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« N’importe quoi ! T’es sûrement dingue, il a fallu des millions et des millions pour lancer une fusée sur la Lune, alors pour Mars, comment crois-tu qu’on ait pu amener ici des centaines de personnes ?

— Je ne sais pas encore, mais ceci est la réalité. Ne sentez-vous pas la faible gravité ? Demandez à ceux qui ont essayé de s’évader, l’horizon est bien trop proche pour que ce soit celui de la Terre, le soleil est plus éloigné. Et demandez-leur, du moins s’ils l’ont remarqué, la couleur des cailloux, et s’ils en ont déjà vu de pareils sur Terre. Surtout, n’avez-vous pas de la difficulté à respirer ? Ne vous demandez-vous pas pourquoi vous vous fatiguez rapidement ? Et n’accusez pas votre régime, il est équilibré… ni l’altitude, nous ne sommes qu’à quelques dizaines de mètres du niveau d’une mer virtuelle.

— T’es un savant ? Pourquoi qu’on te croirait ?

— Je n’ai pas de diplôme officiel, c’est vrai, mais réfléchissez à ce que je vous ai dit. Maintenant, que vous me croyez ou non m’importe peu. Je n’ai pas l’intention de crever ici.

— Ah oui gros malin, si on est vraiment sur Mars, comment espères-tu rallier la Terre ?

— Je trouverai. Si je n’ai pas beaucoup de muscles, je suis un cerveau à pattes.

— Petit prétentieux, va ! »

 

Soudain, une sirène s’était mise à hurler. À sa surprise, Paul vit ses compagnons se précipiter pour rentrer. Il attrapa l’un d’eux.

« Mais qu’est-ce qu’il y a ?

— Une tempête arrive, on doit rentrer immédiatement.

— Mais les serres ne vont pas résister ?

— Si, mais les insectes tueurs accompagnent la tempête. Tu ferais mieux de te grouiller. »

Paul se rappela l’espèce de criquet qui s’était attaqué au lézard. Il suivit le mouvement. Il constata alors que l’enceinte ne servait pas vraiment à protéger de la tempête, mais à empêcher les insectes de pénétrer, ils ne volaient pas très haut. Il y avait une tempête environ toutes les quinzaines.

http://www.natureworldnews.com/articles/8830/20140902/asian-camel-crickets-invading-us-homes.htm

http://www.natureworldnews.com/articles/8830/20140902/asian-camel-crickets-invading-us-homes.htm

 

Au fil des affectations, et en consultant les cartes de ses compagnons, Paul se fit une idée de la configuration de la base, il avait une excellente mémoire. Le plan était évidemment incomplet, il y avait toute une zone inconnue, car interdite d’accès. Notre homme se doutait que c’était le secteur de l’administration et du contrôle de la base.

 

 

Un soir, il trouva un goût bizarre à sa boisson. Il n’y toucha pas, mais en regardant autour de lui, il vit que tous les verres étaient vides. Il versa discrètement le liquide dans un pot de ficus. Vers les dix heures, Paul endurait le ronflement de ses compagnons de chambrée. Il s’était douté qu’on les droguerait, et il veillait. Il n’avait pas eu longtemps à attendre, il entendit comme un bourdonnement agaçant, un peu comme un transformateur électrique. Les fenêtres laissaient passer une lueur mouvante. Paul se leva et alla voir. Tout de même surpris, il vit une vaste soucoupe auréolée de lumière colorée, se poser délicatement au milieu de l’immense esplanade.

 

Alors, c’était ainsi qu’on les avait amenés ici. Paul avait bien lu des blogs de conspiration­nistes, mais n’y avait cru qu’à moitié, il n’avait pas eu le loisir d’approfondir la question. Voilà pourquoi on les avait drogués, on voulait les laisser dans l’ignorance. Comme si cela avait de l’importance : la main-d’œuvre n’allait jamais être libérée. Au matin, on vit de nouvelles têtes, tant parmi les soldats, qui avaient été relevés, que parmi la main-d’œuvre. Mais Paul vit que ses compagnons étaient blasés.

 

Paul décida d’agir. Il avait observé en éthologue la vie du lézard martien. Il connaissait ses proies : des insectes aptères et des sortes de ver. Un jour, il sortit de la base, captura un lézard, se défit de son bracelet, grâce à un bout de fil d’acier, et le referma sur l’animal qu’il libéra. Le GPS signalerait qu’il était toujours vivant, mais à l’extérieur de la base. L’opération ne lui avait pris que quelques minutes, et il eut le temps de rentrer sans incident. Désormais, il était virtuellement invisible pour les appareils.

 

Paul repéra une bouche d’aération, enleva la grille et grimpa dans les conduites. Son petit gabarit lui facilita l’opération et il se déplaça aisément dans la canalisation. Le plan incomplet de la base en tête, il rampa vers la zone interdite.

Il arriva à ce qu’il estima la salle principale de contrôle, en voyant par la grille un tas de consoles de surveillance et des soldats affairés. Interloqué, il entendit parler russe et se rendit compte qu’il y avait deux sortes d’uniforme. En continuant sa route, il tomba sur une grande pièce de dépôt. Il descendit et se mit à faire l’inventaire. Du matériel informatique, des pièces détachées, des consomptibles, des uniformes. Il regrimpa et continua son exploration. Il arriva à la salle des serveurs informatiques. Il devait consulter leurs données. C’était maintenant que ses 130 de QI allaient jouer leur rôle.

La salle était vide, les machines ronronnaient imperturbablement. Paul descendit, et par précaution, verrouilla la porte. Il s’assit à une console et commença à effectuer ses recherches. Sa faculté de lecture rapide lui permit d’acquérir en quelques minutes une idée assez précise de la situation. Son formidable esprit analytique sélectionna automatiquement les données dignes d’intérêt, depuis les premières archives.

 

Ainsi, depuis les années 50, les Ricains et les Popovs s’entendaient comme cochons, dans les coulisses, unis par une menace commune : une potentielle invasion extraterrestre. Les deux puissances se mirent à faire des recherches intensives sur la technologie des OVNIs crashés. La Guerre Froide et les rivalités affichées n’étaient que de façade.

Suite aux conclusions très inquiétantes d’un symposium d’éminents scientifique sur la démographie galopante et l’exploitation inconsidérée de l’environnement, on avança trois solutions : créer un trou dans la couche d’ozone par une explosion nucléaire, afin d’évacuer la chaleur et la pollution, et sensibiliser la population, construire un vaste réseau souterrain de villes pour une élite, afin de perpétuer l’espèce humaine, ou exploiter la technologie alienne pour permettre à une petite élite de coloniser d’autres planètes, y compris la Lune et Mars.

La première solution n’était pas réaliste pour de multiples raisons. La deuxième était déjà opérationnelle et la plupart des villes souterraines avaient leurs habitants. Quant à la troisième, elle était visiblement en cours de réalisation, les Ricains et le Popovs conjuguant leurs efforts. Paul se rendit compte que seuls quelques organismes et groupes occultes des gouvernements partageaient le secret des dieux.

 

Notre homme trouva aussi des données sur la technologie des soucoupes et les consulta rapidement. En fouillant dans les armoires, il trouva des clés USB et en utilisa pour copier les données importantes. Puis il déverrouilla silencieusement la porte et rejoignit se conduit d’aération. Il tomba sur le magasin d’armes et de munitions. Cela l’intéressait, il allait pouvoir concocter une diversion pour son évasion.

Il récupéra une minuterie et fabriqua une machine infernale qu’il plaça au milieu des munitions. Les balles exploseraient dans un vacarme assourdissant, sans faire réellement de dégât, les vrais explosifs étaient placés à l’abri, derrière une rangée de fusils. Il fourra dans sa poche une grenade fumigène. Rebroussant rapidement chemin, il se retrouva au-dessus du vestibule d’entrée du vaste bâtiment et attendit.

Une série de pétarades réveilla la ruche. Le garde du vestibule se précipita aux nouvelles. Paul sauta souplement au sol et sortit. Les quelques militaires au-dehors accourraient, parfois bousculant les ouvriers. Quelques-uns de ceux-ci affichaient un sourire moqueur, un tel spectacle était rare.

 

Paul se dirigea d’un air affairé vers un vaste hangar qu’il avait repéré en consultant les données des serveurs. Le bâtiment était fermé, mais il le contourna, grimpa sur un échafaudage de caisses vides et se glissa par une lucarne suffisante pour sa taille. La soucoupe était là, passerelle abaissée. Des soldats étaient affairés autour de caisses probablement destinées à être embarquées.

Notre homme dégoupilla la grenade et la lança entre les militaires et la soucoupe. Dans la cohue générée et caché par l’écran de fumée, Paul s’élança vers la passerelle et la franchit sans encombre. Il la releva prestement et se rua vers le poste de pilotage. La console était épurée, ce n’était pas comme le cockpit plein de boutons, de manettes et de cadrans des vaisseaux spatiaux imaginés par les comics et les films de science-fiction. Le pilotage était relativement simple, surtout pour Paul, avec son QI particulier. La soucoupe ronronna et fut enveloppé d’un léger halo vibrant. Le toit ne résista pas à la poussée de l’enveloppe électromagnétique et les tôles volèrent en se dispersant. Notre homme venait de s’évader.

 

Paul n’eut aucune difficulté à repérer la Terre et sa grosse lune. Le vaisseau fila prestement à des centaines de milliers de kilomètre-heure, grâce à la technologie volée aux extraterrestres. Arrivé à proximité de sa planète natale, Paul attendit que son pays fût plongé dans la nuit pour amorcer son atterrissage. Il savait qu’à quelques kilomètres de sa ville, il y avait une caverne peuplée de chauve-souris et classée réserve environnementale. Il allait y laisser la soucoupe, il n’avait pas l’étoffe d’un aventurier, il était plutôt casanier et aspirait à une vie simple.

Il revint sur son aventure. Il ne pouvait rien pour ses anciens compagnons. D’ailleurs, il n’avait pas le temps de les convaincre et il ne pouvait pas rater l’occasion. Il ne pouvait pas non plus partir en croisade, seul contre des groupes occultes puissants. Il devait désormais vivre sous une autre identité, voire un autre aspect. Avec ses ressources intellectuelles, ce n’était pas un grand problème. On éviterait certainement d’ébruiter les incidents de Mars.

Depuis sa disparition il y a quelques mois, plus personne n’avait plus entendu parler de Paul Emmick, du moins sous cette identité.

 

Fin

 

RAHAЯ

http://lemuseedessavoirs.forumgratuit.org/t36-ed-wood-de-tim-burton

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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