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Le hibou probablement n'en a jamais rien su ... - http://francais.istockphoto.com/photo-16244537-chouette-nuit-ophtalmologie-yeux-animaux-grand-duc-amerique.php

Le hibou probablement n'en a jamais rien su ... - http://francais.istockphoto.com/photo-16244537-chouette-nuit-ophtalmologie-yeux-animaux-grand-duc-amerique.php

Ils continuent leur route, pas vraiment d’un train de sénateur, mais presque, attentifs au moindre détail insolite, à l’infime indice de sortie de route éventuelle, à une trace de freinage. Ils ne trouvent rien jusqu’à Verayeur. En enquêtant sur le lieu où s’était déroulé la fête, ils ne récoltent rien d’intéressant, seulement que la table et l’espace cloisonné des quatre étudiants avaient été restés vides, bien qu’ils eussent été payés d’avance.

C’est incompréhensible, les quatre étudiants ont tout simplement disparu entre Sitmodi et Verayeur, mais dans aucun accident de la route. Emmy suggère de revoir le trajet en revenant vers Sitmodi, ils ont peut-être raté quelque chose. Cependant, ils ont bien fait attention aux rares ravins. Mais avant de partir, Bert propose de se caler l’estomac.

Il n’y a pas de restaurant, ni même de gargote à Verayeur. Mais les gens sont si hospitaliers, et une charmante mamie s’est proposé de leur faire à manger. Au cours du repas, comme les détectives mentionnent qu’ils vont retourner à Sitmodi, la charmante dame leur recommande de ne pas conduire la nuit et de ne repartir que le lendemain.

« Il y a des bandits de grand chemin ou des détrousseurs ?

— Non, mais mieux vaut être prudent, n’est-ce pas. On dit que cette portion de route est plutôt… maléfique la nuit, surtout en cette période. Il n’y a pas d’hôtel dans le village — du moins pas encore — mais on peut vous installer des matelas dans la salle des fêtes, là où d’ailleurs les étudiants ont organisé leur fête.

— Merci madame, sans façon, il nous arrive parfois de sauter une nuit de sommeil dans notre boulot. D’ailleurs, nous devons conduire lentement pour être à l’affut de tout indice. »

Les détectives n’ont pas eu à se concerter pour décliner poliment l’offre, et une conduite nocturne ne fait pas peur à Bert. D’ailleurs, il n’aime pas trop s’attarder sur une affaire. C’est avec le ventre bien rempli qu’Emmy et lui prennent la route, sous le soleil couchant.

Après un tournant, les phares de la petite voiture éclairent le massif pont de pierre. Bert ralentit instinctivement pour entamer la traversée. Soudain, en plein milieu du pont, il entend une rumeur insolite venant de derrière. Il ne peut que regarder dans son rétroviseur. Emmy s’est retournée et jure abominablement. La lune est pleine, mais est petite en cette période de l’année. Toutefois, elle permet de distinguer nettement l’arrivée à toute allure d’une carriole tirée par deux chevaux noirs soufflant à pleins naseaux.

Dans le rétroviseur, Bert entrevoit une forme blanche et une voile vaporeuse — une traîne ?  — qui flotte au vent. Il distingue aussi deux silhouettes plus sombres.

« Accélère Bert, cet attelage fonce à fond de train, les chevaux semblent affolés.

— Quoi ? Mais on risque de tomber dans la rivière, Emmy.

— Je ne crois pas que ces bestiaux-là vont s’arrêter. Fonce, bordel ! »

Se décidant à prendre le risque, le détective enfonce l’accélérateur, faisant bondir la Coccinelle. Arrivé à l’autre rive, il se gare précipitamment sur le large bas-côté pour laisser le passage à la carriole folle.

Arrivés au milieu du pont, sous le regard ébahi des détectives, les chevaux se cabrent brusquement : un hibou, un mulot au bec, vient de voler bas devant les équidés, les effrayant. Le drame est inévitable, les chevaux affolés font un écart, et dans leur élan, sont précipités hors du pont. Les détectives assistent, impuissants, à la tragédie. Mais étrangement, ils n’entendent pas le grand plouf de la carriole tombant dans la rivière au cours rapide. Bert et Emmy se précipitent vers le pont. Ils ne voient que l’eau tourbillonnante, chevaux, carriole et passagers ont été engloutis. Atterrés, ils décident de rejoindre Sitmodi.

« C’était horrible, Bert. Une mariée qui allait rejoindre sa cérémonie de mariage !

— Vraiment ? J’ai mal distingué l’équipage dans mon rétroviseur.

— J’ai vu ce que j’ai vu. C’était une fille en robe de mariée et certainement ses parents. Une carriole avec des chevaux, c’est assez original, mais tous les goûts sont dans la nature.

— Donc ils allaient rejoindre Sitmodi pour le mariage le lendemain. Le pauvre fiancé doit les y attendre. »

En entrant dans le village, ils ont été pour le moins surpris, l’agglomération est tout à fait calme, il n’y a aucun comité de réception indiquant qu’on préparait un mariage. Le village est trop insignifiant pour avoir une quelconque autorité administrative, les gens ont recours à l’ancien pour tout problème toute décision d’importance. Ce centenaire est le plus âgé et le plus ancien des habitants. Les détectives se sont donc adressés à lui, lui racontant ce qu’ils ont vu au pont sur la rivière Couaille.

« Je suis désolé jeunes gens, il n’y a aucun mariage en préparation dans le village.

— Mais on n’a tout de même pas rêvé ! Mon assistante a bien vu la mariée dans la carriole.

— Très bien, j’ai assez d’expérience pour savoir si quelqu’un a été victime d’hallucinations ou non. Je crois que vous avez vu quelque chose que vous n’aurez pas dû voir. Vous n’aurez pas dû vous aventurer de nuit sur cette route.

— C’est curieux, une charmante dame de Verayeur nous a dit la même chose. Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

— Sur cette route, il y a eu des disparitions inexplicables. Depuis plus d’une soixantaine d’années, on en a compté plus d’une douzaine, sans compter celles dont on ignore tout. Elles ont concerné surtout des touristes. Venez avec moi à la bibliothèque du village.

— Nous sommes vraiment désolés de vous causer un tel dérangement.

— Pas de mal ma petite dame, j’ai l’habitude de ne rejoindre le lit qu’à minuit au plus tôt. »

La bibliothèque n’est pas fermée, comme d’habitude. Le vieil homme encore alerte, allume et se dirige avec assurance entre les étagères de livres, de magazines et de journaux. Il farfouille dans ces derniers sans se soucier du désordre.

« Quand j’ai pris ma retraite, avant de reprendre mes activités actuelles, je me suis ennuyé et j’ai passé mon temps à lire les journaux de la bibliothèque ; les premiers numéros remontent au XIXe siècle.

— Et qu’est-ce qu’on est censé chercher ?

— C’est évident, un projet de mariage qui a tourné au tragique, un accident, un avis de décès.

— Attendez, vous insinuez que ce que nous avons vu est une scène du passé, et qu’elle est la cause de toutes ces disparitions ?

— C’est logique. Je suis peut-être âgé, mais pas gâteux. Vous êtes les premiers à rapporter cette vision, et ça donne un éclairage nouveau au caractère maléfique de la route, la nuit.

— On doit se taper toute cette pile ?

— Mais non, seulement les journaux des années quarante. C’est vers cette époque que les disparitions ont commencé. »

C’est Emmy qui a trouvé l’article. En ce temps-là, la route 58 était la seule à relier les deux districts. Un jeune gars de Sitmodi était tombé amoureux d’une fille de Verayeur. Un an plus tard, ils s’étaient décidés à se passer la bague au doigt et avaient choisi Sitmodi pour la cérémonie. La veille du mariage, la promise devait arriver avec ses parents, suivis plus tard par les proches. On sait que la carriole était partie de Verayeur, mais la mariée n’était jamais arrivée.

« Très bien, on sait maintenant que la carriole est tombée dans la rivière Couaille.

— Et vous croyez que l’esprit des revenants attire les touristes dans la rivière ?

— C’est évident, mais on ne sait pas comment ils choisissent leurs victimes, leur intervention n’a aucun schéma temporelle décelable, des touristes ont roulé de nuit sans incident.

— Il doit y avoir quelque indice. Voyons donc les circonstances des disparitions… C’est curieux, tous les disparus allaient vers Verayeur.

— J’ai trouvé Bert. Je pense que c’est sur le pont de la rivière Couaille que se déroulent les accidents. Tu te rappelles que nous étions au milieu quand la carriole était apparue ?

— Oui, et alors ?

— Alors, nous allions dans le même sens et tu as pu accélérer pour nous mettre hors d’atteinte. Mais imagine qu’une voiture vienne à sa rencontre, elle ne peut pas reculer et des chevaux affolés peuvent semer la terreur et provoquer un braquage instinctif.

— Je crois que la petite dame a raison. Le fond de la rivière est probablement jonché de carcasses de voiture. »

Bert se résout donc à alerter les autorités de la ville. Il faut vérifier l’hypothèse et permettre ainsi à beaucoup de gens de faire leur deuil. Les plongeurs ont ainsi découvert plusieurs voitures de plusieurs époques contenant des squelettes, jusqu’à plusieurs kilomètres en aval, compte tenu de la force du courant. Le ministère des Travaux Publics a décidé de doter le pont de solides rambardes et mis un signal de danger. Il n’y a plus eu d’accident, quoique certains voyageurs aient plus tard raconté avec terreur leur rencontre avec la carriole fantôme.

Fin

RAHAЯ

http://france3-regions.francetvinfo.fr/rhone-alpes/2013/07/11/des-dizaines-d-epaves-de-voitures-sorties-des-eaux-de-la-saone-285967.html

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Tag(s) : #Les nouvelles de Rahar
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