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LE FORT DU BOUT DU MONDE - 1/2 - RAHAR, science-fiction : une suite à LA CITÉ DES DIEUX

Oh, joie, revoici Ram et Nèfe ! Qui illuminèrent dans La Cité des dieux mon mois d'août 2015 touchant à sa fin ... J'avais à l'époque commis : "un vilain petit dessin néanmoins très enthousiaste répondant à un besoin impératif que j'ai éprouvé après avoir terminé la lecture de l'histoire, dans le jardin, à l'aide de vieux crayons de couleur aux mines qui s'effritaient dans le taille-crayon. Il y en a d'autres que je ne montrerai pas, notamment concernant les humains, les humanoïdes, les extraterrestres, les dieux et ... Dieu ..."

Pour ceux qui aimeraient découvrir les deux héros dans leurs premières aventures, le lien est sous le titre, plus haut. Merci beaucoup, maître Rahar, pour cette nouvelle histoire, première partie maintenant. La suite et fin, demain ! Pour moi, du bonheur à l'état pur, comme on dit ! Je n'ai moi-même encore lu que cette première partie, je savoure ... Ici, point de polar noir, point de "sad end" (triste fin), j'en suis convaincue, pour ceux qui n'aimeraient pas voir les héros périr ni se retrouver avec un monstre sur les bras, ou en liberté dans la nature. L'illustration du fort abandonné, magnifique photo, est le choix de Rahar.
Note de Lenaïg

LE FORT DU BOUT DU MONDE - 1/2 - RAHAR, science-fiction : une suite à LA CITÉ DES DIEUX

Le jeune Ram Sèce s’étira et bâilla sans complexe. Il était seul, dans un box de la vaste salle d’étude. Il avait été récemment promu dessi-maître, pour service rendu à la cité de Friy1, mais ce titre ne devait pas rester simplement honorifique, il devait trimer dur pour le mériter et le conserver, en étudiant d’arrache-pied les cours de ce niveau. Le jeune homme n’avait donc que peu de loisir, et ne voyait plus que très peu son amie Nèfe Hertary.


La jeune fille, devenue rha-compteur de son côté, était confrontée à la même situation que son ami. Alors que ses camarades profitaient de leur loisir, elle potassait dur, dans son box individuel. Dans peu de temps, elle allait passer un examen. Si elle échouait, elle garderait son titre, mais il ne serait alors qu’honorifique, et Nèfe n’aurait plus aucune chance de promotion, les grades de dey-compteur et de maître-compteur lui seraient inaccessibles. Mais la jeune fille était douée et était confiante.


Ram avait aussi des travaux pratiques à effectuer. Il devait donc aller à la caverne d’entrepôt pour chercher du matériel. Comme d’habitude, il avait noté ce dont il avait besoin, car habité par sa curiosité légendaire, il risquait d’être facilement détourné de son but, son attention étant attiré par nombre d’objets du passé insolites. S’il s’en tenait à sa liste, il en aurait eu pour à peine une demi-heure, mais il pouvait passer plus d’une heure en flânerie, allant d’un objet à un autre.


Ce fut ainsi qu’il tomba en arrêt devant un objet en plastique noir d’environ un empan, avec une tige noire. Sur l’étiquette était marqué : « Oki toki solaire, matériel de communication des dieux ». Ram savait pertinemment que ce que les gens prenaient pour des dieux, n’étaient que des humains, en fait leurs cousins lointains, juste plus avancés, beaucoup plus avancés, et qu’ils étaient partis vers leur New-Terra à bord de leur navette, depuis longtemps.


Le jeune homme prit l’appareil. Celui-ci avait un écran, et au-dessus, une plaque photovoltaïque. Ram sortit et exposa l’oki toki au soleil ; il pressa un gros bouton, ce qui alluma l’écran. L’appareil datait peut-être d’un siècle, mais les conditions de stockage l’avaient certainement préservé. Un menu en lettres presque illisible s’afficha. Le jeune homme décida de consulter la mémoire de l’appareil. Du texte commença à défiler lentement à l’écran. Précipitamment, il sortit son crayon et nota ce qu’il lisait.


Ram comprit finalement qu’une navette des Cousins (il préférait ce terme au lieu de « dieux ») s’était crashée dans le lointain septentrion, mais l’unité d’alimentation Gamma avait été récupérée ; elle avait été cachée dans un fort abandonné d’un bled appelé Fèble, pour la soustraire à la curiosité des indigènes. Mais attaqués par des ours, l’équipage avait dû être récupéré en urgence. L’unité devait donc y être encore. Des chiffres terminaient le texte.


Le jeune homme ne savait pas ce qu’était une unité d’alimentation Gamma. Abandonnant le ramassage des objets de sa liste, il partit à la caverne de la bibliothèque : il avait l’intuition qu’il était tombé sur quelque chose d’important. Il descendit au plus profond niveau, son titre de dessi-maître (même honorifique pour le moment) lui permettait d’y accéder. Il chercha l’encyclopédie le plus ancien et alla au tome des sources d’énergie. Heureusement, le volume n’était pas trop abîmé et la lecture n’en fut pas trop laborieuse.


Ram put ainsi saliver sur les différents barrages hydroélectriques, les groupes électrogènes fonctionnant au carburant fossile dont il n’avait aucune idée, les éoliennes apparemment plus facile à construire. La plupart des termes étaient inconnus du jeune bricoleur, et tous ces mécanismes nécessitaient un générateur qui exigeait beaucoup de fil de cuivre isolé ; le cuivre, il connaissait, mais ce métal n’était pas très courant, en cette ère de reconstruction de l’humanité. Il passa à la centrale nucléaire. On lui avait appris que cette installation était très dangereuse et avait failli anéantir l’humanité, et que l’on ne devrait plus en construire.


Le générateur Gamma avait vu le jour au XXVe siècle. Apparemment, il ne nécessitait ni eau, ni carburant, ni vent, mais tirait son énergie du vide… ce qui interloqua Ram : comment tirer quelque chose de rien ? Il était vrai que la physique étudiée par ses contemporains était juste euclidienne. Mais ce qui intéressa le bricoleur, était le faible volume de l’unité qui pouvait alimenter en électricité toute une cité entière : le générateur avait l’encombrement d’un sac à dos. En fait, en l’époque actuelle, la seule utilisation possible de l’électricité était l’éclairage, mais c’était quand même mieux que les bougies et les lampes à suif. Les Maîtres Bricoleurs étudiaient encore le principe des moteurs électriques pour d’autres applications. Tout cela n’était toutefois que théorique, on ne savait pas encore fabriquer de fil de cuivre isolé.


Ram supputa tous les avantages que pourrait apporter le générateur à sa cité. Bien sûr, l’électricité devait être acheminée vers chaque habitation et édifice publique, et il avait en tête une idée de la solution. Mais il avait besoin d’un membre des Compteurs pour trouver ce fameux fort de la contrée de Fèble. Il pensa naturellement à Nèfe ; celle-ci avait étudié la topographie et la cartographie, matières du tronc commun des Compteurs et des Agronomes.

 

« Mais pourquoi ne révèles-tu pas au Conseil ce que tu as trouvé, Ram ?

— C’est encore prématuré, Nèfe. Il faut d’abord localiser précisément ce fort de Fèble.

— Très bien, mais qui te dit que les dieux n’ont pas récupéré cette unité Gamma plus tard ?

— C’est juste mon intuition, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle… Tiens, cette série de chiffres te dit-elle quelque chose ?

— Je crois que ce sont des coordonnées. Allons à la bibliothèque consulter les atlas… Mais d’après ce que tu as dit, nous devons disposer de fils conducteurs pour desservir la cité. Alors, où penses-tu en trouver ?

— Chaque chose en son temps, ma chère Nèfe. Allons voir tes cartes. »


En tant que rah-compteur, la jeune fille avait son accès dans le département des atlas et des cartes. Ram était juste invité et ne pouvait toucher à aucun ouvrage, sans la recommandation de son supérieur. Les cartes des Anciens étaient très précises, et les deux jeunes gens purent localiser le fort. À pieds, cela ferait bien quatre mois de voyage ; à partir de la cité des dieux, il faudrait deux mois. Mais à quelques stades de la mesa, un autre cours d’eau coulait vers le Nord, et une embarcation tirée par une voile de parapente pourrait bien être utilisée. Évidemment, on devait réfléchir sur la question du retour, avec un vent contraire. Il était impossible de savoir si le deltaplane pouvait être utilisable, il fallait avoir l’avis éclairé des météorologues, encore faudrait-il trouver un point suffisamment élevé de départ. Ram et Nèfe allèrent alors convaincre le Maître Bricoleur responsable du jeune homme, de faire réunir le Conseil.

« C’est assez aventureux, mon jeune ami, commença l’Ainé. Comment savons-nous d’abord que ledit générateur est encore là ?

— Nous savons que les dieux sont puissants, plaida le Maître Bricoleur, je suis persuadé qu’ils ont des tas de générateur, et que celui-ci est négligeable pour eux. Imaginez, ô Sage, tout le bien que nous pourrions tirer de la récupération de cet appareil, notre vie serait facilité.

— Il faudrait aussi savoir si votre générateur est toujours opérationnel, objecta un autre Sage. L’appareil date tout de même d’un siècle, au bas mot.

— Je me suis personnellement documenté, reprit le Maître, et je peux vous dire qu’il n’y a aucune pièce mobile susceptible d’usure, et les alliages utilisés sont inaltérables.

— Tout ça est plutôt aléatoire, intervint un autre Conseiller. Et puis, vous dites qu’il faut connecter tout le monde au générateur avec des fils, mais où allons-nous trouver ces fils ?

— Les… hum, dieux vont nous fournir ces fils, affirma Ram. Nèfe et moi allons intercéder auprès d’eux. Avertissez la caravane revenant du septentrion de passer au pied de la mesa de la cité des dieux, les fils les y attendront.

— Tu es bien sûr de toi, jeune dessi-maître, qui te dit que les dieux vont accepter ? Leur dernier message nous a incités à nous débrouiller tout seul, si je ne m’abuse.

— J’ai entièrement confiance en mon disciple, assura le Maître. S’il assure que Nèfe et lui peuvent convaincre les dieux, je le crois. Rappelez-vous ce qu’ils ont accompli, au cours du conflit qui nous a opposé à trois cités.

— Moi aussi, je suis dubitatif, intervint un autre Sage. Je ne suis pas partisan de monter une expédition importante pour cette… fantaisie. Si vous insistez, Maître Bricoleur, eh bien que votre dessi-maître tente sa chance. Quant à la jeune Nèfe, sa participation dépendra du Maître Compteur. »


Le Conseil avait décidé à l’unanimité, l’aventure ne concernerait que les deux jeunes gens. Il n’avait pas permis au Maître Bricoleur de distraire d’autres membres. Il avait toutefois accepté d’envoyer un pigeon à la caravane qui rentrait. Nèfe et Ram équipèrent alors une barque plate et renouvelèrent leur exploit en y adaptant une voile de parapente.


Ram avait expliqué à Nèfe qu’à la cité des dieux, ils trouveraient tout le fil qu’ils voulaient. Ils allaient arracher un bon paquet, puisque les Cousins ne l’utiliseraient plus, et ils allaient le jeter au pied de la mesa. La caravane ramasserait les rouleaux en rentrant. L’accès du tunnel menant au sommet serait bien dissimulé, évidemment : personne d’autre ne devait y accéder. C’était le lourd secret des deux jeunes gens


La récolte du fil arraché des appareils des Cousins faite, ils s’attelèrent à la remorque de la barque avec sa voile sur une dizaine de stades, pour rejoindre le cours d’eau qui coulait vers le Nord. Le voyage leur prit trois jours, sous l’œil curieux des riverains, et ils essuyèrent parfois des jets de flèches. Ils débarquèrent enfin à une trentaine de stades de leur but. Le fort avait été construit au bord d’un lac qui, malheureusement, ne communiquait pas avec leur fleuve.


1 Voir « La cité des dieux »

 

A suivre

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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