethnologue et un psy. Et encore, nos cultures et nos avancés respectives peuvent être très différentes.

— C’est pas tout ça, interrompit Annick, mais qui a une idée de comment sortir de ce guêpier.

— Et si on retournait à la porte de la salle de la machine ? suggéra José. On pourrait peut-être ouvrir l’ouvrir, comme à l’entrée de la caverne.

— Crétin ! railla Rick, ici ils n’ont pas besoin de dissimuler un quelconque mécanisme d’ouverture. Les responsables de la machine avaient sûrement un moyen d’y accéder. »


Alors que José et Rick se chamaillaient, des rampes au plafond, qu’ils n’avaient pas remarquées, s’allumèrent progressivement. Ils ne s’étaient pas rendu compte que le jour avait insensiblement décliné dehors. En fait, les globes lumineux du plafond de la caverne simulaient le crépuscule et la nuit.


Le capitaine décida de chercher la sortie du palais en suivant un itinéraire qui s’éloignait du centre, ce qui n’était pas évident, du fait de la configuration labyrinthique de la construction. La petite troupe fit des tours et des détours pendant des heures. Mary et Éric, les moins endurants, se plaignaient ; ils étaient exténués et exigèrent une pause, et ils en profiteraient d’ailleurs pour dîner. Heureusement, chacun avait toujours dans les fontes de leur tenue des rations nutritives. Ils se choisirent une salle.


« Ho ! Vous croyez que l’illusion nous permettra de nous asseoir ? fit José, méfiant.

— Tu as peut-être raison, concéda Mary, il est probablement impossible de simuler une position assise sur rien, on serait déséquilibré. »


Ignorant l’avertissement de la blondinette, Éric s’était dirigé vers une chaise, quand il disparut comme par magie, dans un cri de surprise. Les autres furent stupéfaits et manifestèrent bruyamment leur désarroi.


« Mais où est-il passé ? s’exclama Rick. C’est la machine qui a fait ça ?

— On va tous y passer ! piailla José. On va devenir des fantômes comme les indigènes.

— Crétin !

— Je ne pense pas que la machine puisse faire disparaître les gens, intervint Mary. Je crois savoir ce qui se passe : l’illusion nous cache l’aspect réel du palais et escamote les imperfections, comme un trou par exemple.

— Donc Éric est tombé dans un trou caché par l’illusion ? déduisit Annick.

— Reste à savoir si c’est une cave, et quelle est sa profondeur. »


Ils appelèrent le navigateur, lequel finit par répondre. Il était tombé d’un étage, avait été étourdi par le choc et avait une cheville foulée. L’hypogée où il avait abouti, était éclairé par des globes lumineux. L’air était frais, mais sec. Il n’y avait pas de corde pour remonter le pauvre Éric. Celui-ci leur cria qu’il n’y avait aucune salle, seulement de nombreuses colonnes et des poutres qui soutenaient le plancher du palais.


« À mon avis, nous avons plus de chance de trouver une issue en bas, plutôt que de zigzaguer dans ce foutu labyrinthe, suggéra Mary.

— Alors, on descend, décida Annick. José, repère le trou.

— Moi ? Mais on ne voit rien.

— Crétin ! Rampe et tâte, le houspilla Rick. »


S’accrochant au rebord du trou invisible, les quatre routiers sautèrent dans l’hypogée. Annick s’empressa de soigner son navigateur par la réflexologie. Puis ils décidèrent de dormir à même le sol, avec leur veste comme oreiller, afin d’être dispos le lendemain.


A suivre

 

RAHAЯ
 

LES RUINES D'ENCORVAT - 2/3 - RAHAR

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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