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L’intérieur de la maison de la vieille Rosalie était décoré à l’ancienne, mais l’ensemble était plutôt chaleureux. Pierrot eut un aperçu d’une petite pièce, à travers un rideau de perles de bambou. Il distingua des étagères de flacons remplis de liquide, de plantes et de choses indéfinissables. Il supposa donc que la vieille Rosalie était une guérisseuse. Le jeune homme était bien lancé sur la description de son projet, quand la vieille dame le coupa net.

 

« Donnez-moi votre main, jeune homme.

— Euh… Vous allez lire les lignes de ma main ? »

LES LARMES DE LA LUNE - 3/6 - RAHAR

L’intérieur de la maison de la vieille Rosalie était décoré à l’ancienne, mais l’ensemble était plutôt chaleureux. Pierrot eut un aperçu d’une petite pièce, à travers un rideau de perles de bambou. Il distingua des étagères de flacons remplis de liquide, de plantes et de choses indéfinissables. Il supposa donc que la vieille Rosalie était une guérisseuse. Le jeune homme était bien lancé sur la description de son projet, quand la vieille dame le coupa net.

 

« Donnez-moi votre main, jeune homme.

— Euh… Vous allez lire les lignes de ma main ? »

 

Notre ami Pierrot avait tort. La gentille dame sembla malaxer la main, puis prendre ses pouls à la façon des médecins chinois. Ensuite, elle lui enfonça un doigt au creux des reins… enfin, du côté malade. Le jeune homme ne put réprimer un cri de douleur.

 

Rosalie alla dans la petite pièce et s’y affaira quelques minutes. Elle revint avec un flacon de liquide. Elle appliqua sa main dans le dos de Pierrot en marmonnant quelque incantation ésotérique. Puis elle lui donna le flacon en lui en serinant la posologie.

 

« Et vous croyez que ça va me guérir ?

— Je ne le crois pas, je le sais mon petit… Reprendrez-vous votre vie trépidante ?

— Ben… Je dois y réfléchir si jamais je guéris.

— Quand, pas si. Quand vous serez guéri… homme de peu de foi.

— C’est bien beau tout ça, mais j’ai déjà des médocs pour me soigner.

— Je vous recommande de jeter ces poisons. Mais vous faites ce que vous voulez mon petit, personne ne vous oblige. »

 

Pierrot poursuivit sa route, songeur. Il était de ces gens qui étaient conditionnés pour se fier à la médecine moderne, à la science, et qui n’avaient jamais entendu parler de médecine alternative. Il prit soudain conscience de la disparition de la lourdeur lancinante de son dos. Il eut l’intuition que la vieille Rosalie possédait à l’évidence un don de magnétisme. Restait à savoir si ce soulagement était provisoire ou permanent.

 

Sur le chemin du retour, Pierrot vit un homme s’écrouler, faisant faire un écart à un chat noir, en proie à une crise d’épilepsie. Il s’approcha des quelques personnes qui s’étaient agglutinés autour du pauvre bougre. Ils ne faisaient que regarder. Le jeune homme s’indigna.

 

« Pourquoi restez-vous sans rien faire ? Il faut aider cet homme.

— Ne le touchez surtout pas, jeune homme.

— Pourquoi ? Il est contagieux ?

— Ne soyez pas sarcastique. Ça dépend.

— Quoi, l’épilepsie peut se transmettre ?

— Ce n’est pas une épilepsie. Certains sorts pernicieux peuvent atteindre quelqu’un qui ose toucher la victime. Le responsable peut être incompétent… ou être particulièrement vicieux.

— Mais vous voyez bien que cet homme souffre.

— Bah, il l’a peut-être mérité. Sinon, quand la crise sera passée, il ira voir son guérisseur.

— Euh… Si c’était un sort, on connaît le responsable ?

— Ben la victime peut se douter de son identité… ou non. C’est la vie. »

 

Pierrot secoua la tête. Les gens d’ici semblaient habitués à ce genre de chose. Une épilepsie contagieuse ? Absurde. Et pourtant, bien qu’il se traitât de lâche, il n’osa pas prendre d’initiative. D’ailleurs, il n’était pas médecin. Quoi qu’il en fût, la crise passa et l’homme se releva, salua gauchement les quelques personnes attroupées et s’en alla. Il se passait des choses insolites ici.

 

Le soir, Pierrot projeta d’aller dîner à la gargote qui accueillait les ouvriers qui aimaient rentrer tard ou habitaient loin, mais Mélusine l’invita à partager leur repas, à sa fille et elle. Il arriva avec le meilleur vin de l’épicerie du village. Son inconscient nota la présence d’un chat noir perché sur l’arbre du jardin. Lucille, la fille de Mélusine, était une gamine délurée d’une dizaine d’année. Très intelligente, elle lui posa des questions pertinentes sur la vie citadine, sur l’influence de la technologie sur les affaires et autres sujets actuels. Le jeune homme raconta ce qu’il avait vu tout au long de sa journée, se demandant si tous les habitants avaient l’habitude de se jeter des sorts, non point qu’il crût à ces absurdités moyenâgeuses. Mais il était quand même intrigué, la région n’était pas enclavée, et non loin, il y avait un pylône qui permettait aux villageois de communiquer avec reste du monde... si le cœur leur chantait. Les gens n’étaient pas des abrutis, il le savait après les avoir côtoyés. Ils se méfiaient peut-être de la modernité, ou bien ils tenaient à garder leur tradition, allez savoir.

 

A suivre

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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