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LES LARMES DE LA LUNE - 1/6 - RAHAR

La Colline de Trouville, toile d'Auguste Renoir, présentée par l'artiste Pierre Masmoulin sur son blog : clic ! par ma volonté de "dea ex maquina" de la page, se transforme ici pour l'occasion en petit village mystérieux, vers lequel le héros monte à scooter ! Mais le pouvoir de la dite "dea ex maquina" s'arrête là ! Place à maître Rahar et à son héros Pierrot Moune, une captivante et délicieuse nouvelle histoire commence !
Note de Lenaïg

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LES LARMES DE LA LUNE - 1/6 - RAHAR

Le village était perché sur une colline, du moins son centre administratif. La région était à vocation essentiellement agricole, et la plupart des habitations étaient dispersées, chacune au milieu de son exploitation. Sur un versant de la colline, il y avait une large étendue d’éboulis de rocs que de loin, on aurait pris pour du gravier. De l’autre côté, presque toujours dans l’ombre du monticule, un étang était ceinturé par un petit bois qui baignait dans une brume rampante. Pierrot Moune traversa la rue principale sur son scooter. Il était salué par des visages souriants, ignoré par des indifférents, suivi des yeux par des méfiants, bref il se trouvait parmi des gens normaux.

 

Le jeune homme avait été un trader de haut niveau. Il avait fait gagner des millions, mais il avait aussi réussi à se constituer un joli magot, avant que le stress le mît hors-jeu. Un bilan de santé lui révéla qu’un de ses reins avait flanché. Il lui fallait lever le pied et se refaire une santé. À vingt-cinq ans, notre ami Pierrot devait abandonner le métier dont il rêvait, une activité qui lui fournissait une dose d’adrénaline des plus gratifiantes, et une reconnaissance méritée de ses pairs. Mais il devait se faire une raison, son rein malade lui interdisait désormais toute agitation, tant physique que mentale. Voilà pourquoi il se trouvait ici, à Mondéçor, loin de la vie trépidante des villes. Il projetait de créer une entreprise de transport pour améliorer la valorisation des produits de la région. Il voulait d’abord prendre la température du lieu, connaître la mentalité des gens et voir la potentialité du terroir.

 

Pierrot trouva une maison dont les propriétaires étaient décédés. Ses voisins étaient aimables, serviables, bref sympathiques. Le jeune homme projetait d’embaucher un entrepreneur de la ville, mais ces gens l’avaient persuadé qu’ils feraient tous les travaux de restauration, bien mieux que les citadins. Et d’ailleurs, cela leur ferait plaisir et honneur, ils le trouvaient si sympathique. Ils ignoraient certainement que l’ex trader était fortuné.

 

Le jeune homme ne voulut pas les froisser, mais il était intrigué par les matériaux que ses voisins si serviables utilisaient. Le ciment avait une drôle de couleur, la peinture qu’ils utilisaient sentait bizarrement, quoique l’odeur se dissipât peu à peu, le bois qui servait à remplacer des voliges abîmées était d’une essence inconnue. Mais finalement, Pierrot trouva qu’ils ne s’en étaient pas sortis trop mal… c’était plutôt une litote, il était visible que ces gens maîtrisaient parfaitement leur affaire, en tant que maçon, peintre, jardinier, paysagiste, décorateur… Après quelques jours, Pierrot se retrouva avec une maison rénovée, chaleureuse, et d’une rusticité charmante. Son jardin pouvait rivaliser avec celui des stars, n’était cette sauge incongrue plantée au milieu ; mais le jardinier finit par le convaincre que cela donnait une touche originale au jardin… et puis la sauge avait un grand pouvoir protecteur.

 

Se basant sur les tarifs urbains, le jeune homme allait rédiger des chèques pour ces gens si gentils, quand la décoratrice, une jeune veuve au regard incongrument langoureux nommée Mélusine, lui expliqua que les villageois ne faisaient pas affaire aux banques, et ici, l’entraide ne se monnayait pas. Comprenant l’allusion, Pierrot organisa des agapes à la bonne franquette. Une phrase de Merlin, le peintre pour l’occasion, fit tiquer le jeune homme. Le quadra dit en passant que tout avait été fait pour protéger la maison du petit nouveau contre les sorts et les sortilèges. Pierrot pensa alors que c’était une sorte de formule traditionnelle, propre à leur culture, et n’y attacha pas plus d’importance.

 

Comme sa conscience ne le laissait pas tranquille, le jeune homme se mit en tête de rendre visite à ses voisins, déployant ses talents d’ex trader pour trouver ce dont chacun de ces gens avait besoin. Un peu plus tard, un livreur apporta au maçon Julius agréablement surpris, un vélo pliable ; la jeune veuve fut estomaquée en ouvrant sa porte : le chiot de ses rêves la regardait candidement de son panier ; le jardinier eut droit à une invitation au Jardin des Plantes, avec des billets de transport ; Merlin reçut un exemplaire d’occasion de l’introuvable De Res Magica de Minus Albert ; le paysagiste, en réalité le boulanger du village, eut un sentiment mitigé devant le pétrin livré : c’était le modèle dernier cri, mais il devait potasser la volumineuse documentation qui l’accompagnait. Ces gens comprenaient que le nouveau venu avait une autre mentalité, et ils admettaient avec indulgence que ce ne serait pas du jour au lendemain qu’il rentrerait dans le moule.

 

A suivre

 

RAHAЯ

Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar

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