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Les troupes vont bientôt défiler, nous sommes à la veille de la fête nationale. Rahar, inspiré par une légende de son pays, nous entraîne dans les pas de soldats en mission. Légionnaires ou pas, ce ne sont pas des bisounours et même si l'objectif est bien pacifique, le danger est ... énorme ! On va presque se croire dans le film Predator avec Schwartzy ... On va partager à fond la vie de ces hommes, leurs discussions, leurs ressentis, leurs comportements divers, leurs plaisanteries, à condition qu'on n'ait pas peur de se lancer aussi ... Une aventure dense et riche, fantastique ou pas ... J'ai beaucoup aimé !
Photo : Légion mais treillis ou chemisette cam pour le Légionnaire de dos ?
france-airsoft.fr

Note de Lenaïg

LA CALNOOR - 1/5 - RAHAR

La vie dans l’armée se résume à obéir aux ordres. Quand on est affecté, il n’y a pas de sentiment, pas d’état d’âme qui tienne, il faut y aller. Un troufion, même s’il est caporal, ne peut pas se payer le luxe d’imiter le marin qui a une femme dans chaque port : on n’est jamais sûr de repasser par une même garnison. Et si l’on n’est pas un officier, il n’est pas évident de se trimballer avec une famille.

 

Nous sommes une vingtaine de caporaux à être affectée à une garnison dans le Sud, à quelques deux cents kilomètres. Nous devons remplacer les encadreurs qui seront affectés ailleurs. Le Gouvernement a décidé de rentabiliser l’Armée en l’impliquant davantage dans le processus de développement du pays ; en gros, notre principale tâche est l’appui au développement de la région. C’est ainsi que le groupe affecté comprend six spécialistes du génie, huit autres formés en agronomie, et les six restants ont bénéficié d’une formation d’infirmier.

 

Le sergent Belvoi, notre encadreur, nous fait monter dans l’hélicoptère Mojave où le lieutenant Graddey, responsable de notre groupe, est déjà installé. Nous prenons place tant bien que mal avec notre paquetage, et vogue la galère. Nos chansons paillardes ont du mal à contrer le vrombissement de l’appareil.

 

Nous sommes un peu plus qu’à mi-chemin, quand un choc à l’arrière nous surprend. Presque immédiatement, l’hélicoptère commence à tanguer, puis à valser et à perdre de l’altitude. Le sergent, lui-même peu rassuré, ne peut réprimer le brouhaha des hommes effrayés. Puis c'est la chute.

 

Je me réveille étendu sur le sable. Je regarde autour de moi. Nous sommes dans une gorge, dans le lit d’un ancien oued. L’appareil s’est écrasé, le nez dans une dune. Je vois à côté de moi trois corps dont le lieutenant, et deux blessés. Le sergent est en train de coordonner l’évacuation d’autres corps désarticulés de l’hélico. Je me relève péniblement ; je suis un peu étourdi et mon corps est tout moulu, mais je pense que je suis indemne. Je n’ai pas reçu une formation d’infirmier et je crains de faire plus de mal que de bien aux blessés, alors je vais aider les autres. Heureusement, l’appareil n’a pas explosé.

 

Les quatre hommes d’équipage sont morts. Le pilote et le copilote qu’on n’a pu dégager ne sont d’ailleurs plus que de la bouillie. Le lieutenant est mort. Huit hommes qui se sont installés à l’avant sont morts écrasés par nous autres installés à l’arrière, propulsés par le choc. Nous n’avons pu que les enterrer dans le sable marneux. Nous les survivants, nous comptons trois blessés et l’un des gars a une foulure au pied, le reste n’a que des contusions, spectaculaires pour certains, mais relativement peu graves. Le sergent nous rassemble.

 

– Nous n’avons pas d’appareil de transmission ni de communication. Il serait tentant d’attendre ici les secours, mais c’était le seul hélico de la garnison et il faudrait du temps pour en détourner un autre d’ailleurs ; et puis voyez l’environnement, il serait difficile de nous trouver et il n’y a rien à bouffer dans cette zone aride. D’après la carte, nous sommes à une centaine de kilomètres de notre destination. Nous pouvons y être en moins de deux jours.

– Mais sergent, Matthieu, Marc et Luc sont blessés, et…

– Eh, les infirmiers, avez-vous récupéré vos affaires ?

– Le matériel est intact sergent, mais…

– Très bien, soignez-les de votre mieux, nous partons dans une demi-heure. Préparez vos paquetages.

 

Après une heure de marche, le sergent doit se rendre à l’évidence. Les blessés et surtout John que sa foulure fait abominablement souffrir malgré la morphine, n’arrivent pas à suivre le rythme. Obligés de ralentir, nous n’arrivons au village porté sur la carte que tard le soir. Cette petite agglomération ne compte qu’une trentaine de toits serrés comme des poules frileuses, vivant quasiment en autarcie. On y cherchera en vain un quelconque portable ou même une radio à piles. Mais les gens y sont prospères, rien qu’à voir les joues rebondies des enfants, et très hospitaliers. Nous remplissons agréablement nos panses, nous avons même eu droit à une petite eau-de-vie vraiment pas mauvaise, et la paille des granges est moelleuse à souhait.

 

Au petit matin, nous surprenons le sergent en pleine discussion animée avec le doyen du village. Nous sommes rapidement distraits par le défilé des villageoises qui nous apportent le petit déjeuner. Nous gardons de côté de concert le pain et la charcuterie, car nous ne voulons pas alourdir notre estomac, nous avons une rude marche en perspective. Certains de nous ont pu jeter un œil à la carte et la configuration du terrain ne présage pas une promenade de santé.

 

– Dites sergent, vous vous êtes disputé avec le vieux ?

– Pas vraiment. Ce gâteux m’a vivement conseillé de faire un détour par la montagne, ce qui nous ferait parcourir plus de cent cinquante kilomètres.

– Mais pourquoi, sergent ?

– Bah, ce superstitieux affirme que la plaine devant nous est dangereuse.

– Il y a des sables mouvants ?

– Il y a des bêtes sauvages ?

– Il y a des brigands ?

– Non, il n’y a pas de brigands. Et puis, qui détrousseraient-ils ? Les gens de la région n’y vont pas. Il n’y a que quelques chiens sauvages et des harets, et il n’y a pas de marécage.

– Mais alors, pourquoi ?

– Il paraît qu’il y a des démons… ou plus précisément des démones, des calnoors qui peuvent s’attaquer aux voyageurs imprudents.

– Et il croit à ça ? D’où tient-il ces balivernes ?

– Cette légende lui vient de son grand-père. Les gens d’ici ont un grand respect des traditions et des aînés. Il affirme d’ailleurs que quelques fortes têtes de son village s’y sont risquées et on ne les a plus revues.

– Mais ils peuvent avoir trouvé une herbe plus verte ailleurs.

– Ou avoir trouvé un bon trou où creuser et mettre leur pieu, hi hi.

– Non, ces gens font parfois du troc avec les autres villages, du surplus agricole ou des produits d’artisanat contre du métal, et personne n’a vu les disparus… Enfin, les superstitions sont tenaces dans ce coin perdu, préparez-vous, on va y aller, droit devant.

 

Comme prévu, la marche a été ralentie par les blessés et le poids supplémentaire des provisions. Il y a bien des arbres fruitiers, mais ça ne fait qu’encombrer l’estomac. Et pas le moindre lapin ou autre gibier à se mettre sous le fusil. Quant aux chats sauvages, ils sont trop malins pour se mettre à portée de tir. La plaine est une succession de bois, de savanes aux herbes hautes et coupantes, parsemées de ronciers et d’églantines, et de rocaille où il est facile de se fouler la cheville et où il n’est pas bon de se reposer assis, rapport aux scorpions.

 

Vers les seize heures, alors que nous avons parcouru laborieusement une vingtaine de kilomètres, nous abordons un petit bois que le sergent décide de ne pas contourner : on marchera au moins à l’ombre. Nous y sommes à peine engagés que j’entends une sorte de gémissement et une petite plainte aiguë.

 

– Vous avez entendu les gars ?

– Ouais, on dirait quelqu’un… Je crois que c’est par là, sergent.

– C’est peut-être une bête blessée.

– Non, non, c’est pas un animal. Mon père est véto, je sais que c’est pas une bête.

– Paul, Pierre, venez avec moi… Vous êtes bien infirmiers, hein ? Les autres, restez là.

 

A suivre

 

RAHAЯ

LA CALNOOR - 1/5 - RAHAR
Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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