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Priorité à la mer Méditerranée, antique, pour changer, mais nous terminerons par la Manche, moderne ! Une photo de cinéma : Kirk Douglas dans le rôle d'Ulysse, Rossana Podesta dans le rôle de la princesse Nausicaa (film italien de Mario Camerini sorti en 1954) :
http://theredlist.com/wiki-2-24-224-267-view-fiction-profile-penelope-ulysses.html#photo

pour annoncer le récit qu'Homère fait conter par Ulysse aux Phéaciens (extrait).
Ensuite, dans un grand vol de goéland, on montera vers les criques des Côtes d'Armor
:  
http://www.plages.tv/detail/plage-pors-rolland-ploumanach-22701
en profitant du début de la belle prose bouillonnante de Patrick Grainville, dans sa nouvelle "Mouette mange le ciel !" datée des samedi 24 et dimanche 25 juillet 1999, que j'ai lue dans le délicieux recueil Librio intitulé Une journée d'été Des écrivains contemporains racontent ...

Plage et rivage à travers les âges - Les lundis d'Enriqueta

Le repos d'Ulysse sur une plage méditerranéenne accueillante, après avoir pour la seconde fois fait naufrage. Le lendemain ce sera la rencontre avec la douce Nausicaa, mais Ulysse, marié à Pénélope qui l'attend à Ithaque -et comment !- déclinera de devenir l'époux de la belle et repartira sur les flots sur un nouveau bateau et avec un autre équipage offert par les Phéaciens. Après dix ans d'errance dus aux caprices divins, son voyage de retour de la guerre de Troie touche à sa fin (mais pas sans encombres pour autant). Note de Lenaïg

*

"0 reine, il me serait difficile de te raconter toutes mes infortunes ; car les immortels m'ont sans cesse accablé de maux : cependant je vais te répondre. — Au loin dans la mer s'élève l'île d'Ogygie qu'habite la fille d'Atlas, l'artificieuse Calypso, puissante déesse à la belle chevelure, que fuient et les hommes et les dieux. Une divinité me conduisit seul dans sa demeure pour être son hôte infortuné, lorsque Jupiter eu lançant du haut des cieux sa foudre éclatante eut brisé mon navire, au sein de la mer ténébreuse. Tous mes braves compagnons perdirent la vie ; mais moi, saisissant entre mes bras la carène de mon vaisseau ballotté par les vagues, je fus pendant neuf jours porté sur les ondes. Le dixième jour, par une nuit obscure, les dieux me poussèrent vers les rivages de l'île d'Ogygie habitée par Calypso à l'ondoyante chevelure. La déesse m'accueillit avec empressement ; elle me combla de caresses, prit soin de mes jours, et me dit qu'elle me rendrait immortel en m'affranchissant à jamais de la vieillesse ; mais elle ne put fléchir mon cœur. Je demeurai sept années entières dans cette île, arrosant de mes larmes les vêtements sacrés que m'avait donnés la divine Calypso. Lorsque dans le cours du temps la huitième année fut arrivée, la déesse m'ordonna de tout préparer pour mon départ. Soit que Jupiter eût donné cet ordre, soit qu'elle-même eût changé de pensée, elle me renvoya sur un frêle radeau garni de liens ; elle me fit de nombreux présents, me donna du pain et du vin délicieux, me revêtit de magnifiques vêtements ; puis elle fit souffler un vent doux et propice. Pendant dix-sept jours je voguai sur la mer ; et le dix-huitième les montagnes ombragées d'arbres de votre pays m'apparurent. A cette vue je fus transporté de joie ; mais j'avais encore à souffrir de nouveaux malheurs ! Neptune, en déchaînant les vents, me ferma le chemin et bouleversa la mer ; la fureur des vagues ne me permit point de rester sur mon radeau ; et bientôt, malgré mes gémissements, il fut brisé parla tempête. Alors nageant avec effort, je fendis les ondes jusqu'au moment où les vents et les flots me poussèrent contre ces rivages. J'allais toucher à la terre quand une vague me jeta contre un immense rocher, dans un lieu stérile, et là j'aurais été impitoyablement englouti si, me retournant aussitôt, je n'eusse nagé jusqu'aux rives de cette île. Une plage favorable s'offrit à mes yeux, une plage unie, sans rochers et à l'abri des vents. Je gravis cette côte, et bientôt je tombai sur le sable privé de mouvement et de forces. La nuit divine descendit sur la terre, et moi, m'éloignant du fleuve formé par les eaux du ciel, je me couchai sous des arbustes ; je me couvris de feuilles sèches, et un dieu me plongea dans le plus profond sommeil. Là, quoique affligé de chagrins, je dormis toute la nuit sous ces feuilles et le lendemain même jusqu'au milieu du jour. Le soleil était près de terminer sa course quand le doux sommeil m'abandonna."

http://iliadeodyssee.texte.free.fr/aatexte/bareste/odyssbareste/odyssbareste07/odyssbareste07.htm

Plage et rivage à travers les âges - Les lundis d'Enriqueta

"Me voici dans ma crique d'Armor, ma favorite. Oui, dans un des milliards de créneaux de la côte bretonne. Inscrit dans le puzzle des découpures, la mosaïque des plages, des îles, des abers et des rias, des granits colossaux, fissurés, chamboulés à perpète. Je suis là. C'est l'endroit profond du bonheur. Etroit théâtre ouvert sur la mer. Je suis ancré, épanoui. Déjà, mon oeil nomade voyage vers l'horizon des balises, des barques, des promontoires. La pulvérisation des rivages me ravit. La profusion des formes, des passages, des baies, des bosses, des échancrures rocheuses. A marée basse, c'est doux, jauni, ocre, beige, moutarde, dans la brillance du ruissellement. Je peux aller rejoindre à pied les îles désirées. Leur coiffe de bruyères comme un bonnet surplombe la verticale plus claire du roc, éboulé à sa base, concassé, bientôt réduit en galets, sables jusqu'au lapement des vagues. Quelle île choisir ? La plus lointaine. Marcher dans l'eau forte et sexuée des goémonds, lever plumiers, courlis et pies de mer. Soudain, courir dans le vent, le soleil. Chasser les souvenirs, les peurs. Se jeter hors du temps. Dans la dilatation de l'instant vif. Ce délire d'eau, de roc et de lumière. Souvent tout nu. Personne en vue. Saoul.
Et quand j'ai pris du champ, me retourner et contempler la minuscule enclave de mon bonheur. Ma crique. Mon havre, ma plage cachée que j'ai découverte il y a vingt ans. Son site intime, équilibré, charmant. Son équité. Son échancrure solide, taillée comme une morsure de canine géante, dans l'éclat de la falaise. Aux deux bords, la crique se referme. Bouclée, bien campée, bien cambrée. On y accède par un sentier sinueux, accidenté. Pendant un moment, les ajoncs, les bruyères, les épineux haussés masquent la vue. On se faufile dans l'ombre crue de la coulée. On respire tout ce vert obscène de la terre. Et soudain, on débouche au-dessus de la plage. Tout s'ouvre. L'air salin, la mer, ses nacres, ses opalescences, ses turquoises, son extraordinaire douceur du matin."

Patrick Grainville

Tag(s) : #Jeux, #Articles

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