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LE TROU D’EUBAL - 1/2 - RAHAR, fantastique, horreur

Si vous empruntez la route 69, et qu’après une dizaine de kilomètres, vous prenez la petite route en terre à droite, vous arriverez au petit village d’Eubal, après avoir roulé sur trois kilomètres. En continuant sur une vingtaine de kilomètres, on rejoint la grande autoroute 13.

L’agglomération, comptant une centaine de maisons en bois, ne paie pas de mine. La population est vieille, ceux qui ont moins de quarante ans sont partis chercher fortune ailleurs. Toutefois, Eubal possède un hôtel, peut-être pas de luxe, mais suffisamment grand pour accueillir les touristes. Car, outre une forêt giboyeuse, le patelin recèle des sites pittoresques, avec sa cascade réputée, sa falaise aux fossiles, son petit lac poissonneux et sa grotte aux stalactites. La population vit donc dans une relative décence, des revenus du tourisme, de la culture du maïs et de l’élevage du cochon. Du fait de l’exode des jeunes, plusieurs maisons ont été abandonnées, à la mort des parents. De temps en temps, des automobilistes traversent le village pour rejoindre l’autoroute par ce raccourci.


Tom et Pat Ahte, deux frères indécrottables délinquants, ont exceptionnellement réussi un casse remarquable : ils ont fait main basse sur des liasses de biftons et des cailloux d’un montant d’un quart de brique, dans une résidence au système d’alarme défaillant. Le montant du liquide est intéressant, sans aucun doute, mais les pierres valent beaucoup plus. Ils doivent trouver un bon receleur qui ne les flouerait pas trop, et en attendant, il leur faut cacher le butin. Ils n’ont trouvé mieux que le village d’Eubal où ils sont sûrs de trouver une maison abandonnée.


Évidemment, ils sont déjà venus faire du repérage quelques semaines auparavant, en prévision d’une occasion comme celle-ci. Ils ont jeté leur dévolu sur une petite maison défraîchie à la sortie du village. Ils arrivent donc de nuit en roulant doucement, pour éviter qu’on entende leur moteur, et cachent leur véhicule derrière la maison. Ils cachent alors le petit sac de cailloux, essentiellement des diamants bruts, dans la cave, dans un coin.


Ils tirent un vieux bahut tout déglingué, pour dissimuler le petit sac. Ce qu’ils ignorent, c’est que l’épave de meuble cachait un trou, et malgré leur torche, ils ne l’ont pas vu. Il faut dire que les deux frères sont obnubilés par leur trésor. Cette cavité a probablement été provoquée par quelque effondrement causé par une infiltration souterraine.

En allant rejoindre l’escalier, Tom s’arrête brusquement.

« Dis, tu ne sens pas cette odeur de merde ?

— Oh putain ! On dirait un rat crevé. Mais pourquoi on l’a pas senti tout à l’heure ?

— C’était peut-être écrasé sous le bahut. Foutons vite le camp.

— Eh, et les cailloux ?

— Bah, la pestilence dissuadera toute intrusion, c’est tout bénef. »

Alors qu’ils sortent, une sorte de volute de fumée noire s’élève du trou.


Reprenant leur voiture, les deux compères se pointent comme des touristes ordinaires à l’hôtel. Le lendemain, ils se pendent à tour de rôle au téléphone, contactant leurs connaissances, à la recherche DU receleur idéal. Le liquide à leur disposition ne leur permettrait la belle vie dont ils rêvent que pour un court moment.


« Eh Pat ! Tu entends cette rumeur ?

— Fous-moi la paix Tom, j’ai Rocco en ligne.

— Mais j’te dis qu’il y a un remue-ménage en bas… Bon, je vais voir ce qui se passe. »


Effectivement, en accédant au grand hall de l’hôtel, Tom est accueilli par un brouhaha indescriptible ; des touristes gesticulants harcèlent le gérant.


« Qu’est-ce qui se passe ? demande Tom.

— Le mari de cette dame-là, et de celle-là, sont morts.

— Ah, AVC ? Intoxication ? Allergie ?

— Non, dessèchement.

— Vous voulez dire déshydratation ?

— Momification.

— Quoi ? Mais comment ? C’est contagieux ?

— On ne sait pas. On attend le vieux médecin du village. En fait, c’est plutôt un infirmier. Et ce n’est pas tout, certains ont dit qu’on a chié dans leur chambre.

— Hein ? Qu’est-ce que c’est que cette connerie ?

— Ouais, on dirait qu’il y a un pervers dans ce fichu trou d’Eubal. »


On penserait que les touristes seraient horrifiés par les morts étranges, mais en réalité c’est l’éventualité que le pervers dégoûtant pourrait rendre visite à leur chambre qui leur est insupportable. La plupart ont donc plié bagage. Le reste, retenu par une curiosité morbide, veut savoir le diagnostic du vieil infirmier, car on pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres.


Bien entendu, les deux frères ne peuvent se permettre de quitter Eubal, tant qu’ils n’ont pas trouvé un bon receleur pour leurs cailloux. Tom approche le gérant de l’hôtel.


« Dites, je sais qu’il y a des maisons abandonnées dans le village. On pourrait peut-être en chercher une et y loger. Vous pourriez nous y livrer nos repas.

— C’est que je ne peux garantir le ménage et la lingerie, vous comprenez ? Je ne peux assurer que ce qui est à l’hôtel.

— Ne vous en faites pas, mon frère et moi n’avons besoin que de la bouffe. »


Ce que le gérant quinquagénaire ne peut pas lui dire, c’est que le phénomène n’est pas circonscrit à l’hôtel, tout le village est concerné. Certains de ses employés lui ont rapporté des morts et l’apparition spontanée d’étrons dans quelques foyers. Les vieux sont alarmés, ils se rappellent une vieille malédiction qui a été contrée. Mais apparemment, quelqu’un l’a libérée.


Il y a plus d’un demi-siècle, une vieille femme vivant seule avait été accusée de sorcellerie. Le fait qu’une mauvaise récolte et une maladie des bêtes avaient coïncidé avec une sécheresse et des averses soudaines de grêle, n’avait pas eu raison de la superstition populaire. La population avait donc jeté la sorcière dans un ancien puits tari qui n’était plus qu’un trou sans margelle. De terreur, les sphincters de la vieille femme avaient lâché, et la pauvre dont la jambe s’était cassée dans la chute, s’étala dans ses saletés. Malgré la douleur, elle eut la force de proférer une malédiction. Alors que certains se bouchaient le nez, quelques-uns traînèrent une lourde plaque de pierre pour boucher le trou, espérant ainsi contrer la malédiction. Que la vieille femme fût une sorcière ou non, rien n’avait troublé la sérénité du village, jusqu’à maintenant.


Les vieux se sont rués vers l’ancien puits, pensant que quelqu’un avait déplacé la dalle de pierre qui bouchait le trou, libérant ainsi la malédiction de la vieille sorcière. À leur déconvenue, ils ont trouvé la dalle intacte. Un octogénaire pense que d’une façon ou d’une autre, la malédiction a trouvé une porte de sortie, et pas toute seule.


« Ouvrez le puits, on doit descendre.

— Mais tu es fou Alfred, et la malédiction ?

— Bah, elle est déjà libérée, on ne peut pas faire pire. Il faut trouver par où elle est sortie. Maintenant, que quelqu’un cherche une échelle et des torches. »


A suivre !


RAHAЯ

 

Illustrations et note de Lenaïg :

Ah, mais non, le vieux village de Goussainville échappe à cette histoire (voir ma page d'annonce). En effet, ses maisons sont en pierre, il nous faut des maisons en bois !
http://photoseek.com/2011/usa-montana-ghost-towns-history/

LE TROU D’EUBAL - 1/2 - RAHAR, fantastique, horreur
Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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