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Comme moi, Rahar apprécie les ravissantes créations de Marie Poupée et ... de poupées en maisons de poupée, son imagination a fait le reste ! Voici ce qu'il m'a écrit : Les petites poupées m'ont inspiré ce petit récit. Il y a un mélange de fantastique et de drame familial ... Patience ! il m'a donné le feu vert pour le découper en dés, en tranches fines ou napolitaines et le présenter en entrée chaude pour le WE. Je ne vais pas abuser, le récit aura juste deux parties !
Note de Lenaïg

Illustration : choix de Rahar

LA MAISON DE POUPÉE - 1/2 - RAHAR

« Mais qu’est-ce que c’est que ça, Nadia ?

— C’est une maison de poupée. N’est-elle pas splendide, Andy ?

— Je vois bien que c’est une maison de poupée. Où est-ce que t’as encore dégoté çà ?

— Je l’ai acheté à madame Oakless, elle l’a mise en vente sur internet. C’est pour l’anniver­saire de Clara.

— Mais tu sais bien qu’elle souhaitait un chiot.

— Tatata ! Tu crois vraiment qu’une gosse de cinq ans saurait assumer la responsabilité de prendre soin d’un animal ? Je sais pertinemment que toi-même, tu ne saurais pas t’en occuper. Quant à moi, je n’aurais pas le temps. Non, crois-moi, cette maison de poupée sera parfaite pour Clara. D’ailleurs, regarde-la, la reproduction est extraordinaire. C’est une maison victorienne, avec les meubles d’époque, admire le souci des détails : le papier peint et le tissu des fauteuils sont à l’échelle, les robinets peuvent s’ouvrir, les interrupteurs allument les petites ampoules. Ah oui, les piles sont dissimulées sous le carrelage de la cuisine, je viens de les acheter.

— Je ne suis pas convaincu, ça pourrait ne pas plaire à Clara. Et puis vu sa taille, ça a dû coûter cher.

— Tu n’y connais rien aux petites filles. En fait, je l’ai eu à bon prix. C’était la maison de poupée de la fille de madame Oakless, la petite est morte il y a deux mois. Comme la dame va déménager, elle a organisé une sorte de vide-grenier par internet. À propos, file donc un bon pourboire au taxi, cette maison pèse son poids. Ensuite, viens m’aider à la monter dans la chambre de Clara.

— Très bien, je m’incline. Mais je maintiens qu’elle va être déçue. »

 

Pour une fois, la petite Clara n’eut pas à monter dans sa chambre, à la rentrée de l’école. Elle dut faire ses devoirs dans la salle à manger. Nadia était occupée à cuisiner, et de temps à autre, elle venait jeter un coup d’œil à ce que faisait sa fille. Andy, à qui il incombait de prendre le gâteau d’anniversaire après son travail, devait être sur la route du retour. Une fête plus grandiose serait organisée le samedi suivant, avec les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins et cousines, et quelques amis.

 

Une fois le dîner expédié, le gâteau sorti, les bougies soufflées, et la panse bien garnie, au risque d’attraper quelque indigestion, la petite famille grimpa à l’étage, la petite Clara précédant gaiement ses parents. Le cœur de Nadia battait, elle anticipait la joie de sa fille. Quant à Andy, son scepticisme était mêlé d’appréhension.

 

En entrant dans la pièce, la petite fille ne vit pas tout de suite la maison de poupée. Elle regardait de gauche à droite sa chambre, et la déception commença à poindre quand elle ne vit aucun panier, et même pas un paquet cadeau.

 

« Regarde Clara ! Regarde la jolie maison de poupée. N’est-elle pas magnifique ? Viens, approche. »

 

Ce fut alors que la petite fille se rendit compte de la présence de la maquette. La maison avait été installée sur une table basse placée contre le mur en face du lit. Ainsi, ce serait la première chose que Clara verrait au réveil.

 

« Tu vois ma chérie, c’est une reproduction très fidèle d’une maison victorienne du siècle passé. Admire la restitution du beau parquet, le papier peint de chaque chambre est très réaliste, et examine bien les meubles du salon, ils sont simplement fantastiques. C’est la maison des Martin : il y a le papa Earl… voilà, la maman Joyce… ici, et leur petite fille Heather… là. Ils ont des invités, les Smith : le papa John et la maman Harriet… là sur le canapé, et leur fille Gwen qui joue avec Heather… C’est adorable, non ?

— Euh… Chérie, d’où as-tu tiré ces noms ?

— Eh bien, du film Une Famille Formidable, pourquoi ?

— Ne crois-tu pas que c’est à Clara de leur donner des noms ?

— Ah… Tu as raison, après tout c’est sa maison. »

 

La petite fille n’était pas encore entièrement revenue de sa déception. Bien sûr, la maison était magnifique, mais on ne voyait pas l’enthousiasme sur la figure de Clara. À voir son air sérieux, on pourrait croire qu’elle était fascinée, et Nadia crut qu’elle l’était vraiment, pour manifester extérieurement sa joie. La mère pensa avec fierté que sa fille avait bénéficié d’un privilège dont elle-même avait été privée : avoir une maison semblable avait été son propre rêve d’enfant.

 

« Alors ma chérie, tu veux les renommer ?

— Ça ne fait rien m’man, c’est bien comme ça.

— Oh, mais que vois-je là ! Le papier de ce mur a été rafistolé. Attends, je vais le remplacer demain.

— Arrête m’man ! C’est bien comme ça, laisse ça tranquille.

— Mais c’est affreux, ma chérie… Et je vais faire de nouveaux habits à Joyce, ce qu’elle a ne lui va pas.

— J’te dis de pas y toucher !

— Laisse Nadia, si la maison plaît à Clara telle quelle, eh bien tant mieux. »

 

Andy entraîna sa femme pour laisser leur fille jouer. Nadia suivit avec une certaine réticence son mari, et jeta un dernier regard à la maison de poupée. Deux heures plus tard, elle monta faire coucher Clara. Devant la porte entrebâillée, elle vit sa fille, assise en tailleur, silencieuse, fixant la maquette ; elle ne remarqua même pas la présence de sa mère. Intriguée, celle-ci redescendit hâtivement.

 

« Andy, Clara se conduit bizarrement.

— Comment ça ?

— Elle reste assise à fixer la maison de poupée sans rien faire.

— Ben elle est peut-être en train d’explorer la maquette. C’est une reproduction plutôt grande, quand même… Bon, laisse-moi la mettre au lit. Va enfiler ton affriolant peignoir, je ne serai pas long. »

 

Le jeune homme trouva effectivement sa fille assise… comme en transe, devant la maison de poupée. Elle n’était pas en train d’explorer la maquette, son regard était fixe.

 

« Eh ma puce ! C’est l’heure d’aller au dodo. Viens.

— P’pa, la maison est vivante.

— Mais oui, mais oui. Allez viens, je vais te border mon cœur.

— S’il te plaît p’pa, laisse la veilleuse allumée.

— Tiens donc, c’est une première ! Tu n’en avais plus besoin depuis deux ans.

— Allons p’pa, cette fois seulement… S’il te plaît.

— Bon d’accord. Bonne nuit, ma puce. »

 

Andy alla rejoindre sa femme, mais il était perplexe. Il était évident pour lui que la maquette mettait Clara mal à l’aise. Il avait bien noté son manque d’enthousiasme, à sa découverte. En réalité, c’était Nadia qui désirait cette maison, elle voulait pour sa fille ce qu’elle n’avait apparemment jamais eu. Mais la voulait-elle vraiment pour la petite ? Il pensa au cliché éculé du petit train du gamin dont c’était le père qui jouait avec.

 

Nadia devait pertinemment savoir ce qui plairait vraiment à une petite fille de cette génération. Mais quelle mouche l’avait donc piquée ? Et puis Andy se rappela soudain. Alors que sa femme surfait sur le net pour chercher un cadeau pour Clara, elle était tombée sur l’annonce d’une certaine madame Oakless qui vendait une maison de poupée ; il était allé se faire du café, mais quand il était revenu, Nadia était encore sur l’offre, et notait le numéro de portable de la dame. Puis elle avait repris sa recherche.

 

Tard dans la nuit, la petite Clara dormait profondément. La Lune qui passait éclaira d’une lumière glauque la petite chambre, par la fenêtre vitrée. Ses rayons touchèrent une partie de la maison de poupée. Alors la maquette fit entendre une sorte de grésillement presque imper­ceptible, les minuscules ampoules se mirent à clignoter de façon erratique, comme si elles hésitaient à s’allumer. Le piano diffusa une musique aigrelette : un minuscule mécanisme de boîte à musique avait été intégré dans son corps. Cinq minutes après, le silence et l’obscurité étaient revenus.

 

Le lendemain, Nadia alla réveiller sa fille et la préparer pour l’école. Pressées par le temps, aucune n’eut l’idée de regarder la maison de poupée. Enfin, leur regard glissait seulement sur elle sans vraiment s’y attacher. La maquette resta donc seule jusqu’en fin d’après-midi.

 

A suivre !

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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