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Les cobayes - 2/2 - RAHAR, science-fiction

— Qui ça « ils », prof ? Et pour quoi faire ?

— Ceux qui nous ont enlevé, pardi ! Ils vont faire des expériences sur nous. Comme l’écrivait en substance Charles Fort, nous sommes le bétail de quelqu’un.

— Quel genre d’expérience, prof ?

— J’ai entendu dire qu’un Bantou enlevé, a réussi à s’enfuir d’un laboratoire terrestre souterrain de Petits Gris. Il a subi des biopsies, des saignées, une trépanation, un prélèvement horriblement douloureux de moelle osseuse et autres joyeusetés. »


Cela a jeté un froid parmi l’assistance. Pour ne pas jeter la panique, le prof a recommandé la discrétion. Un type demande ce que sont ces Petits Gris.


« Ce sont de petits extraterrestres de cinq pieds, à grosse tête et tout gris.

— Ah, moi j’en ai vu des représentations, fit une dame, ils ont de gros yeux noirs ovales.

— Non, ce sont des sortes de lunettes, la reprit le prof. Ils ne supportent pas la lumière directe de notre soleil. J’ai entendu dire qu’il y a longtemps, des Africains en ont attrapé et ont essayé de les manger. On s’est aperçu qu’ils portaient une combinaison moulante extrêmement solide qu’on a prise pour leur peau, et qu’aucun instrument n’a pu entamer.

— Mais comment font-ils leurs besoins ?

— Bah, ils ne font ni caca ni pipi, leur estomac est, paraît-il, comme une éponge et assimile entièrement tout ce qu’ils mangent.

— Moi je n’y crois pas, c’était peut-être un simple labo secret purement humain.

— Non, le Bantou a décrit le même environnement blanc qu’ici, et puis il les a vus, les Petits Gris.

— Alors, pourquoi sommes-nous ici, alors qu’il y a des labos sur Terre ?

— Peut-être que ces laboratoires ne peuvent traiter qu’un faible nombre de sujets.

— Mais est-on sûr que ce sont vos Petits Gris qui nous ont enlevés ?

— J’ai une idée, s’exclama un ado. J’ai une caméra-espion, je crois qu’elle est dans la poche de mon jean, murmura-t-il dans la crainte d’une surveillance. Je vais la chercher. »


Comme la veille, nous nous sommes rués vers l’entrepôt d’accessoire. Nous préférons nous habiller convenablement, plutôt que de supporter ces blouses infâmes, quitte à le refaire demain. Le gamin fait un clin d’œil de triomphe : il a retrouvé son jean et a tâté discrètement sa poche. Revenu à la grande salle, il cherche le meilleur endroit pour cacher la minuscule caméra. Il l’a finalement placé contre le pied d’une table, l’objectif face au couloir.


J’ai rejoint un groupe parti à la découverte. Nous avons traversé la lande et atteint une colline. En chemin, une fille a goûté à des baies. Si elles étaient toxiques, « on » ne nous aurait pas permis de nous aventurer en-dehors du périmètre : je présume qu’« on » nous veut frais, dispos et en bonne santé. Arrivés au sommet de la colline, nous avons vu au loin, à des kilomètres, d’autres bâtiments blancs. D’après ce que je sais en parcourant les groupes, nous étions tous dans le même avion. Je pense donc que des gens enlevés d’un navire ou d’un autre avion à partir d’une autre zone d’aberration magnétique, sont logés là-bas. Je sens un frisson désagréable me parcourir l’échine. La planète entière serait-elle un vaste laboratoire ? Enfin, si le prof disait vrai. On va en avoir le cœur net, quand on verra la vidéo du gamin.


Notre avion est posé en bas de la colline, brillant au soleil. Je me demande bien comment « on » nous a transporté de l’appareil aux bâtiments. Comme les trains d’atterrissage n’ont pas été sortis, nous pouvons accéder facilement aux portes. Un gamin a voulu prendre un portable, mais on lui a dit qu’il est peu probable que l’appareil fonctionne ici. Toutefois, certains d’entre nous ont pris des ordinateurs portables, ne serait-ce que pour voir ce que la caméra-espion allait enregistrer. On projette de les cacher à l’orée du « village ». Nous nous rendons compte de l’inutilité de nos gadgets, ici.

Subitement, un type suggère qu’on s’enfuie. Il a participé à Ko Lanta et s’y était bien débrouillé. Il nous apprendrait à vivre, voire bien vivre, sur cette foutue planète. On fouillerait la soute de l’avion pour prendre des trucs qui pourraient s’avérer utiles. On va implanter une nouvelle humanité sur ce monde. Moi, je ne suis pas très chaud, déjà que je n’aime pas vivre à la campagne, je répugne à régresser vers la barbarie. Mais une partie du groupe a été enthousiaste, alors on s’est séparé. Mon groupe est sagement retourné au « village ».

 

Le lendemain, quelques personnes ont encore été enlevées. Et on nous a encore remis nos blouses blanches. À notre surprise, le groupe qui a essayé de fuir est bien présent ; « on » l’a récupéré. Le prof n’a pas été étonné, il explique que nos ravisseurs ont probablement introduit en nous des implants faisant office de GPS. Selon lui, ce sont des dispositifs de la taille d’un grain de riz issus d’une technologie très avancée. Ils peuvent être logés n’importe où dans le corps.


« Comment s’en débarrasse-t-on, prof ?

— Alors là, je ne sais pas. Peut-être qu’une décharge électrique pourrait les neutraliser.

— Mais il n’y a même pas une seule prise électrique, ici.

— Alors, on ne peut pas. »

 

Un type est allé chercher l’ordi qu’il avait caché la veille. L’ado vient brancher sa caméra dessus ; on espère que la batterie tienne bon. On s’agglutine autour du gamin. Nous assistons alors à l’entrée de nos ravisseurs. Ce sont bien des Petits Gris. On demande au gamin d’accélérer pour économiser la batterie. Les créatures ont apporté un appareil cubique, je pense qu’il sert à nous garder endormis. Un groupe entre dans les chambres avec des blouses, et en sortent avec les vêtements qu’on a enfilé le jour. Nous voyons, horrifiés, un autre groupe entrer dans certaines pièces et en sortir en poussant quelqu’un, lequel flotte comme en lévitation.

 

Nous n’avons plus revu les personnes emportées. Ceux qui ont vu la vidéo sont désespérés. En tenant compte du fait que les gens disparus sur Terre ne sont jamais réapparus, on est en droit de penser que les Petits Gris les ont tués, après leurs expérimentations. Nous n’avons pas d’arme, rien à opposer à leur technologie, nous sommes des primitifs devant eux. En définitive, nous ne reverrons jamais la Terre.


Le groupe dissident ne s’est pas avoué vaincu. Le meneur a bien entendu l’hypothèse du prof. Il dit qu’il a une idée pour neutraliser leurs satanés GPS. Je lui dis que je ne veux pas subir les tortures des Petits Gris, ni mourir ici, et que je me joins à son groupe. Quelques-uns de mes récents amis se sont joints à moi. Je demande au type pourquoi on ne traiterait pas tous les gens. il me répond que c’est techniquement impossible, que nous sommes déjà une vingtaine, et qu’il pense que c’est le maximum qu’il pourrait garantir. Je dois donc m’incliner.


Nous sortons discrètement et partons rejoindre l’avion. Arrivés à destination, le type nous dit de prendre tout le sel qu’on peut trouver, de le dissoudre dans de l’eau, puis il demande au copilote qui est venu avec nous, de nous mener aux batteries de l’avion. J’ai alors la révélation, on allait s’électrocuter pour neutraliser les implants des extraterrestres ; ça va être pénible, mais faut ce qu’il faut. Je comprends maintenant pourquoi on ne peut pas traiter tout le monde, les batteries ne le supporteraient pas. Par ailleurs, les enfants pourraient ne pas supporter le choc. Bien sûr, on aurait pu prendre quelques recrues de plus, mais le meneur veut avoir une marge de sécurité confortable : un seul échec serait intolérable, on devrait se débarrasser du malheureux, pour la sécurité du reste du groupe, et ce serait une décision insupportable que certains ne pourraient pas accepter. Le meneur nous a alors houspillés pour rejoindre la forêt.


« Mais pourquoi veux-tu qu’on aille dans la forêt ? demande un jeune femme.

— Réfléchis un peu, si on avait pu extraire nos implants, les sales Gris auraient pensé que nous sommes juste immobiles et ne se seraient inquiétés que la nuit, alors que nous avons grillé leurs trucs, ils vont tout de suite le savoir et vont aller aux nouvelles, c’est-à-dire à l’avion, le dernier endroit où nous sommes allés. Alors grouillons, avant qu’ils rappliquent. »


Effectivement, alors que le dernier a rejoint l’orée du bois, nous voyons arriver une soucoupe volante. L’engin s’immobilise au-dessus de l’avion. Je suppose qu’il scanne l’appareil. Après une minute, le disque s’en va. Tout le monde pousse un soupir de soulagement. Toutefois, compte tenu de leur avancée technologique, je pense qu’il leur aurait été relativement facile de nous trouver. Mais finalement, ils ont encore des tas de cobayes à leur disposition. L’idée saugrenue me vient qu’ils pourraient aussi considérer notre escapade comme une autre expérience intéressante, voir si une communauté humaine peut prospérer sur cette planète ; ils pourraient ultérieurement y puiser des sujets d’étude à loisir. Mais je n’ai pas le cœur à partager mon hypothèse morbide.


Quand nous étions dans l’avion, j’en avais profité pour prendre un dictaphone numérique. J’ai alors raconté notre aventure. Peut-être qu’un jour, quand les voyages spatiaux seront courants, l’appareil serait découvert par une quelconque expédition terrienne, et on connaîtrait alors le destin des disparus de la Terre.

 

Fin

 

RAHAЯ
 

Illustration :
Le triangle des Bermudes et la Marie Céleste
Image du net choisie par Rahar

 

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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